Une élection municipale sous tension dans la capitale polynésienne
À Papeete, la capitale de la Polynésie française, les municipales s’annoncent comme un scrutin charnière. Sept candidats se disputent la mairie, un poste occupé depuis trente ans par Michel Buillard, figure emblématique de l’autonomisme local. Mais cette fois, les tensions internes au camp conservateur pourraient profiter à Tematai Le Gayic, jeune indépendantiste charismatique.
Un bastion autonomiste sous pression
Depuis 1977, Papeete n’a connu que deux maires : Jean Juventin et Michel Buillard. Ces « tavana », comme on les appelle en Polynésie, ont toujours défendu le maintien du territoire dans la République française. « Cette ville conservatrice, poumon économique du territoire, a toujours résisté aux velléités indépendantistes », souligne un observateur politique local.
Pourtant, l’ascension de Tematai Le Gayic, élu député à 21 ans en 2022, pourrait bouleverser cette tradition. Bien que toujours membre de l’Assemblée de la Polynésie française, il a perdu son siège à l’Assemblée nationale après la dissolution de juin 2024. Libéré de ses obligations parlementaires, il sillonne désormais les quartiers de Papeete, notamment la Corbeille d’eau, pour convaincre les électeurs.
Un scrutin qui résonne au-delà de la Polynésie
Cette élection municipale s’inscrit dans un contexte plus large de crise de la démocratie locale, un thème récurrent sous le gouvernement Lecornu II. « Les tensions entre autonomistes pourraient affaiblir un camp traditionnellement dominant, ouvrant la voie à des forces politiques alternatives », analyse un spécialiste des Outre-mer.
Par ailleurs, le scrutin de Papeete pourrait servir de laboratoire pour les stratégies des partis en vue des élections de 2027. La gauche, en quête de renouveau, observe avec intérêt la montée en puissance des indépendantistes, tandis que la droite, divisée, peine à proposer une alternative crédible.
Un enjeu économique et identitaire
Au-delà des clivages politiques, cette élection soulève des questions économiques cruciales. Papeete, cœur économique de la Polynésie, est confronté à une crise des finances publiques, aggravée par les retards dans les transferts de l’État français. « Les promesses de relance économique seront un critère déterminant pour les électeurs », estime un analyste.
Enfin, cette élection pourrait aussi marquer un tournant dans la relation entre la Polynésie française et la métropole. Les indépendantistes, comme Le Gayic, dénoncent un désengagement progressif de Paris, tandis que les autonomistes défendent un modèle de coopération renforcée. Dans un contexte de montée des souverainismes en Europe, ce scrutin pourrait avoir des répercussions bien au-delà des frontières polynésiennes.