Perpignan : un employé municipal licencié pour un tatouage nazi

Par Anadiplose 11/06/2026 à 21:27
Perpignan : un employé municipal licencié pour un tatouage nazi

Un agent municipal de Perpignan arborant un tatouage glorifiant les SS a été licencié après la révélation d’un habitant. L’affaire relance le débat sur les dérives de l’extrême droite dans les collectivités locales.

Un tatouage nazi révélé dans les services d’une mairie du Rassemblement national

Perpignan, 11 juin 2026 – L’affaire éclate comme un symbole des tensions persistantes autour de la montée des idées d’extrême droite au sein des institutions locales. Un employé municipal de Perpignan, recruté sous l’étiquette du Rassemblement national, a été licencié après la découverte d’un tatouage glorifiant les SS nazis. La révélation, rendue publique la semaine dernière, a provoqué un tollé et relancé les interrogations sur l’infiltration des valeurs républicaines par des symboles totalitaires dans les collectivités dirigées par le parti de Marine Le Pen.

L’incident s’est produit dans une mairie annexe de la ville, où un habitant, choqué par ce qu’il a vu, a transmis une photo de l’agent à un média d’investigation. L’image montre clairement un avant-bras entièrement recouvert d’un tatouage représentant une devise en français : « Mon honneur s’appelle fidélité » – la traduction exacte de la phrase « Meine Ehre heißt Treue », slogan officiel des unités d’élite hitlériennes, les Waffen-SS. Le contrat de cet agent, embauché comme chargé de mission puis conseiller municipal sous la bannière du RN, n’a pas été renouvelé mardi, sans autre précision de la part de la municipalité.

Un parcours politique marqué par l’extrême droite

L’agent en question, Charles Ifssah-Becuwe, 47 ans, a été repéré dans les rangs du Rassemblement national dès les élections municipales de 2020. Bien qu’il n’ait pas été élu cette année-là, il a intégré le conseil municipal en 2023, profitant de démissions au sein de la majorité. Son nom figurait en 45e position sur la liste conduite par Louis Aliot, figure médiatique du RN et maire de Perpignan. Non reconduit comme candidat en 2026, il avait été transféré dans les services administratifs de la ville, où son tatouage est resté invisible… jusqu’à ce qu’un citoyen décide de le signaler.

L’affaire intervient dans un contexte où les alliances locales avec l’extrême droite suscitent de vives critiques.

« La dédiabolisation du RN, c’est un leurre. On voit bien que, dans les faits, les symboles les plus abjects resurgissent là où ce parti gouverne. »
Ces propos, tenus par Manuel Bompard, coordinateur national de La France insoumise, reflètent l’embarras croissant face à la normalisation progressive des idées d’extrême droite dans les institutions, y compris au niveau local. Les réactions ne se sont pas limitées aux opposants politiques : Stéphane Maroselli, secrétaire général de Force ouvrière pour les agents territoriaux et adjoint au maire, a confirmé que « les agents étaient choqués » par la découverte de ce tatouage.

Une réaction tardive et des zones d’ombre persistantes

Malgré l’indignation générale, la réponse de la mairie de Perpignan a été jugée minimaliste. Louis Aliot n’a fait aucun commentaire public, préférant, la veille de l’annonce du licenciement, partager sur les réseaux sociaux une « critique acerbe » envers le directeur d’un théâtre parisien ayant tenu des propos controversés sur Donald Trump et Benyamin Nétanyahou. Une diversion médiatique qui n’a pas échappé aux observateurs, d’autant que le RN a souvent été pointé du doigt pour son ambiguïté historique sur la collaboration et le nazisme.

Les questions restent nombreuses : comment un individu arborant un tel tatouage a-t-il pu être embauché, puis promu, dans une collectivité dirigée par un parti qui prétend incarner la respectabilité ? Pourquoi le maire n’a-t-il pas réagi plus tôt, alors que l’agent siégeait au conseil municipal ? Les associations antiracistes, elles, réclament des clarifications sur d’éventuels réseautages idéologiques au sein de l’administration perpignanaise. « Un tatouage n’est pas un acte anodin. Il révèle une adhésion à des valeurs incompatibles avec la fonction publique. » Ces mots, prononcés par un membre d’une ONG spécialisée, soulignent l’enjeu bien plus large de cette affaire : la porosité entre les idéologies radicales et les postes de responsabilité publique.

Le RN face à son passé et à ses contradictions

Cette affaire s’inscrit dans une série de polémiques impliquant des élus ou sympathisants du Rassemblement national, souvent accusés de minimiser ou de réécrire l’histoire. Perpignan, ville symbolique pour l’extrême droite, est devenue un laboratoire des stratégies de « dédiabolisation » du parti, avec des résultats mitigés. Alors que Louis Aliot met en avant une gestion « pragmatique » des affaires municipales, les révélations comme celle-ci rappellent que l’adhésion à des symboles fascistes ne disparaît pas par décret.

Dans un contexte national marqué par la montée des tensions politiques, cette affaire dépasse le cadre local. Elle interroge sur l’efficacité des contrôles lors du recrutement des agents territoriaux, mais aussi sur la capacité des institutions à résister à l’infiltration des idéologies antidémocratiques. Alors que le gouvernement Lecornu II tente de rétablir un semblant d’ordre républicain, les voix s’élèvent pour exiger une enquête approfondie sur les réseaux d’influence au sein des mairies dirigées par le RN.

Une chose est sûre : l’image d’une mairie « apaisée » et « moderne » que le Rassemblement national cherche à projeter se fissure un peu plus chaque jour. Et cette fois, le symbole est impossible à ignorer.

À propos de l'auteur

Anadiplose

J'en ai assez du journalisme tiède qui ménage la chèvre et le chou. Pendant des années, j'ai regardé mes confrères s'autocensurer par peur de déplaire aux annonceurs ou aux politiques. J'ai décidé d'écrire ce que je pense vraiment, sans filtre. La concentration des médias aux mains de quelques milliardaires me révolte. La précarisation de ma profession me met en colère. Mais c'est précisément cette colère qui me pousse à continuer. Chaque article est un acte de résistance contre la pensée unique

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Commentaires (6)

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L

Logos

il y a 2 jours

Franchement, comment un mec peut avoir ça sur la peau et continuer à bosser dans le public sa / ça se voit pas ??? Jsp comment il a fait pour passer entre les mailles...

8
G

ghi

il y a 2 jours

@logos Le problème, c’est que les services de recrutement ferment les yeux sur ce genre de détails quand le reste du dossier est ‘propre’. Stratégie classique de l’extrême droite : infiltrer par l’apparence respectable avant de montrer ses vraies couleurs. On l’a vu avec le RN en 2022, ils recrutent des jeunes diplômés bien sages pour leurs listes municipales. Et après, surprise...

0
Z

Zénith

il y a 2 jours

Perpignan devient le symbole de la complaisance avec l’extrême droite. À quand le prochain scandale ?

-2
I

Isabelle du 61

il y a 2 jours

Encore une affaire qui va faire les gros titres pendant 3 jours et puis on passera à autre chose... Bon. La lassitude, vous connaissez ?

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A

Anamnèse

il y a 3 jours

Licenciement justifié. Un tatouage n’est pas un accessoire de mode.

4
N

Nausicaa

il y a 3 jours

Nooooon mais sérieux ??? Un tatouage nazi dans la fonction publique ??? Et ils se demandent pourquoi on a des problèmes avec l'extrême droite ??? Bon sang, c'est pas croyable... mdrrrr

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