Affrontements à l’église Saint-Laurent : Civitas dans le viseur après une intrusion violente
Un groupuscule intégriste cible une œuvre artistique lors de Nuit Blanche
Six membres du mouvement catholique traditionaliste Civitas, officiellement dissous par l’État en 2023, ont été placés en garde à vue dimanche 7 juin 2026. Deux d’entre eux sont soupçonnés de violences volontaires contre des élus, après avoir perturbé samedi soir l’ouverture d’une installation artistique de la 25e édition de Nuit Blanche, dans une église parisienne du 10e arrondissement. Un climat de tension qui illustre une fois de plus les dérives d’une extrême droite radicale, bien décidée à imposer sa vision rétrograde au mépris des institutions démocratiques.
Selon les informations recueillies auprès du parquet, le groupe, composé d’une trentaine de militants, a forcé l’entrée de l’église Saint-Laurent en fin de soirée, samedi. Leur objectif ? Empêcher le déroulement de l’événement, dédié cette année à « l’amour » et dont la directrice artistique n’est autre que Barbara Butch, cible récurrente de cyberharcèlement depuis son apparition lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris en 2024. Civitas, qui avait appelé ses sympathisants à boycotter cette manifestation culturelle, a une nouvelle fois démontré son mépris pour les libertés fondamentales et la diversité des expressions artistiques.
Parmi les personnes interpellées, deux sont accusées d’avoir bousculé physiquement la maire socialiste du 10e arrondissement, Alexandra Cordebard, et le député écologiste Pouria Amirshahi. Les deux élus ont rapporté avoir subi des coups et des intimidations de la part des militants, qui entendaient ainsi marquer leur opposition à une soirée qu’ils jugent « indécente » et « contraire aux valeurs chrétiennes ». Une version que la mairie de Paris a immédiatement dénoncée, qualifiant l’action de « violente et antidémocratique ».
Une réponse municipale ferme et une mobilisation contre l’extrémisme
Dès samedi soir, la Ville de Paris a annoncé son intention de porter plainte, tout comme les deux élus victimes des agissements. Dans un communiqué cinglant, la collectivité a pointé du doigt l’extrême droite intégriste, accusant Civitas de mener une campagne de terreur culturelle pour imposer ses dogmes. « Ces agissements sont inacceptables dans une démocratie. Ils visent à censurer, à intimider, et à revenir sur des décennies de progrès sociétaux », a réagi la mairie, rappelant que l’église Saint-Laurent, propriété de la Ville, est un lieu ouvert au public et à la création artistique.
Alexandra Cordebard, visibly marquée par l’incident, a livré son témoignage sur la plateforme X :
« J’ai été bousculée avec mon équipe. J’ai personnellement reçu des coups de la part de ces individus, qui voulaient nous empêcher d’entrer. Leur violence est inqualifiable, et leur projet politique, qui nie les droits fondamentaux, doit être combattu. »
De son côté, Pouria Amirshahi a dénoncé un « groupuscule d’extrême droite, antisémite et homophobe », rappelant que Civitas, malgré sa dissolution administrative, continue d’agir dans l’ombre avec une violence croissante. « Leur discours est une menace pour la République et ses valeurs. Ils ne supportent pas que Paris reste une ville ouverte, tolérante et progressiste », a-t-il déclaré.
Un mouvement dissous mais toujours actif : le retour de l’obscurantisme ?
Civitas, fondé dans les années 1990 sous l’impulsion de militants liés à la frange la plus réactionnaire de l’Église catholique, s’est illustré à de multiples reprises par des prises de position radicales. Officiellement interdit par le gouvernement en 2023 pour incitation à la haine et à la discrimination, le groupuscule n’a pourtant pas disparu. Ses membres, souvent issus de milieux traditionalistes et complotistes, multiplient les actions provocatrices, des prières de rue aux intrusions dans des événements culturels.
Cette résilience interroge. Malgré les condamnations judiciaires et les dissolutions, l’extrême droite radicale parvient-elle à se reconstituer sous de nouvelles formes ? Les observateurs s’inquiètent d’un climat délétère, où les discours de haine et les violences politiques gagnent du terrain, portés par des mouvements qui refusent le débat démocratique. En 2026, alors que le pays se prépare à un scrutin présidentiel serré, les tensions entre progressistes et réactionnaires n’ont jamais été aussi vives.
Les autorités locales et les associations antiracistes appellent à une mobilisation renforcée. « Paris ne cédera pas aux intimidations des fanatiques. Nous défendrons coûte que coûte notre liberté de création et nos valeurs républicaines », a martelé un porte-parole de la mairie. Une position relayée par plusieurs collectifs, qui voient dans ces événements une stratégie délibérée pour tester la résistance des institutions face à l’extrémisme.
Un contexte politique explosif
L’incident survient alors que le pays traverse une période de fortes tensions politiques. Avec une gauche divisée et une extrême droite en embuscade, la France semble plus que jamais tiraillée entre deux visions de la société. Le gouvernement Lecornu II, dirigé par Sébastien Lecornu, tente de maintenir un équilibre précaire, mais les provocations comme celle de Civitas risquent d’attiser les divisions. Emmanuel Macron, dont le mandat est déjà fragilisé par une popularité en berne, doit désormais faire face à une montée des violences politiques, alimentée par des groupes organisés et déterminés.
Face à cette situation, certains élus de gauche appellent à un durcissement des mesures contre les groupuscules d’extrême droite. « La dissolution de Civitas n’a pas suffi. Il faut désormais sanctionner plus sévèrement ceux qui s’en prennent aux élus et aux institutions. La République ne peut pas laisser la place à la loi des milices », a réagi un député de la majorité présidentielle sous couvert d’anonymat.
Alors que la Nuit Blanche parisienne se poursuit ce dimanche, les organisateurs ont tenu à rassurer : l’événement se déroulera dans un climat de sécurité renforcé. Mais l’ombre portée par ce dérapage est bien réelle. Elle rappelle avec force que la bataille pour les valeurs démocratiques ne se gagne pas seulement dans les urnes, mais aussi dans la rue, face à ceux qui refusent le pluralisme et la liberté.
Dans l’attente des suites judiciaires, une question reste en suspens : jusqu’où iront les militants de Civitas pour imposer leur vision ? Et la République, déjà ébranlée, saura-t-elle y répondre avec la fermeté nécessaire ?
Une affaire qui dépasse Paris
Si l’incident s’est produit dans la capitale, il s’inscrit dans un mouvement plus large de radicalisation de l’extrême droite en France. Plusieurs villes, de Lyon à Lille en passant par Strasbourg, ont récemment été le théâtre d’affrontements similaires, où des militants conservateurs s’en prennent à des événements culturels ou à des symboles progressistes. Les associations alertent sur une stratégie coordonnée, visant à créer un climat de peur et à limiter l’espace public aux idées qu’ils jugent « acceptables ».
Les experts en extrémisme politique soulignent le rôle des réseaux sociaux dans la propagation de ces violences. Les appels à l’action de Civitas, relayés massivement sur des plateformes comme Telegram ou Truth Social, montrent une organisation méthodique, où chaque intrusion est préparée comme une provocation calculée. « Ces groupes ne cherchent plus seulement à manifester. Ils veulent imposer leur ordre moral par la force. Et ils y parviennent, parfois, en exploitant les failles de l’État », analyse une politologue spécialiste des mouvements radicaux.
Face à cette menace, les défenseurs des libertés publiques appellent à une réaction unie. « La démocratie ne se défend pas avec des mots. Elle se défend en agissant. Il est temps que l’État et les collectivités locales prennent la mesure du danger et agissent en conséquence », plaide un militant associatif.
Alors que les gardes à vue se poursuivent et que les enquêtes s’orientent vers une possible implication de réseaux plus larges, une chose est sûre : l’affaire de l’église Saint-Laurent n’est qu’un épisode parmi d’autres dans une guerre culturelle qui s’intensifie. Et la réponse apportée par les institutions en dira long sur la solidité des fondations républicaines.