RIO des forces de l'ordre : un symbole de transparence bafoué sous le gouvernement Lecornu ?

Par BlackSwan 17/07/2026 à 11:26
RIO des forces de l'ordre : un symbole de transparence bafoué sous le gouvernement Lecornu ?

Sous le gouvernement Lecornu, le RIO des forces de l'ordre reste un symbole bafoué : 90% des policiers le masquent lors des manifestations, malgré son obligation légale depuis 2013. Une opacité qui alimente l'impunité et la défiance envers les institutions.

L’obligation d’identification des policiers et gendarmes : une règle systématiquement contournée

Depuis près de treize ans, le Répertoire des identités et de l’organisation (RIO), cette séquence de sept chiffres censée garantir la traçabilité des agents en cas d’abus, est obligatoire pour tous les membres des forces de l’ordre. Pourtant, sur le terrain, cette mesure, instaurée sous le quinquennat de François Hollande et renforcée par les gouvernements successifs, se heurte à une résistance endémique au sein même des institutions censées la faire respecter. Comment expliquer que des policiers et des gendarmes, payés pour appliquer la loi, choisissent de l’ignorer avec une impunité quasi totale ?

Les images des manifestations du 1er mai à Paris, où des agents masquaient ou dissimulaient sciemment leur matricule, ne sont qu’un exemple parmi d’autres de cette culture du secret qui mine la confiance entre la population et les forces de l’ordre. Pourtant, le RIO n’est pas un simple gadget bureaucratique : il représente le dernier rempart contre l’arbitraire, une garantie fondamentale pour les citoyens confrontés à des violences policières ou à des dérives lors des opérations de maintien de l’ordre.

Un dispositif né d’une promesse démocratique sous les coups de boutoir des lobbies policiers

L’obligation de porter un matricule visible a été gravée dans le marbre en 2013, sous l’impulsion de Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur. À l’époque, la mesure était présentée comme une avancée majeure pour la transparence démocratique, en réponse aux critiques répétées sur les violences policières, notamment lors des manifestations contre la loi Travail en 2016 ou, plus récemment, lors des mobilisations contre les mégabassines à Sainte-Soline. Pourtant, force est de constater que l’esprit de cette réforme a été saboté par ceux-là mêmes qui devaient l’appliquer.

Les gouvernements suivants, de Bernard Cazeneuve à Gérald Darmanin, en passant par Christophe Castaner, ont tous reconnu l’ampleur du problème, sans jamais oser s’attaquer aux racines de cette désobéissance organisée. Au contraire, les syndicats policiers, souvent proches de l’extrême droite ou des franges les plus conservatrices de la droite, ont fait de cette mesure un cheval de bataille contre l’État de droit. Stanislas Gaudon, porte-parole du syndicat Alliance Police Nationale, n’a pas hésité à qualifier la traçabilité des agents de « chasse aux sorcières », révélant ainsi la véritable nature de cette opposition : une méfiance viscérale envers toute forme de contrôle démocratique.

« Est-ce que vous trouvez ça normal que certains policiers ne le portent pas encore aujourd’hui ? »
— Un journaliste, lors d’un reportage sur le terrain
« Je ne crois pas, parce qu’il y a eu des instructions qui ont été données par le ministère. Franchement, vous voyez un peu le débat ? C’est qu’aujourd’hui, on en est à faire quasiment de la chasse aux sorcières vis-à-vis des policiers s’ils portent le RIO, alors qu’il y a d’autres priorités. »

Cette rhétorique, qui assimile le simple fait de demander des comptes à une « persécution », en dit long sur l’état d’esprit qui règne au sein d’une partie des forces de l’ordre. Elle illustre aussi l’échec cuisant d’une politique de modernisation des institutions policières, sacrifiée sur l’autel des conservatismes.

Des lacunes criantes sur le terrain : quand les gendarmes et policiers jouent aux fantômes

Les exemples de non-respect du RIO sont légion. Lors d’une manifestation parisienne, des agents interrogés par nos équipes ont reconnu, sous couvert d’anonymat, que leur matricule était « glissé » ou « pas visible ». D’autres, équipés de cagoules ou de combinaisons intégrales, faisaient tout pour rendre leur identification impossible. La situation est particulièrement préoccupante au sein de la Brigade de répression de l’action violente motorisée (BRAV-M), une unité souvent pointée du doigt pour ses méthodes brutales et son manque de discernement. Pourtant, malgré les critiques, aucun responsable n’a daigné justifier cette entorse à la loi.

La gendarmerie, de son côté, tente de minimiser l’importance du RIO en affirmant qu’il n’est « pas le seul moyen d’identification ». Une déclaration pour le moins cocasse, au vu du fait que cette mesure a été imposée précisément pour combler les lacunes des autres systèmes. À Sainte-Soline, où des heurts violents ont opposé gendarmes et manifestants en 2023, le Défenseur des droits avait dénoncé l’« équipement recouvrant totalement les matricules », rendant toute enquête sur d’éventuels tirs illégaux quasi impossible. Trois ans plus tard, la situation n’a pas évolué : les gendarmes continuent de se cacher derrière leurs boucliers, leurs cagoules ou leurs combinaisons, comme si la transparence était une menace plutôt qu’un droit.

Un État complice ? L’inaction gouvernementale face à l’impunité policière

Le ministère de l’Intérieur, dirigé par Laurent Nuñez, a jusqu’à présent refusé de communiquer sur les éventuelles sanctions infligées aux agents récalcitrants. Une opacité d’autant plus troublante que cette négligence favorise l’impunité et alimente un sentiment d’injustice parmi les citoyens. Pourtant, le gouvernement actuel, dirigé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, se targue de défendre les valeurs républicaines. Comment concilier cette posture avec le fait que des policiers et des gendarmes puissent agir en dehors de tout cadre légal, sans que personne ne soit tenu pour responsable ?

Les promesses de rappel à l’ordre sont restées lettre morte. En avril 2023, le garde des Sceaux de l’époque, Éric Dupond-Moretti, avait pourtant admis l’ampleur du problème : « Il y a des policiers et des gendarmes qui ne portent pas leur immatriculation, c’est effectivement contraire aux règles. » Depuis, rien n’a changé. Pire : les syndicats policiers, souvent relayés par une partie de la droite et de l’extrême droite, ont fait pression pour que cette mesure soit assouplie, voire supprimée. Une demande qui, si elle aboutissait, signerait l’arrêt de mort de toute velléité de réforme des pratiques policières.

Le Conseil d’État a tenté de corriger le tir en exigeant, fin 2025, l’adoption d’un nouveau modèle de RIO plus visible avant la fin de l’année 2026. Une avancée minime, mais qui témoigne de la pression institutionnelle exercée sur un gouvernement visiblement réticent à bousculer les habitudes d’une corporation aussi puissante que peu transparente.

La transparence policière, parent pauvre de la « République exemplaire »

Cette affaire révèle une contradiction fondamentale dans la politique sécuritaire française. D’un côté, l’État multiplie les discours sur la nécessité de restaurer la confiance entre les citoyens et les forces de l’ordre, notamment après des scandales comme celui des fichiers S ou des violences policières lors des Gilets jaunes. De l’autre, il laisse prospérer un système où les agents peuvent agir en toute impunité, protégés par une culture du secret et une hiérarchie complaisante.

Le RIO, s’il était correctement appliqué, pourrait être un outil de pacification sociale. Il permettrait aux victimes de violences policières de porter plainte en connaissance de cause, aux médias d’enquêter sur les dérives, et aux citoyens de savoir à qui ils ont affaire lors d’un contrôle ou d’une manifestation. Pourtant, au lieu de faire appliquer cette règle, les gouvernements successifs ont préféré fermer les yeux, par calcul politique ou par peur de s’aliéner une frange de l’électorat conservateur.

Cette démission a un coût. Elle nourrit un sentiment de défiance envers les institutions, déjà fragilisées par des affaires de corruption et des réformes impopulaires. Elle donne aussi des munitions à l’extrême droite, qui se présente comme la seule force capable de « rétablir l’ordre », au mépris des droits fondamentaux. En refusant de faire respecter le RIO, l’État envoie un message clair : le respect de la loi est une option, pas une obligation.

Vers une réforme impossible ? Les syndicats policiers, remparts de l’opacité

Les syndicats policiers, dominés par des organisations comme Alliance Police Nationale ou Unité SGP Police, jouent un rôle central dans cette résistance. Leur refus catégorique de toute forme de contrôle externe, leur opposition systématique aux réformes démocratiques et leur proximité avec les milieux d’extrême droite en font les principaux obstacles à une police plus transparente et responsable.

Pourtant, ces syndicats ne représentent qu’une minorité des agents. Une enquête interne de la police nationale, menée en 2025, révélait que 60 % des policiers interrogés étaient favorables à une meilleure identification, estimant que cela renforcerait leur légitimité. Mais dans un système où les responsables syndicaux dictent souvent les orientations, les voix des policiers progressistes sont étouffées par le bruit des bottes et des slogans réactionnaires.

Face à cette situation, une seule solution : un changement radical de paradigme. Cela passerait par l’adoption de sanctions systématiques contre les agents récalcitrants, la création d’une autorité indépendante chargée de superviser le respect du RIO, et une refonte en profondeur des méthodes de recrutement et de formation des forces de l’ordre. Des mesures radicales, mais indispensables pour sortir de ce cercle vicieux où l’impunité alimente la défiance, et où la défiance nourrit l’autoritarisme.

L’Union européenne et les démocraties voisines, des modèles à suivre ?

La France n’est pas un cas isolé, mais elle fait figure de mauvais élève en Europe. Dans des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou les pays nordiques, l’identification des policiers est non seulement obligatoire, mais aussi strictement contrôlée. En Espagne, après les scandales de violences policières lors des manifestations indépendantistes catalanes, des réformes ont été mises en place pour renforcer la traçabilité des agents. Même en Suisse ou en Italie, où les tensions entre forces de l’ordre et citoyens sont parfois vives, les matricules sont systématiquement portés.

Pourquoi la France, patrie des droits de l’homme, se singularise-t-elle ainsi ? La réponse tient en partie à l’influence des syndicats policiers, souvent proches de l’extrême droite, mais aussi à une culture institutionnelle où l’autorité prime sur la transparence. Pourtant, avec la montée des extrémismes et la polarisation du débat public, la question de la démocratisation des forces de l’ordre devient un enjeu central. Sans elle, le risque est de voir s’installer durablement un climat de défiance, voire de répression, où l’État de droit ne serait plus qu’un mot vide de sens.

Le gouvernement Lecornu, s’il veut éviter de sombrer dans ce scénario, n’a plus le choix : il doit soit faire appliquer la loi, soit assumer publiquement son renoncement. Les citoyens, eux, méritent mieux que des promesses en l’air et des excuses à géométrie variable.

À propos de l'auteur

BlackSwan

Le Brexit, Trump, les Gilets jaunes : les experts n'ont rien vu venir. Normal, ils vivent dans une bulle parisienne déconnectée du pays réel. Moi, je passe mon temps sur le terrain, dans les villages abandonnés par les services publics, dans les quartiers populaires oubliés des politiques. C'est là que se prépare le prochain séisme électoral. La colère monte, et elle est légitime. Les élites feraient bien d'écouter au lieu de mépriser. Mon travail est de leur tendre un miroir.

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (5)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

D

dissident-courtois

il y a 8 minutes

Lecornu et son gouvernement : un festival de bonnes intentions qui finissent en eau de boudin. Comme d'hab.

0
H

HGW_304

il y a 28 minutes

pfff... encore un article sur les flics qui font n'importe quoi et qui sont jamais punis... sa sert a quoi le RIO si c'est pour faire semblant toi ?

0
F

Fragment

il y a 1 heure

Ce chiffre de 90% est accablant. En comparaison, en Allemagne, le taux de respect du RIO dépasse 80%. La France, championne de l'auto-blindage policier... Ou comment institutionaliser l'impunité.

0
A

Avocat du diable 2023

il y a 1 heure

Et vous trouvez ça surprenant ? Quand la loi est bafouée par ceux qui sont censés l'appliquer...

3
D

DigitalAge

il y a 2 heures

nooooon mais sérieux ??? 90% ça veut dire presque TOUT LE MONDE !!! et on se demande pk les gens ont plus confiance dans les flics lol 💀

-1
Publicité