RN à Castres : la censure artistique au nom d'une culture 'populaire' ?

Par Apophénie 11/06/2026 à 09:26
RN à Castres : la censure artistique au nom d'une culture 'populaire' ?

Le maire RN de Castres vient d'annuler la pièce <em>Passeport</em> d'Alexis Michalik, dénonçant une « propagande immigrationniste ». Une décision qui relance le débat sur la censure artistique et l'instrumentalisation des subventions culturelles par l'extrême droite.

Une pièce sur les migrants bannie par le maire RN : l'art en première ligne du clivage politique

Dans une décision qui relance le débat sur la liberté artistique et l'orientation des politiques culturelles locales, la municipalité Rassemblement National de Castres (Tarn) a annoncé hier l'annulation de la représentation de la pièce Passeport d'Alexis Michalik, prévue pour le 27 février 2027. Une œuvre saluée par la critique, déjà jouée plus de 700 fois à Paris et programmée dans 90 villes de France, se retrouve ainsi victime d'une censure déguisée au nom d'une réorientation idéologique des choix culturels de la ville.

Une déprogrammation tardive aux relents de censure

Le théâtre de Castres, institution municipale, avait initialement validé la venue de Passeport, qui retrace le parcours d'un réfugié érythréen tentant de s'intégrer en France. Mais avec l'arrivée à la tête de la ville d'un maire RN en 2026, la donne a changé. « Le choix, c'est de proposer des alternatives qui correspondent plus aux souhaits d'une culture populaire, d'une culture divertissante », a justifié Xavier Fruleux, directeur de cabinet du maire, sans pour autant préciser quelles seraient ces alternatives ni pourquoi une pièce à succès, traitant d'un sujet d'actualité crucial, ne correspondrait pas à cette définition.

Cette annulation, intervenue alors que la billetterie était déjà ouverte et que les répétitions étaient prévues, constitue une première dans l'histoire récente du théâtre français. Passeport devait être l'une des rares représentations en région d'une pièce initialement acclamée dans la capitale. « C'est extrêmement rare que ça arrive aussi tard alors que la pièce a déjà été annoncée. Si ce n'est pas de la censure, ça y ressemble fortement », s'insurge Alexis Michalik, son auteur. « Ça ne va pas dans le sens de la politique sur laquelle la municipalité a été élue », ajoute-t-il, soulignant l'aspect idéologique de la décision.

Le RN assume : une ligne anti-« propagande immigrationniste »

Au niveau national, le Rassemblement National assume sans détour cette orientation politique. « C'est une pièce de théâtre qui se comporte comme de la propagande, et ça, cette propagande immigrationniste, eh bien non », déclare Philippe Ballard, député RN de l'Oise. Pour le parti, il ne s'agit pas d'une atteinte à la liberté artistique, mais d'un choix délibéré de rejeter toute forme de « militantisme » dans les subventions publiques.

Cette position s'inscrit dans une stratégie plus large du RN, qui multiplie depuis 2026 les prises de position contre ce qu'il qualifie de « dérive idéologique » dans les institutions culturelles. « Quand on est Rassemblement National, quand on est un maire Rassemblement National, évidemment, on ne veut pas [financer ce type de spectacles] », martèle Ballard. Une rhétorique qui interroge, alors que les budgets alloués à l'art contemporain ou aux œuvres engagées n'ont cessé de diminuer depuis l'arrivée des élus d'extrême droite dans plusieurs villes.

Réactions contrastées parmi les habitants : entre indignation et résignation

Sur le terrain, la nouvelle a suscité des réactions vives. À Castres, une passante interrogée par nos équipes exprime son incompréhension : « C'est choquant de déprogrammer une pièce de théâtre, notamment sur ces sujets-là, qui sont hyper importants à l'heure actuelle ». D'autres habitants, plus réservés, estiment que les électeurs ont donné leur avis en votant pour le RN. « Les gens ont voté Rassemblement National. Ils n'ont peut-être pas envie de financer, avec l'argent de leurs impôts, des choses qui vont à l'encontre de leurs idées », nuance un homme de 52 ans.

Pour autant, cette décision divise même au sein des sympathisants de droite. Certains y voient une atteinte aux valeurs républicaines de pluralisme, tandis que d'autres applaudissent une politique culturelle enfin « dégagée des tabous ». « C'est par petites touches, et ça devient une catastrophe », s'alarme une retraitée, craignant un glissement vers une uniformisation de la programmation artistique dans les villes dirigées par l'extrême droite.

Un précédent dangereux pour l'art et la démocratie locale

Les associations de défense de la liberté artistique s'inquiètent. Pour elles, cette déprogrammation n'est pas un cas isolé, mais le symptôme d'une tendance plus large. « On assiste à une instrumentalisation de la culture comme outil de propagande politique », dénonce une militante de l'association Culture pour Tous. « Quand une municipalité utilise son pouvoir pour censurer une œuvre sous prétexte qu'elle ne correspond pas à sa ligne idéologique, c'est une atteinte directe à la démocratie ».

Cette affaire intervient alors que le ministère de la Culture, dirigé par une figure de la majorité présidentielle, reste silencieux sur le sujet. Pourtant, le Conseil d'État a rappelé à plusieurs reprises ces dernières années que les subventions culturelles ne pouvaient être refusées au seul motif que l'œuvre ne plaît pas au pouvoir en place. Une jurisprudence que le RN semble ignorer, préférant brandir l'argument d'une « culture populaire » pour justifier ses choix.

Quelle culture pour les villes RN ? L'exemple de Castres

Si le maire de Castres se refuse à commenter davantage, son entourage évoque une refonte complète de la saison culturelle. Exit les pièces engagées, place aux spectacles « grand public » et aux divertissements « sans message politique ». Une orientation qui interroge sur le devenir des théâtres municipaux dans les villes dirigées par l'extrême droite. Déjà, à Hénin-Beaumont ou à Beaucaire, d'autres municipalités RN ont réduit les budgets alloués aux arts vivants au profit d'événements plus consensuels.

Pour les défenseurs de la diversité culturelle, cette politique est un recul historique. « La culture doit être un espace de débat, pas un outil de propagande », rappelle un professeur d'histoire de l'art à l'université de Toulouse. « Quand on censure une pièce sur l'immigration, on censure aussi le débat démocratique », ajoute-t-il. Une analyse que partagent de nombreux artistes, dont certains commencent à boycotter les scènes des villes dirigées par le RN.

Alors que la France s'apprête à célébrer les 40 ans de la loi sur le prix unique du livre, symbole de la diversité culturelle, cette affaire de Castres rappelle que la liberté artistique reste un combat permanent. Et que l'extrême droite, une fois au pouvoir, n'hésite pas à l'attaquer frontalement.

Reste à savoir si cette déprogrammation restera un cas isolé... ou si elle ouvrira la voie à d'autres censures dans les villes dirigées par le Rassemblement National.

À propos de l'auteur

Apophénie

Les conflits d'intérêts gangrènent notre démocratie et personne n'en parle. Des ministres qui pantouflent dans le privé, des lobbies qui rédigent les lois, des hauts fonctionnaires qui naviguent entre cabinets ministériels et conseils d'administration. Je traque ces connexions, je les documente, je les expose. On m'accuse parfois de complotisme – l'insulte facile pour discréditer ceux qui posent des questions gênantes. Mais les faits sont têtus. Et ils incriminent notre belle République.

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Commentaires (3)

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Izarra

il y a 13 minutes

RN = culture populaire = censure. Bravo pour l’oxymore.

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C

corte

il y a 50 minutes

nooooon mais sérieuxxx ??? c'est quoi ce délire maintenant ??? de nos jours on a encore des maires qui font les censors comme au moyen-âge mdr

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G

germinal

il y a 1 heure

Comme d’hab, la censure avance masquée sous prétexte de « culture populaire ». En 1933, les nazis brûlaient des livres pour moins que ça… On nage en plein remake historique.

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