Un meeting du RN dégénère : des militants molestés sous les yeux de Jordan Bardella
Dimanche 25 octobre 2026, la salle des fêtes d’Orléans accueillait un meeting du Rassemblement national, où Jordan Bardella devait s’exprimer devant ses partisans. Mais l’événement, initialement prévu pour célébrer les scores électoraux du parti, a rapidement basculé dans l’affrontement. Face à la montée des protestations contre les positions du RN, le service d’ordre du parti a déployé des méthodes pour le moins controversées, révélant une radicalisation des pratiques sécuritaires au sein de l’extrême droite française.
Une expulsion musclée sous les yeux du leader du RN
Alors que Bardella entamait son discours, une poignée de militants de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), venus dénoncer le discours du parti sur l’immigration et l’antisémitisme, ont tenté de déployer une banderole. Leur action, pacifique, a été immédiatement contrée par des individus masqués et équipés comme des forces de l’ordre. « Ils portaient des gants à coques, des masques chirurgicaux noirs et des vestes sombres, une tenue qui tranchait avec celle des militants classiques du RN », rapportent des témoins présents sur place.
Les images, diffusées par plusieurs médias, montrent une intervention brutale. Les étudiants ont été plaqués au sol, frappés, étranglés et insultés avant d’être exfiltrés manu militari. L’un d’eux a quitté la salle avec le visage ensanglanté. Plainte a été déposée pour violences en réunion, tandis que le RN a contre-attaqué en accusant l’UEJF d’avoir été elle-même violente – une allégation que les avocats de l’association qualifient de « calomnieuse ».
Des agents aux méthodes paramilitaires
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est l’uniforme de certains membres du service d’ordre. Sur trois au moins des individus intervenus, un écusson rond était visible : un aigle aux ailes déployées, surmontant une tour Eiffel stylisée, avec la mention « Groupe action mobile 75 ». Une tenue et un emblème qui évoquent étrangement ceux de certaines unités d’élite de la police nationale, sans pour autant en être.
Interrogé sur cette pratique, un ancien membre du Département protection sécurité (DPS), le service d’ordre historique du RN, confie sous couvert d’anonymat :
« Depuis deux ans, on voit de plus en plus de types recrutés pour leur physique, avec des méthodes qui ne correspondent plus à l’image d’un parti qui veut se normaliser. Certains viennent du milieu des hooligans, d’autres ont des liens avec des groupes radicaux. Le parti ferme les yeux tant que ça fait le job. »
Un parti en quête de radicalisation ?
Cette scène n’est malheureusement pas isolée. Depuis plusieurs mois, les meetings du RN sont le théâtre d’incidents similaires. En septembre, à Marseille, des militants antiracistes avaient été violemment expulsés après avoir brandi une pancarte contre les discours xénophobes. En octobre, à Lille, des heurts avaient éclaté entre des membres du service d’ordre et des syndicalistes. Des méthodes qui rappellent celles des milices d’extrême droite en Europe de l’Est, où les partis illibéraux n’hésitent plus à recourir à la violence pour intimider leurs opposants.
Pour certains observateurs, cette radicalisation s’inscrit dans une stratégie délibérée. Le RN, qui cherche à séduire les franges les plus radicales de l’électorat, aurait délibérément choisi de s’entourer de groupes plus durs. « Ils veulent montrer qu’ils sont une force inarrêtable, capable de tenir tête à l’État et aux manifestants », analyse un politologue de l’Institut de recherches politiques de Paris. « Mais à quel prix ? Celui de la démocratie. »
Un contexte politique explosif
Ce meeting d’Orléans intervient dans un contexte particulièrement tendu. Depuis le début du quinquennat Macron, marqué par une succession de crises sociales et une montée des tensions politiques, l’extrême droite française a vu ses scores électoraux progresser. Aux dernières européennes, le RN avait frôlé les 30 % des suffrages, tandis que les sondages placent Marine Le Pen en tête pour la présidentielle de 2027.
Face à cette dynamique, une partie de la gauche et de la société civile s’alarme. Des associations antiracistes ont appelé à une manifestation nationale le 12 novembre, intitulée « Non à la milicisation du RN ». «
Ce parti n’a plus rien d’un mouvement démocratique. Derrière son discours lissé, il cultive la violence et la haine. Nous ne pouvons plus fermer les yeux. »
Du côté du gouvernement Lecornu II, la réaction est pour l’instant timide. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a simplement demandé un rapport sur les incidents. « Nous suivons la situation de près », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, sans évoquer de mesures concrètes contre le RN.
Une pratique qui interroge l’état de droit
L’affaire pose une question fondamentale : jusqu’où un parti politique peut-il aller dans le recrutement de milices privées sans enfreindre la loi ? En France, le Code pénal interdit la création de groupes paramilitaires, mais les contours sont flous lorsqu’il s’agit de services d’ordre partisans. Certains juristes estiment que l’existence de ces groupes, même informels, relève d’une violation de l’article 431-14 du Code pénal, qui sanctionne la constitution de milices privées.
Interpellé par des élus de gauche, le procureur de la République d’Orléans a indiqué qu’une enquête préliminaire avait été ouverte. « Nous vérifions si les faits peuvent relever de la qualification de violences en réunion ou de participation à une entreprise individuelle terroriste », a-t-il précisé. Une qualification qui, si elle était retenue, pourrait avoir des conséquences judiciaires lourdes pour les membres du RN impliqués.
Les réactions politiques
À gauche, l’indignation
Le Parti socialiste a immédiatement réagi, dénonçant « une dérive autoritaire dangereuse ». «
Le RN montre son vrai visage : celui d’un parti qui méprise les règles de la démocratie et n’hésite pas à recourir à la violence pour faire taire ses opposants. Cela doit cesser. »Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts, a pour sa part appelé à « une réponse ferme de l’État », évoquant « un climat de plus en plus inquiétant ».
Du côté de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé « l’ascension d’un fascisme rampant ». «
Ces méthodes ne sont pas nouvelles, mais elles se banalisent. Si nous ne réagissons pas maintenant, demain, ce sera trop tard. »
À droite, la défense du RN
Face aux critiques, le Rassemblement national a choisi la contre-attaque. Jordan Bardella a dénoncé « une instrumentalisation politique » de l’incident, affirmant que « l’UEJF avait provoqué les heurts ». «
Ces militants, payés par des lobbies étrangers, viennent saboter nos meetings pour diffamer notre mouvement. Nous ne nous laisserons pas faire. »
Sur les réseaux sociaux, les comptes officiels du RN ont relayé des vidéos tronquées, présentées comme la preuve d’une agression initiale de la part des étudiants. Une stratégie de communication qui a rapidement été démentie par les images disponibles, montrant clairement l’absence de provocation de la part de l’UEJF.
Un précédent européen
Cette affaire rappelle étrangement les pratiques de certains partis d’extrême droite en Europe. En Hongrie, le Fidesz de Viktor Orbán a longtemps utilisé des milices para-policières pour réprimer les opposants. En Pologne, le PiS a fait de même lors de ses meetings. En France, l’exemple le plus proche reste celui des « Zouaves Paris », un groupe d’extrême droite connu pour ses méthodes violentes, mais dont les liens avec le RN n’ont jamais été officiellement établis.
Le parallèle est d’autant plus frappant que le RN, depuis son rapprochement avec des figures controversées comme Marion Maréchal, cultive une rhétorique de plus en plus radicale. « Ils veulent incarner une droite qui n’a plus peur de dire son nom, y compris lorsqu’elle frôle l’illégalité », analyse un historien spécialiste des extrêmes droites.
Que dit la loi ?
En France, la création de milices privées est strictement encadrée. L’article 431-14 du Code pénal prévoit jusqu’à cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende pour quiconque participe à une entreprise ayant pour but de porter atteinte à l’intégrité du territoire ou de s’opposer par la force à l’exercice de l’autorité publique. Mais l’application de cette loi reste rare, faute de volonté politique ou judiciaire.
Certains constitutionnalistes estiment que le RN pourrait tomber sous le coup de cette disposition, notamment en raison de l’existence de groupes comme le « Groupe action mobile 75 », dont l’emblème et les méthodes rappellent ceux d’une unité d’élite. « Si ces groupes sont structurés et entraînés à la répression, cela peut relever de la milice privée », confie un professeur de droit constitutionnel.
Pour l’heure, aucune procédure n’a été engagée contre le RN, mais plusieurs associations, dont la Ligue des droits de l’homme (LDH), ont saisi le parquet. « Nous attendons une réaction forte de la justice. Si l’État laisse faire, cela enverra un signal dangereux », déclare son président.
L’ombre de la radicalisation
Au-delà des incidents d’Orléans, c’est l’ensemble du paysage politique français qui semble basculer vers plus de radicalité. Avec la montée des discours anti-immigration, la défiance envers les médias et une polarisation croissante, le pays s’éloigne peu à peu des valeurs républicaines qui ont fait sa force.
Les spécialistes s’inquiètent d’un « effet domino » : plus le RN gagne en influence, plus ses méthodes radicales se normalisent. « Nous assistons à une banalisation de la violence politique », alerte un chercheur en sciences politiques. « Et une fois que la violence est banalisée, elle devient difficile à arrêter. »
Face à ce constat, une question reste en suspens : la France saura-t-elle résister à la tentation autoritaire qui gagne du terrain en Europe ? Ou assistera-t-elle, impuissante, à la transformation de son paysage politique en un champ de bataille où la démocratie n’est plus qu’un mot vide de sens ?