RN en crise : Bardella et Le Pen en pleine tourmente avant 2027

Par Decrescendo 09/09/2026 à 08:23
RN en crise : Bardella et Le Pen en pleine tourmente avant 2027

Le RN enchaîne les couacs à huit mois de la présidentielle : divergences entre Le Pen et Bardella, départs fracassants et initiatives improvisées. Le parti d’extrême droite peut-il encore gagner ?

Un parti en mal d’unité à huit mois de l’élection présidentielle

Avec seulement huit mois avant le scrutin présidentiel, le Rassemblement national peine à afficher une image unie et maîtrisée. Entre divergences stratégiques, couacs médiatiques et tensions internes, la machine de guerre du RN, pourtant donnée favorite dans les sondages, semble fonctionner au ralenti. Les observateurs s’interrogent : la solidité du duo Le Pen-Bardella est-elle en péril ?

La rentrée politique du parti, marquée par des annonces improvisées et des réactions désordonnées, a révélé des fissures dans la communication et une absence de coordination entre les deux figures centrales du mouvement. Marine Le Pen, quadruple candidate à la présidentielle, et Jordan Bardella, son dauphin désigné, peinent à synchroniser leurs discours, alimentant les spéculations sur l’équilibre des pouvoirs au sein du parti.

L’interdiction du voile : une initiative mal maîtrisée

C’est un thème cher à Marine Le Pen depuis des années, mais qui a été lancé sans concertation préalable, au grand dam de ses équipes. L’idée d’une interdiction du port du voile dans l’espace public, évoquée en pleine rentrée, a pris de court les cadres du RN. Alors que la candidate organisait un meeting à Hénin-Beaumont pour officialiser son lancement de campagne, la proposition a été reprise en urgence, déclenchant une série de questions sur sa faisabilité et sa légitimité.

Les responsables du parti ont tenté de clarifier leur position, évoquant tour à tour des amendes, un référendum ou une application progressive. Pourtant, les approximations persistent : « Il n’y aura pas de police du voile, et ça ne sera pas appliqué au lendemain de l’élection », ont tempéré des proches de Bardella. Malgré ce flou, le RN mise sur le soutien d’une majorité de l’opinion publique, comme en témoignent les sondages.

« On donne le tempo, tout le monde réagit, on a la campagne en main. »

Les observateurs soulignent que cette précipitation reflète une stratégie de communication désorganisée, où chaque initiative semble improvisée, au risque de diluer l’impact des messages clés du parti.

Un accord migratoire avec le Royaume-Uni qui divise

Autre source de tension : le déplacement de Jordan Bardella à Birmingham, où il a signé un projet d’accord avec le parti populiste britannique Reform UK. Le texte prévoit le renvoi en France de tous les migrants traversant la Manche, avant de les reconduire vers leurs pays d’origine. Une proposition largement critiquée par les autres candidats à la présidentielle, accusant le RN de défendre un pacte désavantageux pour la France.

Les équipes de Bardella assurent que ce projet était préparé depuis « de longs mois » et que des échanges en amont ont eu lieu. Pourtant, Marine Le Pen n’a pas apporté son soutien public à cet accord, préférant garder ses distances. « Ça m’étonnerait qu’il [Bardella] ait signé un truc comme ça sans en parler avec Marine [Le Pen] avant », confie un parlementaire du RN, avant d’ajouter : « Ça fait le buzz. »

Cette absence de coordination entre les deux têtes de l’exécutif du RN alimente les rumeurs d’un désaccord profond au sommet du parti, où chaque prise de parole semble calculée pour marquer les esprits, parfois au détriment de la cohérence globale.

Des divergences économiques et un conseiller écarté

Les tensions internes ont atteint un point critique fin août avec le départ fracassant de François Durvye, conseiller économique du tandem Le Pen-Bardella depuis 2021. Ce dernier, proche de milieux libéraux et du milliardaire ultra-conservateur Pierre-Edouard Stérin, avait tenté d’influencer le programme du RN vers une ligne plus modérée, notamment sur les questions de retraites.

Durvye, qui critiquait ouvertement la réforme des retraites portée par Marine Le Pen (avec un âge de départ à 62 ans), a été écarté après avoir, selon plusieurs sources, suggéré à Bardella de déclarer sa propre candidature présidentielle le jour où Le Pen officialisait la sienne. Une initiative jugée inacceptable par l’entourage de la candidate.

« Il a essayé de nuire, il est déloyal. Un conseiller qui n’accepte pas un arbitrage sort. »

Sa démission, officialisée le jour même du grand oral de Marine Le Pen devant le Medef, a révélé des divergences économiques majeures au sein du RN. Alors que Le Pen défend une ligne plus protectionniste, Bardella, sous l’influence de Durvye, semblait pencher vers des mesures plus libérales. Son départ marque un tournant : la ligne économique du parti pourrait désormais être encore plus radicale, au risque de braquer une partie des électeurs traditionnels du RN.

Marion Maréchal de retour : un signe de recentrage familial ?

Dans l’ombre des luttes de pouvoir, la figure de Marion Maréchal refait surface. Sa présence à la rentrée des parlementaires RN au Touquet, prévue le 12 septembre, a déclenché des spéculations sur un possible recentrage du parti autour du clan familial Le Pen. Selon Libération, des tensions auraient éclaté lors d’une réunion préparatoire, Jordan Bardella allant jusqu’à déclarer : « C’est elle ou moi ! » avant de démentir ces propos.

Cette rivalité rappelle les luttes internes passées au FN, où les numéros deux ont souvent été marginalisés – de Bruno Mégret à Florian Philippot. Certains craignent que Bardella ne subisse le même sort, d’autant que son style, jugé trop « jet-set » et éloigné des valeurs populaires du RN, dérange une partie de la base.

« Ce n’est pas simple pour Jordan Bardella. Il veut exister, donc il prend des initiatives. Il faut qu’il retrouve sa place dans le dispositif. »

Un duo sous pression avant la présidentielle

Alors que le RN se targue d’être en tête des intentions de vote, les couacs de cette rentrée révèlent une machine politique moins rodée que prévu. Entre désaccords stratégiques, divergences de style et tensions internes, le parti doit rapidement retrouver une unité pour aborder la campagne présidentielle dans les meilleures conditions.

Pour ses détracteurs, ces dysfonctionnements sont la preuve que le RN, malgré sa progression électorale, reste un parti peu préparé à gouverner. Ses partisans, eux, y voient une stratégie assumée de perturbation, où chaque polémique sert à ancrer le parti dans le débat public.

Une chose est sûre : à huit mois du scrutin, le RN ne peut plus se permettre les erreurs de jeunesse. La cohésion entre Le Pen et Bardella sera déterminante pour éviter que les divisions ne deviennent un handicap face à une gauche divisée et un centre affaibli.

Un style et des valeurs en décalage ?

Derrière les querelles de leadership, c’est aussi un conflit de générations et de méthodes qui se joue au sein du RN. Marine Le Pen, figure historique de l’extrême droite française, incarne une ligne plus radicale et identitaire, tandis que Jordan Bardella, jeune quadragénaire, tente de moderniser l’image du parti en misant sur une communication plus directe, parfois perçue comme trop éloignée des valeurs traditionnelles du mouvement.

Ses apparitions estivales, où il était vu aux côtés de sa compagne, issue de l’aristocratie italienne, ont été vivement critiquées en interne. « La jet-set et le m’as-tu-vu, ce n’est vraiment pas ce que Marine [Le Pen] aime. Elle exècre le côté bling-bling », confiait un député RN sous couvert d’anonymat. Ce décalage illustre les tensions persistantes entre une droite radicale ancrée dans ses racines populaires et une nouvelle génération qui cherche à séduire au-delà de son électorat historique.

La présidentielle 2027 : un scrutin sous haute tension

Dans un paysage politique français profondément fragmenté, le RN part favori, mais ses difficultés à présenter une façade unie pourraient lui coûter cher. Face à une gauche divisée entre socialistes, écologistes et insoumis, et un centre affaibli par les divisions macronistes, le parti d’extrême droite doit capitaliser sur ses thèmes porteurs – sécurité, immigration, pouvoir d’achat – sans tomber dans les pièges d’une communication brouillonne.

Les prochaines semaines seront cruciales : après la rentrée politique à Hénin-Beaumont, où Marine Le Pen et Jordan Bardella devraient enfin apparaître ensemble, le RN devra prouver qu’il est capable de mener une campagne cohérente et offensive. Sinon, les doutes sur sa capacité à gouverner ne feront que grandir – et avec eux, les risques de déception pour ses électeurs.

Alors que l’Europe regarde avec inquiétude la montée des extrêmes, le RN a une occasion historique de s’installer durablement dans le paysage politique français. Mais pour cela, il lui faudra d’abord surmonter ses propres contradictions.

Un calendrier politique chargé pour le RN

D’ici la présidentielle, plusieurs échéances pourraient rebattre les cartes. Les élections européennes de 2029, si elles ont lieu à temps, offriront un premier test pour le parti. Mais c’est surtout l’issue du scrutin de 2027 qui déterminera l’avenir du RN. Une victoire serait un séisme politique, ouvrant la voie à une France dirigée par l’extrême droite pour la première fois depuis des décennies. Une défaite, en revanche, pourrait précipiter une crise interne et une refonte du parti.

Dans tous les cas, les prochains mois seront décisifs pour comprendre si le RN est un simple phénomène électoral ou une force politique capable de s’imposer durablement dans le jeu démocratique français.

Une chose est sûre : avec ou sans Jordan Bardella, Marine Le Pen reste l’épicentre de ce mouvement. Et son avenir se jouera aussi dans sa capacité à unifier un parti où les ambitions personnelles risquent de prendre le pas sur l’intérêt collectif.

À propos de l'auteur

Decrescendo

J'ai couvert les manifestations contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes, les soignants en colère. J'ai vu des CRS charger des infirmières. J'ai vu des préfets interdire des manifestations au mépris du droit. J'ai vu des ministres mentir effrontément à la télévision. Cette violence institutionnelle, je la dénonce sans relâche. On me traite parfois d'extrémiste parce que je rappelle simplement ce que dit la Constitution. Tant pis. Je préfère être un démocrate radical qu'un complice.

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Commentaires (3)

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Lucie-43

il y a 39 minutes

Comme d'hab. Un parti qui survit à ses propres couacs, c'est ça la politique française.

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EdgeWalker

il y a 1 heure

nooooon mais c'est quoi ce délire ??? Le RN nous sert un nouveau soap opera avant même les élections... Entre Bardella qui joue les stars insta et Marine qui fait sa diva de la politique, franchement on dirait une émission de télé-réalité ptdr... La France mérite mieux que ça !!

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Hugo83

il y a 6 minutes

@edgewalker T'as raison sur un point : ils gèrent mal. Mais bon, regarde l'autre bord... La gauche fait la même chose depuis 10 ans, et nous on est toujours là à se plaindre. Le vrai problème, c'est que personne ne propose rien de concret.

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