RN : l'hypocrisie climatique d'une extrême droite qui vote contre l'urgence et applaudit l'action

Par Anachronisme 02/07/2026 à 12:00
RN : l'hypocrisie climatique d'une extrême droite qui vote contre l'urgence et applaudit l'action

Le RN, parti climatosceptique par excellence, tente un virage écologique opportuniste à l'approche de 2027. Mais entre votes contre l'urgence climatique au Parlement européen et propositions floues, l'hypocrisie de Bardella et ses alliés saute aux yeux.

Le RN sur le gril climatique : quand l'extrême droite découvre l'urgence écologique… mais pas la cohérence

La France étouffe sous une vague de chaleur historique, précoce et d'une intensité inédite. Depuis plusieurs jours, les thermomètres flirtent avec des records absolus, mettant à l'épreuve les infrastructures les plus basiques du pays. Pourtant, alors que les hôpitaux se remplissent, que les personnes âgées s'effondrent et que les écosystèmes s'embrasent, une question s'impose avec une urgence nouvelle : qui est réellement préparé à gérer cette crise climatique qui s'accélère ?

Face à l'incurie des gouvernements successifs à anticiper ces bouleversements, une formation politique se distingue soudain par son activisme médiatique : le Rassemblement national. Dans un tour de passe-passe rhétorique qui force l'admiration – ou l'incrédulité –, le parti d'extrême droite, longtemps taxé de climatoscepticisme assumé, se mue en chantre de la responsabilité écologique. Une métamorphose spectaculaire, à moins d'un an des prochaines échéances présidentielles.

Dans les studios de radio et les plateaux télé qui se multiplient depuis le début de la canicule, les porte-parole du RN rivalisent d'indignation. Sébastien Chenu, vice-président du parti, a ainsi tancé l'incapacité chronique de l'État à prévoir et à organiser, déplorant que les autorités n'aient « pas su entendre les recommandations des experts ». Un discours qui contraste singulièrement avec les années durant lesquelles certains cadres du parti, à l'image de Marine Le Pen elle-même, avaient multiplié les prises de position minimisant la gravité du changement climatique ou contestant les travaux du GIEC.

Cette volte-face, pour spectaculaire qu'elle soit, ne doit rien au hasard. Elle s'inscrit dans une stratégie délibérée de reconquête de l'électorat, alors que les sondages placent le RN en tête des intentions de vote pour 2027. Mais derrière le vernis vert du RN se cache une réalité bien différente : un programme climatique aussi flou qu'ambigu, où se mêlent mesures concrètes et propositions à géométrie variable, et surtout, un bilan parlementaire accablant.

Un passé climatosceptique qui ne ment pas : le RN, pire ennemi de l'urgence climatique

Pour comprendre l'ampleur de ce virage, il faut remonter à peine quelques années en arrière. Le RN a longtemps incarné, au sein du paysage politique français, la frange la plus rétive à l'idée même d'une crise écologique. Entre 2017 et 2022, les sorties climatosceptiques s'étaient enchaînées, portées par des figures comme Nicolas Bay ou Gilbert Collard, qui n'hésitaient pas à qualifier le réchauffement climatique de « théorie politique » ou de « dogme ».

Plus encore, le parti avait mené une guérilla permanente contre les institutions scientifiques internationales, à commencer par le GIEC. En 2020, Jordan Bardella, alors président par intérim du RN, n'avait pas hésité à qualifier le groupe d'experts de « lobby écologiste » dont les conclusions seraient « biaisées ». Une rhétorique qui rejoignait celle de régimes autoritaires comme la Russie ou la Chine, pour qui la science climatique reste un champ de bataille idéologique.

Pourtant, aujourd'hui, le même Bardella assure que « la question climatique n'est plus une option, mais une nécessité ». Une affirmation qui sonne comme un aveu : le RN n'a pas changé de conviction, il a changé de stratégie. Comme si le parti avait enfin compris que, dans un contexte où 78 % des Français considèrent le changement climatique comme une menace majeure, il ne pouvait plus ignorer la question sans se marginaliser définitivement. Pourtant, les actes parlent plus fort que les mots. En tant que député européen, Bardella a un bilan parlementaire accablant : en 2019, il a voté contre la déclaration d'urgence climatique par l'Europe ; en 2021, contre la loi européenne sur le climat fixant la neutralité carbone en 2050 ; et en 2025, il a de nouveau rejeté une mise à jour de cette même loi.

« En démocratie, la vision d'un responsable politique se mesure d'abord à ses votes. Le bilan du RN, et de son président, est tristement limpide. »

— Un député européen anonyme

Un plan de climatisation « généralisé » : entre flou, incohérences et démagogie

Parmi les propositions phares brandies par le RN ces derniers jours, celle d'un « plan de climatisation généralisé » occupe une place centrale. Pourtant, à y regarder de plus près, le projet relève davantage du slogan que d'un véritable programme. Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme, a tenté de clarifier son financement, évoquant tantôt une dette verte publique supplémentaire pour des prêts à taux zéro, tantôt une action de la politique monétaire de la BCE. Deux options qui, analysées à la lumière des votes du RN, révèlent une incohérence totale : le parti rejette systématiquement toute mesure européenne contraignante en matière climatique, mais propose aujourd'hui des solutions qui dépendraient de mécanismes européens.

Interrogé sur les modalités concrètes de ce plan, Sébastien Chenu évoque pêle-mêle la « rénovation des bâtiments publics », la « végétalisation des villes » et... la « responsabilité individuelle ». Des mesures dont certaines, comme la climatisation massive des logements, posent question sur le plan écologique – au moment même où l'Union européenne tente de réduire la dépendance aux énergies fossiles.

Pour les observateurs, cette proposition illustre une constante de la ligne RN : l'art de détourner les débats de fond pour mieux masquer l'absence de vision. Ainsi, plutôt que de s'attaquer aux causes structurelles du réchauffement – dépendance aux énergies fossiles, artificialisation des sols, retard dans la transition énergétique –, le parti préfère mettre en avant des solutions ponctuelles, voire spectaculaires, qui flattent l'électorat sans engager de véritable transformation.

« Le RN confond urgence climatique et communication d'urgence », analyse la climatologue Valérie Masson-Delmotte, qui rappelle que « les canicules ne se résument pas à des épisodes de chaleur, mais révèlent des failles systémiques ». Une analyse partagée par la majorité des experts, pour qui la crise actuelle exige des réponses globales – et non des mesures ciblées, comme celle d'une climatisation généralisée, dont l'impact environnemental pourrait s'avérer contre-productif.

L'Europe face au défi climatique : l'exemple que le RN refuse de suivre

Alors que le RN cherche désespérément à occuper le terrain écologique, l'Union européenne, elle, avance. Depuis 2020, le Green Deal européen a permis de financer des milliers de projets visant à adapter les villes au réchauffement, des toits végétalisés aux réseaux de froid urbain. En France, des initiatives comme le plan « Villes durables », porté par des métropoles comme Lyon ou Grenoble, montrent qu'une autre voie est possible.

Pourtant, ces avancées contrastent avec l'immobilisme des gouvernements français successifs, qu'ils soient de droite ou d'extrême droite. En 2023, alors que des villes comme Paris subissaient des températures dépassant les 40°C, le gouvernement d'alors – dirigé par Élisabeth Borne – avait dû improviser un plan canicule de dernière minute, révélant une fois de plus l'absence de vision stratégique. « La France a les moyens de ses ambitions, mais elle manque cruellement de volonté politique », estime le député européen Yannick Jadot. Une critique qui vise autant la majorité présidentielle que l'extrême droite, dont le programme climatique reste prisonnier de ses contradictions internes. Entre rejet de la taxe carbone, opposition aux éoliennes et nostalgie des énergies fossiles, le RN peine à proposer une alternative crédible à la transition écologique.

Pourtant, dans un pays où les événements climatiques extrêmes se multiplient – canicules, inondations, feux de forêt –, l'enjeu n'est plus de savoir si la France doit s'adapter, mais comment. Et sur ce point, le RN a peu à offrir. Son bilan parlementaire européen en témoigne : trois votes contre des mesures climatiques majeures en sept ans, dont un rejet pur et simple de la neutralité carbone en 2021.

L'électorat face au miroir du RN : crédibilité ou illusion ?

Le virage écologique du Rassemblement national soulève une question cruciale : les Français sont-ils prêts à lui accorder leur confiance sur un sujet aussi complexe que la crise climatique ? D'un côté, les sondages montrent une défiance croissante envers les partis traditionnels, accusés de gestion chaotique des crises. De l'autre, l'extrême droite peine encore à convaincre sur sa capacité à gérer des enjeux systémiques. Comment croire, en effet, que le RN, qui a tant combattu les mesures écologiques par le passé, puisse soudain devenir un acteur fiable ?

Pour Marine Le Pen, ce pari est pourtant vital. En 2022, son score au second tour de la présidentielle avait été en partie attribué à son positionnement sur les questions sociétales, où elle avait su capter une partie de l'électorat populaire. Aujourd'hui, face à la montée des préoccupations environnementales, elle tente de reproduire la même stratégie. Mais cette fois, le défi est de taille : il ne s'agit plus de promettre des baisses d'impôts, mais de garantir la survie d'un mode de vie.

Dans les rangs de la majorité présidentielle, on observe avec un mélange d'amusement et d'inquiétude cette tentative de récupération. « C'est comme si un pyromane se présentait comme pompier », ironise un proche d'Emmanuel Macron. Une formule qui résume bien l'absurdité d'un discours où l'on dénonce l'incapacité de l'État tout en proposant des solutions aussi vagues qu'irréalistes, et en ayant systématiquement voté contre les outils européens pour y parvenir.

Le climat, nouveau terrain de bataille idéologique : l'hypocrisie comme stratégie

Au-delà des calculs électoraux, la canicule actuelle rappelle une évidence : la crise climatique n'est plus une menace lointaine, mais une réalité quotidienne. Et cette réalité exige des réponses urgentes, à la hauteur des enjeux. Pourtant, le RN semble déterminé à transformer ce défi en opportunité politique, au mépris de la cohérence.

Pour le parti, le défi est double. D'une part, il doit réussir à effacer, aux yeux de l'opinion, son lourd passif climatosceptique et son bilan parlementaire désastreux. D'autre part, il doit proposer un programme crédible, au moment où l'Union européenne avance sur des sujets comme la taxation du kérosène ou l'interdiction des véhicules thermiques. Jusqu'à présent, les tentatives du RN restent timorées. Entre promesses creuses et attaques contre les experts, le parti semble encore prisonnier de ses vieux réflexes. Pourtant, dans un contexte où les canicules battent des records et où les populations les plus vulnérables paient le prix fort, le temps des ambiguïtés est révolu.

Alors que la France suffoque, une question s'impose : peut-on vraiment faire confiance à un parti qui a passé des années à nier l'évidence, puis à voter contre les solutions ?

La réponse se trouve peut-être dans les votes de Jordan Bardella au Parlement européen. Entre 2019 et 2025, il a systématiquement rejeté les outils qui auraient pu permettre à la France de mieux s'adapter au réchauffement climatique. Aujourd'hui, il en fait un argument de campagne. La question n'est plus de savoir si le RN est hypocrite. Mais si les Français sont prêts à lui accorder leur confiance malgré tout.

À propos de l'auteur

Anachronisme

On nous vend une modernité qui n'est qu'un retour en arrière déguisé. Destruction des services publics, casse du Code du travail, démantèlement de la Sécurité sociale : tout ce que nos grands-parents ont construit est méthodiquement détruit au nom du "progrès". Je refuse cette arnaque. Mon travail consiste à rappeler d'où nous venons pour comprendre où on nous emmène. Et croyez-moi, la destination ne me plaît pas. Je continuerai à documenter ce hold-up démocratique tant que ce sera possible.

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Commentaires (1)

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É

Éditorialiste anonyme

il y a 1 mois

Bon... encore une fois le RN surfe sur l'actualité pour s'acheter une virgule verte. Sauf que leur 'écologie' ça reste du Le Pen pur sucre : moins de migrants, moins de CO2, logiquement. Pfff.

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