RN : la diplomatie du double jeu sur l'Ukraine ?

Par Renaissance 22/09/2026 à 14:15
RN : la diplomatie du double jeu sur l'Ukraine ?

Le RN se rend à Kiev tout en s'opposant aux aides militaires françaises à l'Ukraine. Une stratégie de communication qui interroge sur son rôle dans la guerre et ses contradictions idéologiques.

Le Rassemblement National entre soutien affiché et opposition aux aides européennes

Alors que la guerre en Ukraine s’intensifie et que les appels à la solidité du front occidental se multiplient, le Rassemblement National semble jouer un rôle ambigu dans ce dossier. Ce mardi 22 septembre 2026, Laurent Jacobelli, député européen du parti d’extrême droite, se trouve à Kiev pour une visite officielle, quelques semaines seulement après que Marine Le Pen et Jordan Bardella ont réitéré leur opposition à toute nouvelle aide militaire française à l’Ukraine. Une posture qui interroge : comment concilier un déplacement diplomatique en zone de conflit avec une ligne politique opposée aux engagements militaires et financiers de la France ?

Une présence à Kiev, mais un refus des responsabilités

La visite de Jacobelli en Ukraine s’inscrit dans un contexte où les tensions entre Paris et Moscou restent vives, malgré les déclarations récentes de certains responsables européens tentant d’apaiser les relations. Officiellement, le RN justifie ce déplacement par la nécessité de « comprendre la réalité du terrain » et d’évaluer les besoins humanitaires. Pourtant, cette initiative contraste avec les prises de position répétées du parti depuis le début du conflit en 2022. En effet, le Rassemblement National a systématiquement voté contre les crédits supplémentaires alloués à Kiev, tout en critiquant les sanctions européennes contre la Russie. Une position qui place la France dans une posture isolée au sein de l’Union européenne, où les vingt-sept États membres ont, jusqu’à présent, maintenu leur soutien à l’Ukraine.

Les observateurs politiques soulignent l’hypocrisie de cette démarche. « On ne peut pas à la fois se rendre sur place pour donner l’image d’un parti responsable et, dans le même temps, saboter les efforts diplomatiques et militaires de la France », analyse un spécialiste des questions européennes basé à Bruxelles. Le RN, qui mise sur une stratégie de « ni-ni » – ni soutien inconditionnel à l’OTAN, ni rupture avec l’UE –, se retrouve ainsi pris au piège de ses contradictions. Comment justifier un voyage à Kiev alors que Jordan Bardella a récemment déclaré que « la France n’a pas à financer éternellement cette guerre » ?

Une stratégie de communication sous le feu des critiques

Le parti d’extrême droite tente de se repositionner sur la scène internationale après des années de flirt avec le Kremlin. En 2024, Marine Le Pen avait été reçue à Moscou, où elle avait affiché un soutien ambigu à Vladimir Poutine, évoquant une « nécessité de dialogue ». Depuis, la donne a changé : la Russie, affaiblie par ses défaites militaires en Ukraine et les sanctions occidentales, est désormais perçue comme un partenaire de plus en plus toxique. Pourtant, le RN persiste à entretenir des liens avec des personnalités pro-russes en Europe, comme le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, seul dirigeant de l’UE à bloquer régulièrement les décisions en faveur de Kiev.

Cette visite à Kiev intervient alors que le gouvernement français, dirigé par Sébastien Lecornu, tente de renforcer son leadership au sein de l’Union européenne. Paris, qui a longtemps été perçu comme un acteur modéré, doit désormais composer avec une extrême droite française en pleine ascension dans les sondages. « Le RN cherche à se donner une image respectable tout en maintenant sa ligne anti-européenne et anti-OTAN », explique un diplomate sous couvert d’anonymat. En effet, malgré les déclarations de Jacobelli sur la nécessité de « soutenir le peuple ukrainien », le parti reste fidèle à sa ligne : pas de livraison d’armes lourdes, pas de sanctions supplémentaires contre Moscou, et un rejet catégorique de toute intégration de l’Ukraine à l’UE ou à l’OTAN.

L’Ukraine, un sujet de division à gauche comme à droite

Si le RN tente de se draper dans le manteau de la diplomatie, la gauche française, elle, est profondément divisée sur la question ukrainienne. Entre les partisans d’un soutien inconditionnel à Kiev, comme Raphaël Glucksmann, et les tenants d’une approche plus nuancée, prônant un cessez-le-feu immédiat, le débat fait rage. Les écologistes, par exemple, ont récemment proposé une « taxe sur les super-héritages » pour financer la reconstruction de l’Ukraine, une idée qui a suscité des réactions mitigées.

Du côté du gouvernement, Sébastien Lecornu a réaffirmé mardi la nécessité de « maintenir une pression maximale sur la Russie » tout en ouvrant la porte à des négociations. « La France ne peut pas se permettre de lâcher l’Ukraine, ni de laisser le champ libre à Poutine en Europe de l’Est », a-t-il déclaré lors d’un point presse. Une position qui place Paris en porte-à-faux avec les orientations du RN, dont les propositions en matière de défense européenne oscillent entre souveraineté nationale et alignement sur les positions américaines – un paradoxe pour un parti qui se revendique du « ni-ni ».

Un jeu dangereux pour la crédibilité de la France

La visite de Jacobelli à Kiev soulève une question plus large : jusqu’où la France peut-elle tolérer les ambiguïtés de l’extrême droite sur la scène internationale ? Avec un parti qui représente désormais près de 30 % dans les sondages, les équilibres politiques français sont en train de basculer. Pourtant, l’Ukraine reste un sujet où les lignes rouges doivent être claires. « Un pays qui ne soutient pas militairement l’Ukraine perd toute crédibilité en Europe », avertit un ancien haut fonctionnaire du Quai d’Orsay. Le RN, en jouant sur les deux tableaux, risque de fragiliser encore davantage la position de la France sur la scène internationale, déjà affaiblie par les hésitations de l’exécutif sur d’autres dossiers, comme la réforme des retraites ou la transition écologique.

Alors que les drones russes frappent de plus en plus profondément le territoire ukrainien et que les appels à une réponse européenne unie se multiplient, le double jeu du Rassemblement National pourrait bien se retourner contre lui. En se rendant à Kiev tout en continuant à saper les efforts de la France, le parti d’extrême droite envoie un message brouillé : celui d’un parti qui, malgré ses efforts de normalisation, reste prisonnier de ses contradictions idéologiques.

Un contexte européen sous haute tension

Cette stratégie du RN s’inscrit dans un paysage européen où les divisions sur l’Ukraine s’accentuent. Si la majorité des États membres de l’UE, à l’exception notable de la Hongrie, maintiennent leur soutien à Kiev, certains pays, comme la Pologne ou les pays baltes, poussent pour un durcissement des sanctions contre Moscou. À l’inverse, d’autres, comme l’Italie ou l’Espagne, adoptent une position plus prudente, craignant une escalade du conflit.

La France, historiquement moteur de l’intégration européenne, se trouve aujourd’hui tiraillée entre ces différentes approches. Le gouvernement Lecornu, bien que pro-européen, doit composer avec une opinion publique de plus en plus divisée sur la question ukrainienne. Une récente enquête d’opinion montre que près de 40 % des Français estiment que « la France en fait trop pour l’Ukraine », un chiffre qui a bondi de 15 points en deux ans. Une tendance que le RN, avec son discours populiste, exploite sans complexe.

Dans ce contexte, la visite de Jacobelli à Kiev apparaît comme un coup de communication risqué. Alors que l’Ukraine réclame toujours plus d’armes et de fonds pour résister à l’invasion russe, le RN semble vouloir profiter de la situation pour renforcer son image de « parti réaliste », tout en maintenant sa ligne anti-interventionniste. Une équation impossible, qui pourrait bien se retourner contre lui à l’approche des prochaines échéances électorales.

L’Europe face à ses propres divisions

Au-delà des calculs politiques français, c’est toute la stratégie européenne qui est remise en question. Si l’Allemagne, sous la pression de l’extrême droite, commence à hésiter sur son soutien à Kiev, l’UE pourrait se retrouver paralysée. Les pays nordiques et d’Europe de l’Est, farouches opposants à toute normalisation avec Moscou, se trouvent isolés face à une coalition de pays plus réticents à s’engager militairement.

La France, qui a toujours joué un rôle de médiateur dans les crises européennes, se retrouve aujourd’hui en première ligne d’un débat qui divise le continent. Alors que le président Macron tente de préserver une unité fragile, le RN, avec sa diplomatie du double jeu, risque de fragiliser encore davantage la cohésion européenne. Une chose est sûre : dans la guerre en Ukraine, comme dans bien d’autres dossiers, les jeux de pouvoir internes ne doivent pas prendre le pas sur l’intérêt général.

Alors que Laurent Jacobelli regagne Paris, une question reste en suspens : le Rassemblement National parviendra-t-il à concilier son discours anti-européen avec une posture diplomatique crédible ? Dans l’immédiat, une chose est certaine : l’Ukraine, elle, n’a pas le luxe de tergiverser.

À propos de l'auteur

Renaissance

J'ai travaillé quinze ans dans l'industrie avant d'être licencié lors d'une délocalisation. Mon usine était rentable, mais pas assez pour satisfaire les actionnaires. Ce jour-là, j'ai compris que le système économique dans lequel nous vivons est profondément injuste. J'ai repris des études, je me suis formé au journalisme. Aujourd'hui, je donne une voix à ceux qu'on n'entend jamais dans les médias : les ouvriers, les précaires, les invisibles. La France périphérique existe, et elle doit parler.

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Commentaires (2)

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C

Chimère

il y a 18 minutes

@gavroche C'est exactement ça ! Le double jeu est flagrant. Mais tu vois, y'a des gens qui vont encore trouver des excuses genre 'c'est de la realpolitik' ou 'faut pas froisser la Russie'. Franchement, mdff... @tangente tu en penses quoi ?

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G

Gavroche

il y a 50 minutes

Wesh mais c'est quoi ce délire ??? Le RN à kiev alors qu'ils veulent arreter les aides à l'ukraine ????? nooooon mais sérieux ??? ils se foutent de notre gueule ou quoi !!!

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