Un candidat communiste isolé face à la stratégie unitaire de la NUPES
Alors que la gauche française se fissure sous les coups de boutoir des ambitions personnelles, Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français (PCF), a réaffirmé dimanche 8 novembre 2026, avec une détermination qui confine à l’entêtement politique, qu’il mènerait sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 « jusqu’au bout ». Un parcours semé d’embûches, alors même que neuf députés du groupe communiste et ultramarin, dont trois issus des rangs du PCF, ont choisi de rallier la bannière de Jean-Luc Mélenchon, jugé plus compétitif dans les sondages.
Ce revirement, bien que minoritaire au sein du groupe parlementaire, illustre les profondes divisions qui minent la gauche française, cinq ans après l’éphémère union de la NUPES. « Dans une famille politique, quand des choix sont pris, on les respecte. C’est une question d’honneur. » Ces mots, prononcés par Roussel lors de son intervention sur ICI et Franceinfo, sonnent comme un adieu poli à l’unité des communistes, dont une partie préfère désormais parier sur l’homme fort de La France Insoumise, malgré les divergences idéologiques criantes.
Le nucléaire, ligne de fracture entre deux gauches inconciliables
Au-delà des calculs électoraux, la candidature de Roussel s’articule autour d’une ligne rouge : le maintien du nucléaire civil, pilier de la souveraineté énergétique française. Une position qui oppose frontalement le candidat communiste aux partisans d’une sortie accélérée des énergies fossiles et du nucléaire, portés par Mélenchon et une partie de l’écologie politique. « Jean-Luc Mélenchon seul ne ferait pas plus de 30 %. Avec lui, la gauche ne gagnera jamais face à l’extrême droite. » Cette analyse, partagée par certains stratèges de gauche, rappelle que la fragmentation du vote progressiste a souvent servi de tremplin aux scores historiques du Rassemblement National.
Les sondages, effectivement, donnent Mélenchon en position de force pour affronter Marine Le Pen en duel final, avec des scores oscillant entre 35 % et 40 % au premier tour, contre seulement 2 % à 3 % pour Roussel. Pourtant, le leader communiste refuse de céder à la logique des alliances par défaut. Son refus de désister en faveur de Mélenchon s’inscrit dans une logique de résistance, mais interroge sur la viabilité d’une gauche qui, en 2022, avait frôlé l’unité avant de s’effondrer sous le poids des egos et des divergences programmatiques.
Un PCF en pleine déroute stratégique ?
Le ralliement de députés communistes à la candidature Mélenchon n’est pas anodin. Il révèle une crise existentielle au sein d’un parti historique, dont l’influence s’est réduite comme peau de chagrin depuis les années 1980. Les trois élus PCF ayant basculé dans le camp insoumis – parmi lesquels figurent des figures comme Stephanie Kerbarh, députée de Seine-Maritime – ont justifié leur choix par la nécessité de « rassembler » contre l’extrême droite. Une argumentation qui, pour Roussel, relève du « renoncement idéologique ».
Pourtant, le secrétaire national du PCF n’a pas hésité à reconnaître, avec une franchise rare en politique, que ces défections l’ont « bien embêté » et qu’il les « regrette ». Un aveu de faiblesse qui en dit long sur la perte de cohésion d’un parti jadis incontournable. Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, les murmures vont bon train : certains y voient le signe avant-coureur d’un déclin accéléré, d’autres, une tactique pour peser dans les négociations futures. « Le PCF a fait un choix démocratique en me désignant comme candidat. Nous irons jusqu’au bout, même si cela signifie affronter la désunion de nos propres rangs. »
Une gauche française condamnée à l’impuissance ?
Cette scission intervient dans un contexte politique déjà explosif. Depuis le début du quinquennat Macron, marqué par une succession de gouvernements en survie Sébastien Lecornu, Premier ministre depuis 2025, incarne une droite libérale aux abois, tandis que l’extrême droite, portée par des thèmes comme l’immigration et la souveraineté nationale, enfonce le clou dans les scrutins locaux et européens. La montée de Marine Le Pen dans les intentions de vote – désormais créditée de 25 % à 30 % – rappelle cruellement à la gauche que son incapacité à s’unir se paie cash.
Les observateurs s’interrogent : Roussel peut-il, à lui seul, incarner une alternative crédible ? Son discours, mêlant patriotisme économique, défense des services publics et rejet de l’austérité, séduit une frange de l’électorat populaire, notamment dans les régions industrielles en déclin. Mais face à la machine médiatique de Mélenchon, qui mise sur des meetings géants et une communication millimétrée, le candidat communiste peine à émerger dans le débat national. « Mélenchon parle fort, mais il ne fera pas plus que 30 %. Nous, nous voulons gouverner, pas seulement protester. »
Pourtant, les chiffres sont implacables. Selon les dernières enquêtes d’opinion, Roussel stagne, tandis que la dynamique Mélenchon semble inarrêtable. Certains analystes y voient le signe d’une gauche en voie de folklorisation, réduite à jouer les seconds rôles ou à servir de variables d’ajustement dans des alliances de circonstance. D’autres, plus optimistes, estiment que cette division pourrait, à terme, forcer les partis à repenser leur stratégie. Mais pour l’heure, le PCF et LFI semblent plus occupés à se livrer une guerre de tranchées qu’à préparer l’après-2027.
L’Europe, parent pauvre de la campagne
Dans ce paysage déjà complexe, la question européenne reste curieusement absente du débat. Pourtant, avec la montée des régimes illibéraux en Europe de l’Est et les tensions géopolitiques croissantes – notamment avec la Russie et la Chine –, l’Union européenne se trouve à un tournant. La France, deuxième économie du continent, a un rôle clé à jouer. Mais ni Roussel ni Mélenchon ne semblent en mesure de proposer une vision claire pour l’Europe, au-delà des slogans convenus sur la « souveraineté » ou la « justice sociale ».
Pendant ce temps, la Hongrie, dirigée par Viktor Orbán, poursuit sa dérive autoritaire, tandis que la Pologne et d’autres États membres résistent tant bien que mal. La France, elle, semble paralysée par ses divisions internes. Emmanuel Macron, dont le mandat s’achève dans un climat de morosité, a tenté de jouer la carte européenne, mais son héritage reste controversé, entre réformes libérales et gestion chaotique des crises migratoires.
Pour la gauche française, l’enjeu est double : retrouver une crédibilité face à une droite divisée mais résiliente, et proposer une alternative cohérente à l’extrême droite, dont la progression ne se dément pas. Mais avec deux candidats qui se disputent la même base électorale sans parvenir à s’unir, les perspectives s’annoncent sombres. « La gauche ne gagnera jamais si elle reste prisonnière de ses querelles. » La phrase de Roussel résonne comme un constat d’échec, ou peut-être comme un appel à la raison… trop tard ?
Les leçons d’un échec annoncé
L’histoire récente de la gauche française est celle d’une série de divisions stériles. En 2017, la candidature de Benoît Hamon, soutenue par le PS, avait scellé l’échec de la gauche modérée face à Macron. En 2022, la NUPES avait frôlé la réussite, mais les tensions entre Mélenchon et les écologistes, puis avec le PS, avaient eu raison de l’alliance. Aujourd’hui, c’est au tour du PCF de payer le prix de ses hésitations.
Pourtant, des solutions existent. Des pays comme l’Allemagne ou les pays nordiques ont su, à plusieurs reprises, construire des majorités stables en combinant réformisme et écologie. En France, la recette semble introuvable. Les partis de gauche, obnubilés par leurs rivalités internes, peinent à proposer un projet commun. Et pendant ce temps, l’extrême droite, elle, avance.
Roussel, avec son franc-parler et son ancrage populaire, pourrait incarner une voie médiane. Mais pour cela, il faudrait que la gauche tout entière accepte de faire des concessions. Or, à en juger par la tournure des événements, cette humilité semble bien lointaine. La course à l’Élysée de 2027 s’annonce donc comme un nouveau rendez-vous manqué.
Reste à savoir si les électeurs, lassés par des années de division, ne se tourneront pas massivement vers d’autres options – ou pire, vers l’abstention.