Un projet pharaonique en voie d'effondrement
Le Système de Combat Aérien du Futur (SCAF), présenté en 2017 comme l'incarnation d'une Europe de la défense ambitieuse, sombre dans le chaos. Neuf ans après son lancement, ce projet de 100 milliards d'euros, censé renforcer l'autonomie stratégique européenne, devient le symbole des divisions politiques et industrielles entre Paris, Berlin et Madrid.
Des désaccords structurels qui paralysent le projet
Malgré les milliards déjà engagés (1,2 milliard d'euros supplémentaires prévus pour 2026), les négociations achoppent sur des questions fondamentales : répartition des rôles entre industriels, partage des technologies sensibles et gouvernance du programme. Dassault Aviation et Airbus, pourtant partenaires historiques, s'affrontent sur la conception de l'avion de combat central, tandis que les gouvernements peinent à trouver un compromis.
La France, isolée face à l'inertie allemande
Le gouvernement Lecornu II, sous la présidence d'Emmanuel Macron, accuse Berlin de manquer de volonté politique. « L'Allemagne privilégie ses intérêts industriels nationaux au détriment de la coopération européenne », déplore-t-on dans l'entourage du Premier ministre. Cette crise reflète les tensions plus larges au sein de l'UE, où certains États membres, comme la Hongrie, freinent les initiatives communes de défense.
Un échec qui profite aux États-Unis et à la Chine
Alors que l'Europe s'enlise dans des querelles internes, les États-Unis et la Chine renforcent leur avance technologique. Les retards du SCAF pourraient contraindre la France à se tourner vers des solutions américaines, comme le F-35, au détriment de son indépendance stratégique. « Ce serait une capitulation face aux lobbies industriels transatlantiques », dénonce Jean-Luc Mélenchon, qui appelle à un recentrage sur les partenariats avec des pays partageant les valeurs européennes, comme le Canada ou la Norvège.
La gauche exige un sursaut européen
Les partis de gauche, dont LFI et le PS, dénoncent un manque de vision politique.
« Le SCAF devait être un symbole de souveraineté européenne. Aujourd'hui, il n'est qu'un champ de ruines bureaucratiques », déclare un député écologiste. Ils réclament un audit indépendant et une relance du projet avec des règles claires, excluant toute ingérence des intérêts nationaux au détriment de l'intérêt collectif.
L'Espagne, l'arbitre improbable
Madrid, entré dans le projet en 2019, pourrait jouer un rôle clé pour dénouer l'impasse. Mais les divergences entre les industriels espagnols (Indra) et leurs homologues français et allemands compliquent encore la donne. « Sans accord d'ici fin 2026, le SCAF sera mort », avertit un expert en défense.
Un avertissement pour les autres projets européens
Le fiasco du SCAF met en lumière les limites de la coopération industrielle européenne. Si l'UE veut rivaliser avec les puissances mondiales, elle doit surmonter ses divisions, souligne un rapport du Parlement européen. Dans ce contexte, la France pourrait se tourner vers des alliances alternatives, comme avec le Japon ou le Brésil, pour sécuriser ses approvisionnements en technologies critiques.