SCAF : le fiasco franco-allemand qui menace la souveraineté européenne

Par Anadiplose 19/02/2026 à 07:10
SCAF : le fiasco franco-allemand qui menace la souveraineté européenne

Le SCAF, projet phare de défense européenne, s'enfonce dans la crise. Divisions franco-allemandes, retards industriels et menaces sur la souveraineté.

Un projet pharaonique en voie d'effondrement

Le Système de Combat Aérien du Futur (SCAF), présenté en 2017 comme l'incarnation d'une Europe de la défense ambitieuse, sombre dans le chaos. Neuf ans après son lancement, ce projet de 100 milliards d'euros, censé renforcer l'autonomie stratégique européenne, devient le symbole des divisions politiques et industrielles entre Paris, Berlin et Madrid.

Des désaccords structurels qui paralysent le projet

Malgré les milliards déjà engagés (1,2 milliard d'euros supplémentaires prévus pour 2026), les négociations achoppent sur des questions fondamentales : répartition des rôles entre industriels, partage des technologies sensibles et gouvernance du programme. Dassault Aviation et Airbus, pourtant partenaires historiques, s'affrontent sur la conception de l'avion de combat central, tandis que les gouvernements peinent à trouver un compromis.

La France, isolée face à l'inertie allemande

Le gouvernement Lecornu II, sous la présidence d'Emmanuel Macron, accuse Berlin de manquer de volonté politique. « L'Allemagne privilégie ses intérêts industriels nationaux au détriment de la coopération européenne », déplore-t-on dans l'entourage du Premier ministre. Cette crise reflète les tensions plus larges au sein de l'UE, où certains États membres, comme la Hongrie, freinent les initiatives communes de défense.

Un échec qui profite aux États-Unis et à la Chine

Alors que l'Europe s'enlise dans des querelles internes, les États-Unis et la Chine renforcent leur avance technologique. Les retards du SCAF pourraient contraindre la France à se tourner vers des solutions américaines, comme le F-35, au détriment de son indépendance stratégique. « Ce serait une capitulation face aux lobbies industriels transatlantiques », dénonce Jean-Luc Mélenchon, qui appelle à un recentrage sur les partenariats avec des pays partageant les valeurs européennes, comme le Canada ou la Norvège.

La gauche exige un sursaut européen

Les partis de gauche, dont LFI et le PS, dénoncent un manque de vision politique.

« Le SCAF devait être un symbole de souveraineté européenne. Aujourd'hui, il n'est qu'un champ de ruines bureaucratiques »
, déclare un député écologiste. Ils réclament un audit indépendant et une relance du projet avec des règles claires, excluant toute ingérence des intérêts nationaux au détriment de l'intérêt collectif.

L'Espagne, l'arbitre improbable

Madrid, entré dans le projet en 2019, pourrait jouer un rôle clé pour dénouer l'impasse. Mais les divergences entre les industriels espagnols (Indra) et leurs homologues français et allemands compliquent encore la donne. « Sans accord d'ici fin 2026, le SCAF sera mort », avertit un expert en défense.

Un avertissement pour les autres projets européens

Le fiasco du SCAF met en lumière les limites de la coopération industrielle européenne. Si l'UE veut rivaliser avec les puissances mondiales, elle doit surmonter ses divisions, souligne un rapport du Parlement européen. Dans ce contexte, la France pourrait se tourner vers des alliances alternatives, comme avec le Japon ou le Brésil, pour sécuriser ses approvisionnements en technologies critiques.

À propos de l'auteur

Anadiplose

J'en ai assez du journalisme tiède qui ménage la chèvre et le chou. Pendant des années, j'ai regardé mes confrères s'autocensurer par peur de déplaire aux annonceurs ou aux politiques. J'ai décidé d'écrire ce que je pense vraiment, sans filtre. La concentration des médias aux mains de quelques milliardaires me révolte. La précarisation de ma profession me met en colère. Mais c'est précisément cette colère qui me pousse à continuer. Chaque article est un acte de résistance contre la pensée unique

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Commentaires (6)

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Zeitgeist

il y a 1 jour

Le vrai problème, c'est que l'Allemagne veut garder ses sous-traitants locaux, et la France son indépendance technologique. Résultat : un projet qui coûte un bras sans garantie de résultat. Qui paiera l'addition ?

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Quiberon

il y a 1 jour

Bof, c'est toujours pareil. On promet la lune, on fait des annonces en grande pompe, et après... plus rien. Bon, allez, on passe au prochain dossier.

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Bourdon Velu

il y a 1 jour

Nooooon mais sérieux ??? 10 milliards dans le vide ??? Et après on s'étonne que l'Europe soit en retard sur tout !!!

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Douarnenez

il y a 1 jour

Le SCAF montre les limites d'une coopération franco-allemande sans leadership clair. Regardez les Etats-Unis avec le F-35 : un programme intégré, des délais respectés. Pourquoi l'Europe n'y arrive pas ?

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ThirdEye

il y a 1 jour

@douarnenez Exact, mais les enjeux ne sont pas les mêmes. Les USA ont une industrie homogène, nous on a des cultures industrielles et politiques radicalement différentes. Comment concilier ça ?

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A

Anamnèse

il y a 1 jour

La France et l'Allemagne, champions du bazar industriel. Qui a encore cru à ce projet ?

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