Un vote controversé au Parlement européen
Le président du Rassemblement national (RN) et chef de file des Patriotes au Parlement européen, Jordan Bardella, a voté contre le prêt de 90 milliards d'euros accordé à l'Ukraine par l'Union européenne. Cette décision, adoptée mercredi 11 février avec 458 voix pour, 140 contre et 44 abstentions, a immédiatement suscité des réactions vives de la part des autres groupes politiques.
Des critiques acerbes de la part des partis pro-européens
Les réactions ne se sont pas faites attendre. Raphaël Glucksmann, eurodéputé social-démocrate, a fustigé le vote du RN en des termes sans équivoque :
« Au Parlement européen, le Rassemblement national et Jordan Bardella votent contre le prêt européen à l'Ukraine. Sans ce prêt, c'est simple : l'Ukraine s'effondre. À nouveau, ils agissent en relais de Poutine et trahissent l'intérêt vital de l'Europe et de la France. »
De son côté, Pascal Canfin, centriste et membre du groupe Renew, a également pointé du doigt la position du RN :
« Voter Bardella, c'est voter Poutine ! Le RN le montre de nouveau en votant contre un nouveau paquet de soutien à l'Ukraine – 90 milliards d'euros, contre la liberté face à l'impérialisme russe. »
Un prêt historique pour l'Ukraine
Ce prêt, destiné à soutenir l'Ukraine face à l'aggression russe en 2026 et 2027, sera financé par un emprunt de l'UE sur les marchés financiers. Les intérêts, estimés à environ 3 milliards d'euros par an, seront pris en charge par le budget européen. Le mécanisme prévoit que l'Ukraine ne remboursera l'UE qu'une fois la Russie condamnée à verser des réparations de guerre.
Sur les 90 milliards d'euros, 60 milliards serviront à renforcer les capacités industrielles de défense ukrainiennes, tandis que les 30 milliards restants financeront les besoins budgétaires de Kiev, sous conditions de réformes. Les premiers versements pourraient intervenir dès avril.
Les arguments du RN : un rejet du « montage » européen
Interrogé par l'Agence France-Presse, Pierre-Romain Thionnet, eurodéputé RN et proche de Jordan Bardella, a défendu la position de son parti. Il a contesté l'idée d'un « lâchage » de l'Ukraine, tout en critiquant le « montage » du prêt, jugé trop favorable aux achats d'armes en dehors de l'Europe.
Le RN estime également que la période couverte par le prêt (2026-2027) est mal calibrée par rapport aux négociations en cours entre Kiev et Moscou. Pierre-Romain Thionnet a également mis en avant la situation budgétaire difficile de l'UE et de la France, soulignant que le remboursement hypothétique par la Russie des réparations de guerre ne constituait pas une garantie solide.
Un enjeu politique à un an de la présidentielle
À un an de l'élection présidentielle française, ce vote intervient dans un contexte de tensions accrues entre les partis. La position du RN, perçue par ses détracteurs comme une complicité avec le régime russe, pourrait alimenter les débats sur la scène politique nationale. Le gouvernement Lecornu II, bien que modéré sur le sujet, pourrait être contraint de clarifier sa position face à cette polémique.
L'Ukraine, un test pour l'unité européenne
Ce vote illustre les divisions persistantes au sein de l'Union européenne sur la question ukrainienne. Alors que la majorité des groupes politiques soutiennent massivement l'aide à Kiev, les réticences de certains pays, comme la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque, montrent que l'unité européenne reste fragile. Pour l'Ukraine, ce prêt représente une bouffée d'oxygène, mais aussi un test de la solidarité européenne face à l'impérialisme russe.