TotalEnergies engrange des milliards tandis que les Français s’étranglent à la pompe

Par Mathieu Robin 29/04/2026 à 22:11
TotalEnergies engrange des milliards tandis que les Français s’étranglent à la pompe

TotalEnergies engrange 5,8 milliards de dollars de bénéfices au T1 2026, un record qui choque face à la crise des carburants. Lecornu somme l’entreprise de redistribuer ses superprofits, tandis que la gauche exige une taxation renforcée. Qui profite vraiment de cette manne exceptionnelle ?

Des profits records pour TotalEnergies, une colère sociale qui enfle

Alors que les prix des carburants continuent de peser lourdement sur le budget des ménages français, TotalEnergies vient de publier des résultats financiers explosifs pour le premier trimestre 2026. Avec un bénéfice net de 5,8 milliards de dollars, en hausse de 51 % sur un an, le géant pétrolier français bat des records de rentabilité. Une performance qui interroge : qui profite vraiment de cette manne exceptionnelle ? La réponse, selon le gouvernement, ne fait aucun doute.

Sébastien Lecornu, Premier ministre sous la présidence d’Emmanuel Macron, a directement interpellé TotalEnergies. Dans une déclaration solennelle livrée in extremis mercredi 29 avril, il a exigé que l’entreprise « redistribue, d’une manière ou d’une autre, ces profits exceptionnels ». Une injonction qui s’inscrit dans un contexte de tensions sociales croissantes, alors que les ménages peinent à joindre les deux bouts.

« C’est indécent. Quand on voit les chiffres de TotalEnergies, et qu’on se rend compte que des millions de Français doivent choisir entre se nourrir ou faire le plein, il y a quelque chose qui cloche », s’indigne Stéphane, un automobiliste parisien interrogé devant une station-service. Sous le choc des prix à la pompe, il n’ose même plus remplir son réservoir : « Je ne fais plus que la moitié du plein. C’est trop cher pour le moment. » Son témoignage résume l’exaspération d’une partie de la population, dont le pouvoir d’achat s’effrite face à la flambée des coûts énergétiques.

Une rentabilité dopée par les tensions géopolitiques

Les bénéfices records de TotalEnergies s’expliquent en grande partie par la hausse des cours du pétrole, mais aussi par une stratégie commerciale agressive dans les secteurs du raffinage et de la pétrochimie. Thierry Bros, expert en énergie et professeur à Sciences Po Paris, analyse : « TotalEnergies a su tirer parti de la situation. Par exemple, le prix du jet kérosène – utilisé pour les avions – a été multiplié par deux, alors que celui du baril n’a pas suivi la même progression. Vendre du kérosène est donc bien plus rentable que vendre du pétrole brut. »

Cette performance financière intervient dans un contexte international marqué par l’instabilité : les tensions au Moyen-Orient, les sanctions contre la Russie et la guerre en Ukraine perturbent les marchés. Pour les défenseurs d’une transition énergétique rapide, ces profits records soulignent l’urgence de réduire notre dépendance aux énergies fossiles. « Ces milliards ne sont pas le fruit d’une gestion vertueuse, mais d’une rente de situation géopolitique », dénonce un économiste proche de la gauche, qui préfère rester anonyme.

La gauche et l’extrême droite s’affrontent sur la taxation des superprofits

Face à ces résultats, la classe politique française se déchire. La France insoumise (LFI) a immédiatement réclamé une limitation des bénéfices de TotalEnergies, tandis que le Parti socialiste (PS) propose de renforcer la taxation des profits exceptionnels. « Total doit payer. Il fait des profits sur le dos des automobilistes, il doit en redistribuer une partie », martèle Philippe Brun, député PS de l’Eure. Une position partagée par une majorité de Français, selon les derniers sondages d’opinion.

À l’inverse, le Rassemblement national (RN) défend une ligne libérale, estimant que « Total n’est pas une œuvre de bienfaisance, c’est une entreprise ». Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme, a réagi avec ironie : « Ce n’est pas à Total de faire la charité. Si l’État veut aider les Français, qu’il le fasse lui-même, au lieu de chercher des boucs émissaires. » Une rhétorique qui s’inscrit dans la stratégie du RN, régulièrement accusé de vouloir affaiblir les régulations économiques au nom de la « souveraineté nationale ».

Du côté de l’exécutif, on insiste sur les mesures déjà prises pour limiter l’impact des prix à la pompe. TotalEnergies rappelle que ses stations appliquent un plafond de prix depuis plusieurs semaines, une mesure présentée comme une forme de redistribution. Pourtant, pour les associations de consommateurs, cette initiative reste insuffisante : « Un plafond, c’est bien, mais ça ne change rien au problème de fond : les multinationales engrangent des profits colossaux tandis que les ménages trinquent », déplore une militante de l’UFC-Que Choisir.

Une question de justice sociale qui dépasse TotalEnergies

Le débat dépasse largement le cadre de TotalEnergies. Il interroge la répartition des richesses dans un pays où les inégalités se creusent. Selon les dernières données de l’INSEE, les 10 % les plus aisés possèdent près de la moitié du patrimoine national, tandis que les classes moyennes et populaires peinent à suivre. Dans ce contexte, la question des « superprofits » devient un enjeu politique majeur à moins d’un an des prochaines élections législatives.

Les syndicats, eux, appellent à une mobilisation plus large. « Ces profits sont le résultat d’un système où quelques-uns s’enrichissent sur le dos du plus grand nombre. Il est temps de remettre en cause ce modèle », déclare un représentant de la CGT. Une position qui pourrait trouver un écho croissant dans l’opinion publique, alors que la colère sociale s’exprime déjà dans la rue.

Pour l’heure, TotalEnergies n’a pas encore réagi officiellement aux demandes de redistribution. Mais une chose est sûre : avec des bénéfices en hausse de plus de 50 %, la pression sur l’entreprise – et sur le gouvernement – ne devrait aller qu’en s’accentuant.

Le gouvernement sous pression : entre mesures d’urgence et impuissance structurelle

Face à l’ampleur de la crise, l’exécutif tente de jouer la carte de l’apaisement. Sébastien Lecornu a évoqué la possibilité d’un chèque énergie élargi ou d’aides ciblées pour les ménages les plus modestes. Une mesure saluée par une partie de la gauche, mais jugée insuffisante par les associations, qui réclament des réformes structurelles.

« On ne peut pas se contenter de pansements. Il faut taxer les superprofits, investir massivement dans les énergies renouvelables et briser la spéculation sur les prix de l’essence », exige Clara Dupont, porte-parole du groupe écologiste au Parlement. Une position soutenue par Bruxelles, où certains eurodéputés appellent à une harmonisation européenne de la taxation des profits exceptionnels dans le secteur énergétique.

Pourtant, malgré ces appels, le gouvernement reste prudent. « Nous étudions toutes les options, mais nous ne voulons pas fragiliser la compétitivité de nos entreprises », a tempéré un conseiller de Matignon. Une prudence qui pourrait s’avérer coûteuse politiquement, alors que l’opposition ne cesse de dénoncer un laisser-faire coupable.

Un modèle économique à bout de souffle ?

Au-delà de l’affaire TotalEnergies, c’est un modèle économique entier qui est remis en question. Depuis des décennies, la France – comme l’Europe – a construit sa prospérité sur une dépendance aux énergies fossiles, tout en peinant à investir massivement dans la transition écologique. Résultat : des multinationales profitent des crises pour engranger des marges record, tandis que les citoyens paient le prix fort.

« Ce système est à bout de souffle. Il faut en finir avec cette logique de rente et construire une économie au service des besoins sociaux, et non l’inverse », plaide un économiste du collectif « Les Économistes atterrés ». Une position qui gagne du terrain, y compris au sein de la majorité présidentielle, où certains commencent à remettre en cause le dogme de la « compétitivité à tout prix ».

Dans les rues, la colère gronde. Entre les automobilistes qui rognent sur leurs dépenses, les commerçants qui constatent une baisse de leur chiffre d’affaires et les associations qui alertent sur l’augmentation de la précarité, le mécontentement est palpable. Et TotalEnergies, avec ses 5,8 milliards de dollars de bénéfices, en devient malgré elle le symbole d’un système qui semble avoir oublié la notion de justice sociale.

Alors que le gouvernement tente de trouver une issue à cette crise, une question persiste : comment concilier rentabilité des entreprises et protection des ménages ? Une équation qui, pour l’instant, reste sans réponse.

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

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Commentaires (4)

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Kerlouan

il y a 2 jours

@hermes T’as raison, comme d’hab. Les mecs ils se goinfrent et après on nous demande de serrer la ceinture. Moi je dis : nationalisation pure et simple de Total, point. Au moins on contrôlerait les prix. Mais bon, avec les mecs qu’on a au gouvernement... *soupir* Ils préfèrent lécher les bottes des lobbies. ptdr.

1
H

Hermès

il y a 2 jours

Lecornu qui somme TotalEnergies ? Très classe. Sauf que l'État est actionnaire à 13%... Donc indirectement, c'est nous qui touchons la manne. Circulez, y a rien à voir. Le vrai problème, c'est la gouvernance de cette entreprise où l'intérêt général n'a jamais été une priorité. Le profit avant tout, même en temps de crise.

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Douarnenez

il y a 2 jours

Comparons avec l'Allemagne : leur taxe sur les superprofits de 2022 a rapporté 3 milliards à l'État et a été réinvestie dans les énergies renouvelables. Ici, rien. Manque de volonté politique ? Et si on regardait du côté des actionnaires...

3
A

Anamnèse

il y a 2 jours

5,8 milliards en 3 mois... Pendant ce temps, à la pompe, on pleure. Qui a dit que le libéralisme ça marchait ? pfff.

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