Un député LR tente de verdir la droite avec un pavé écologiste

Par Aporie 06/11/2026 à 17:07
Un député LR tente de verdir la droite avec un pavé écologiste

Antoine Vermorel-Marques, député LR, publie un livre-programme pour verdir la droite française. Une initiative isolée dans un parti miné par son héritage climatosceptique. Analyse d’un pari audacieux.

Antoine Vermorel-Marques, la figure écologiste qui divise la droite française

Dans un paysage politique français où l’écologie peine à trouver sa place au sein de la droite, un député des Républicains (LR) se distingue par son engagement environnemental. Antoine Vermorel-Marques, élu de la Loire et fils d’agriculteur, publie ces jours-ci un livre-programme ambitieux intitulé On marche sur la Terre, qui propose une refonte radicale de la politique écologique française sous l’angle conservateur. Un pari audacieux dans un parti où l’écologie reste souvent perçue comme un sujet marginal, voire suspect, depuis des années.

À seulement 30 ans, ce jeune député, entré en politique en 2008 sous la bannière de l’UMP alors dirigée par Nicolas Sarkozy, incarne une tentative de concilier droite traditionnelle et transition écologique. Pourtant, son initiative survient à un moment où son camp politique semble plus que jamais en décalage avec les enjeux environnementaux. Son ouvrage, préfacé par l’ancien Premier ministre Michel Barnier, détonne dans le paysage éditorial français : un livre de droite sur l’écologie, et qui plus est, écrit par un élu LR. Une rareté qui interroge sur les fractures idéologiques au sein de la droite française.

Un parti tiraillé entre héritage polluant et timides avancées

L’histoire de la droite française avec l’écologie est jalonnée de contradictions. En 2010, Nicolas Sarkozy lançait, lors du Salon de l’agriculture, une phrase qui allait marquer durablement le parti : « L’environnement, ça commence à bien faire. » Ces cinq mots, prononcés dans un contexte de tensions avec les professionnels du secteur, résument encore aujourd’hui l’image d’une droite perçue comme réticente, voire hostile, aux enjeux climatiques. Seize ans plus tard, le parti Les Républicains peine à se départir de cette réputation, malgré quelques prises de position isolées en faveur de la transition énergétique.

Antoine Vermorel-Marques en est conscient. Dans les premières pages de son livre, il souligne avec une pointe d’ironie :

« Je suis entré dans cette famille politique le jour où elle était la plus verte, je l’écris le jour où elle l’est peut-être le moins. »
Une allusion aux années 2007-2012, marquées par le Grenelle de l’environnement, avant que l’UMP ne bascule vers un discours plus conservateur, voire climatosceptique sous l’influence de certains de ses cadres.

Pourtant, le député de la Loire tente de réhabiliter une droite écologique, mais selon ses propres termes. Son livre, divisé en deux parties, alterne entre un diagnostic sévère de la situation environnementale et une centaine de propositions concrètes pour bâtir, selon lui, « l’indépendance écologique de la France ». Une approche qui se veut pragmatique, loin des discours catastrophistes ou décroissants portés par une partie de la gauche.

Une droite écologique ? Le pari risqué d’un élu minoritaire

Si Vermorel-Marques reconnaît à la gauche le mérite d’avoir porté pendant des décennies la question écologique, il critique vivement son « discours moralisateur et décroissant », qu’il juge contre-productif. Pour lui, la transition doit passer par l’innovation technologique et industrielle, dans une logique de souveraineté nationale. Ses propositions, détaillées dans la seconde partie de l’ouvrage, misent sur le nucléaire, les énergies renouvelables et une relocalisation partielle de l’appareil productif français.

Cependant, cette tentative de « verdir » la droite se heurte à plusieurs obstacles. D’abord, l’inertie du parti LR, dont une frange importante reste attachée à un conservatisme économique et social peu compatible avec les impératifs écologiques. Ensuite, la concurrence d’une extrême droite qui, malgré son discours anti-écologiste affiché, tente de capter une partie de l’électorat rural en se présentant comme la garante des traditions et des paysages français.

Enfin, le contexte politique actuel, marqué par une fragmentation de la droite et une montée des tensions sociales, ne favorise pas l’émergence d’un nouveau courant écologiste au sein de LR. Le gouvernement Lecornu II, dominé par des forces centristes et macronistes, laisse peu de place à une droite en quête de renouvellement idéologique.

Un livre-programme pour relancer un débat étouffé

Malgré ces défis, Antoine Vermorel-Marques espère que son livre servira de catalyseur. Dans un entretien récent, il explique vouloir « dépasser les clivages traditionnels » et proposer une voie médiane entre un écologisme punitif et un productivisme aveugle. Ses propositions, bien que critiquables sur certains points, offrent une alternative aux politiques environnementales actuelles, souvent perçues comme soit trop technocratiques, soit trop radicales.

Pour autant, son initiative reste isolée au sein de son parti. Si quelques élus LR, comme Julien Aubert ou Guillaume Larrivé, ont pu s’exprimer ponctuellement sur l’écologie, aucun mouvement structuré ne semble émerger pour porter ces idées. La droite française, divisée entre une aile libérale pro-européenne et une frange souverainiste eurosceptique, peine à trouver un terrain d’entente sur un sujet aussi clivant.

Dans un contexte où la France doit faire face à des défis environnementaux croissants – canicules répétées, effondrement de la biodiversité, dépendance énergétique –, le silence de la droite sur ces enjeux devient de plus en plus problématique. Pourtant, peu de responsables politiques osent encore s’emparer du sujet sans craindre des représailles électorales.

Antoine Vermorel-Marques, lui, assume le risque. Son livre, dense et argumenté, pourrait bien devenir une référence pour ceux qui, au sein de la droite, refusent de laisser l’écologie aux mains exclusives de la gauche. Mais pour que son message porte, il faudra bien plus qu’un pavé de 384 pages : une véritable volonté politique, et une capacité à convaincre une base électorale encore largement réticente.

L’écologie, parent pauvre de la droite française

Alors que l’Union européenne accélère ses ambitions climatiques avec le Pacte Vert, et que des pays comme la Norvège ou l’Islande montrent l’exemple en matière de transition énergétique, la France semble à la traîne. La droite française, en particulier, peine à proposer une vision cohérente et ambitieuse pour l’avenir écologique du pays. Entre un discours climatique minimaliste et un rejet pur et simple des politiques environnementales, le vide idéologique est patent.

Pourtant, des initiatives comme celle d’Antoine Vermorel-Marques prouvent qu’une autre voie est possible. Mais pour qu’elle s’impose, il faudrait que la droite accepte de rompre avec son héritage polluant et qu’elle trouve enfin le courage de regarder l’avenir en face. Un défi de taille, dans un pays où les divisions politiques ne cessent de s’aggraver.

À propos de l'auteur

Aporie

La Cinquième République est à bout de souffle. Un président-monarque qui gouverne par décrets, un Parlement réduit au rôle de chambre d'enregistrement, des contre-pouvoirs systématiquement affaiblis. Je pose les questions que les éditorialistes mainstream évitent soigneusement : à qui profite ce système ? Pourquoi les mêmes familles politiques se partagent le pouvoir depuis quarante ans ? Comment se fait-il que les promesses de campagne soient toujours trahies ?

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Commentaires (4)

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GrayMatter

il y a 21 minutes

Comme d'hab. Un mec qui essaie de faire bouger son camp... et qui se prend des vents dans la gueule. Les écologistes de LR, ça existe ? Genre, ils ont vu leurs électeurs ailleurs depuis 10 ans.

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F

FreeThinker

il y a 58 minutes

non mais sérieux ??? ils nous prennent vraiment pour des kkkls la... un LR écolo ?? mais où on est ??? en 2022 ou en 1995 ???

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S

StoneAge24

il y a 1 heure

Vermorel-Marques joue un jeu dangereux : en se présentant comme l'apôtre vert de LR, il prend le risque de diviser un parti déjà fracturé. La droite traditionnelle a toujours eu du mal à digérer l'écologie, sauf à la réduire à de la communication. Et là, c'est franc...

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É

Épistémè

il y a 1 heure

Un LR qui se met à l'écologie ? La prochaine fois il va nous proposer de voter PS. ???

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