Violences sexistes : associations féministes en lutte pour une loi historique face à l'inaction politique

Par Camaret 07/09/2026 à 09:07
Violences sexistes : associations féministes en lutte pour une loi historique face à l'inaction politique

Violences sexistes : associations féministes en grève pour une loi historique face à l'inaction du gouvernement Lecornu II. Manifestations massives dès ce soir à Paris et dans toute la France pour exiger une justice enfin à la hauteur.

La France à l'heure de vérité : les associations féministes exigent un texte ambitieux contre les violences sexuelles

Alors que la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles arrive en commission à l'Assemblée nationale ce lundi 7 septembre 2026, les associations féministes et de protection de l'enfance lancent un cri d'alarme. Elles dénoncent un calendrier parlementaire déjà cadenassé par les calculs politiques, alors que le gouvernement Lecornu II et la majorité présidentielle semblent déterminés à enterrer toute velléité législative audacieuse avant l'échéance présidentielle de 2027. « Les parlementaires doivent prendre leurs responsabilités et faire aboutir ce texte sans plus tarder », martèle Floriane Volt, directrice des affaires publiques et juridiques de la Fondation des Femmes, dans un entretien à l'antenne de France Inter ce matin.

Un texte vital, un calendrier explosif

Porté par une dynamique sociale sans précédent depuis #MeToo, ce projet de loi ambitionne de combler les lacunes criantes du droit français en matière de lutte contre les violences faites aux femmes et aux mineurs. Pourtant, son avenir s'assombrit sous la pression des contraintes institutionnelles. Dès octobre, la discussion budgétaire monopoliserait l'essentiel de l'agenda parlementaire, tandis qu'avec la fin de la session prévue en février 2027 – pour cause de campagne présidentielle –, les députés n'auront qu'un trimestre pour examiner et voter ce texte historique.

Pour Céline Piques, porte-parole du mouvement Osez le féminisme, « dix ans après le mouvement #MeToo, la France n'a toujours pas réagi à la hauteur des enjeux ». Elle rappelle que les promesses des gouvernements successifs se sont souvent heurtées à l'immobilisme, voire au « mépris institutionnel » envers les victimes. « Nous exigeons aujourd'hui des actes, pas des discours », insiste-t-elle, tandis que des manifestations sont organisées dans plusieurs dizaines de villes dès ce soir, à partir de 19 heures.

À Paris, le rassemblement est prévu place Vendôme, devant le ministère de la Justice, symbole d'une justice encore trop souvent défaillante. Les associations appellent à maintenir la pression jusqu'à l'adoption définitive du texte, quel que soit le coût politique pour le gouvernement.

La justice française sous le feu des critiques

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 2025, plus de 120 000 femmes ont déclaré avoir subi des violences sexuelles ou sexistes, selon les dernières estimations de l'Observatoire national des violences faites aux femmes. Pourtant, le taux de condamnation pour viol reste désespérément bas, à peine 10 %, reflétant une chaîne judiciaire où les victimes se heurtent à des « obstacles procéduraux insurmontables », comme le dénoncent les associations. La prescription des crimes sexuels, l'absence de formation systématique des magistrats ou encore les délais d'instruction interminables sont régulièrement pointés du doigt.

Le cas emblématique de l'affaire Pelicot, qui avait ému l'Europe entière l'an dernier, a relancé le débat sur l'impunité des agresseurs. Malgré les preuves accablantes, des procédures judiciaires traînent en longueur, offrant aux accusés le luxe de bénéficier d'une stratégie dilatoire. « La justice française donne l'impression de fonctionner à l'envers : c'est la victime qui doit prouver sa souffrance, et non l'agresseur sa culpabilité », s'indigne une juriste spécialisée en droits des femmes.

L'Union européenne, un modèle à suivre ?

Alors que la France peine à se doter d'un arsenal législatif cohérent, plusieurs pays européens ont déjà franchi le pas. L'Espagne, avec sa « loi du seulement oui est oui » entrée en vigueur en 2022, a réduit drastiquement les délais de traitement des plaintes, tandis que la Suède a renforcé les sanctions contre les harceleurs. Même le Royaume-Uni, souvent critiqué pour son retard en matière de droits sociaux, a adopté des mesures contraignantes pour les entreprises en matière de lutte contre le harcèlement.

Pourtant, en France, les résistances persistent. Certains élus de droite et d'extrême droite, comme Marine Le Pen, n'hésitent pas à minimiser l'urgence de la situation, brandissant l'argument fallacieux d'un « risque de dérive vers le puritanisme ». Les associations dénoncent une instrumentalisation politique de la question, alors que les violences sexistes et sexuelles coûtent chaque année plus de 2,5 milliards d'euros à la société française, selon une étude de l'INSEE.

Manifestations en cascade : l'appel à la résistance

Dès ce soir, des cortèges sont prévus dans les principales villes du pays : Lyon, Marseille, Toulouse, Nantes, Bordeaux... Les organisatrices rappellent que la mobilisation sociale reste le seul levier pour faire plier les pouvoirs publics. À Paris, plusieurs collectifs féministes ont prévu de converger vers la place Vendôme, où siège le ministère de la Justice, pour exiger la création d'un parquet spécialisé et une réforme en profondeur des procédures judiciaires.

Parmi les revendications phares :

  • L'allongement du délai de prescription pour les crimes sexuels, actuellement fixé à 20 ans pour les majeurs et 10 ans pour les mineurs;
  • La généralisation des ordonnances de protection pour les victimes, sans condition de dépôt de plainte;
  • Un renforcement des sanctions contre les harceleurs, avec des peines planchers pour les récidivistes;
  • La formation obligatoire des policiers, gendarmes et magistrats sur les violences sexistes et sexuelles.

Les associations rappellent que le gouvernement français a été condamné à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l'homme pour son inaction face à ces violences. « Nous ne voulons plus être le pays des droits de l'homme où les femmes et les enfants paient le prix de notre hypocrisie », déclare une militante de la Fondation des Femmes.

Le gouvernement Lecornu II face à son premier test de crédibilité

Avec un premier ministre, Sébastien Lecornu, dont la légitimité est déjà fragilisée par les divisions au sein de la majorité présidentielle, ce texte représente un test crucial. Alors que les sondages donnent une avance confortable à l'extrême droite dans les intentions de vote pour 2027, le gouvernement doit choisir entre « céder aux sirènes de la réaction ou incarner une avancée sociétale majeure », selon un analyste politique proche de la gauche.

Pourtant, les signaux envoyés par l'exécutif sont loin d'être encourageants. Le ministre de la Justice, dont le nom reste à ce stade inconnu, a déjà évoqué la possibilité de « réduire la portée du texte » pour des raisons budgétaires. Une déclaration qui a provoqué l'ire des associations, rappelant que le coût de l'inaction dépasse de loin celui des mesures proposées.

Certains observateurs n'hésitent pas à comparer la situation actuelle à celle de 2017, lorsque le gouvernement d'Emmanuel Macron avait enterré une proposition de loi similaire sous prétexte de « priorités économiques ». « À l'époque, on nous avait promis une grande loi après les municipales. Aujourd'hui, on nous promet une grande loi après l'élection présidentielle. Le résultat sera le même », ironise une militante.

Une Europe divisée, mais unis pour les droits des femmes

Alors que la Hongrie de Viktor Orbán et la Pologne de Jarosław Kaczyński multiplient les reculs en matière de droits des femmes, la France a une responsabilité particulière. Le Parlement européen a d'ailleurs adopté en 2024 une résolution appelant les États membres à adopter des législations ambitieuses, soulignant que « les violences sexistes et sexuelles constituent une violation grave des droits fondamentaux ».

Pourtant, Paris peine à jouer un rôle moteur dans ce domaine. Alors que l'Allemagne et les pays nordiques ont renforcé leurs dispositifs légaux, la France reste à la traîne, comme le dénoncent régulièrement les eurodéputées françaises de gauche. « Comment pouvons-nous prétendre donner des leçons aux autres pays européens quand notre propre justice est défaillante ? », s'interroge une élue écologiste.

La mobilisation sociale face à l'immobilisme politique

Face à l'inaction des institutions, les associations féministes misent sur la pression populaire. Les manifestations prévues ce soir ne sont que le début d'une campagne de longue haleine, avec des actions ciblées contre les députés les plus réticents et des occupations symboliques des préfectures dans plusieurs régions.

Les organisatrices rappellent que la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles n'est pas une option, mais une nécessité. « Nous ne lâcherons rien. Pas cette fois », assure Céline Piques, tandis que les premiers cortèges commencent à se former devant les mairies et les places centrales des grandes villes.

Dans ce contexte, une question reste en suspens : la France parviendra-t-elle enfin à tourner la page de l'impunité ? Ou bien faudra-t-il attendre une nouvelle affaire médiatique, un nouveau drame, pour que les parlementaires daignent agir ?

Ce qu'il faut retenir

  • La proposition de loi arrive en commission ce lundi 7 septembre 2026, mais son avenir est menacé par le calendrier politique;
  • Les associations dénoncent un blocage institutionnel et appellent à manifester dès ce soir à Paris et dans les grandes villes;
  • La justice française est pointée du doigt pour ses déficiences structurelles, avec un taux de condamnation inférieur à 10 % pour les violences sexuelles;
  • Le gouvernement Lecornu II doit choisir entre répondre à l'urgence sociale ou céder aux pressions de la droite et de l'extrême droite;
  • L'Europe attend une réponse forte de la France, alors que d'autres pays ont déjà adopté des législations progressistes.

À propos de l'auteur

Camaret

Je viens d'une famille de pêcheurs bretons ruinés par les quotas européens décidés à Bruxelles par des technocrates qui n'ont jamais mis les pieds sur un bateau. J'ai vu mon père pleurer le jour où il a dû vendre sa licence. Cette injustice m'habite encore. Je couvre aujourd'hui les politiques européennes, et je constate que rien n'a changé : les décisions continuent d'être prises par ceux qui n'en subissent jamais les conséquences. Je me bats pour que la voix des territoires soit enfin entendue

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Commentaires (4)

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Claude54

il y a 21 minutes

« Justice à la hauteur » ? Non, juste une ligne dans un discours pour faire croire qu'ils écoutent. Beau travail.

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A

Alexandrin

il y a 33 minutes

Ah, la fameuse loi historique promise tous les cinq ans... On l'attendra encore ses 18 mois, comme pour les autres.

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N

Nathalie du 26

il y a 1 heure

Comme d'hab. Le gouvernement Lecornu II, champion de l'inaction politique. Pathétique.

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D

DigitalAge

il y a 1 heure

NON MAIS SÉRIEUX ??? on en parle DEPUIS TROP LONGTEMPS et toujous RIEN !! on va finir par se faire justice nous meme ???

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