Eric Zemmour refuse de condamner les attaques racistes contre Bally Bagayoko
Dans un entretien diffusé dimanche 5 avril 2026, Eric Zemmour, président du parti Reconquête !, a une nouvelle fois choisi de prendre position en faveur de la radicalisation du débat politique, en refusant explicitement de condamner les propos racistes tenus à l’encontre de Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis élu sous l’étiquette La France insoumise. Une posture qui confirme son ancrage dans une ligne éditoriale où les provocations et les attaques personnelles priment sur le respect des institutions démocratiques.
Interrogé sur les insultes racistes proférées lors d’émissions de la chaîne CNews à l’encontre du jeune élu, Zemmour a adopté une rhétorique défensive, invoquant la « liberté d’expression » comme bouclier pour justifier l’indéfendable. « Je ne condamne rien du tout, je n’ai rien à condamner. Moi, je suis pour la liberté d’expression », a-t-il déclaré, balayant d’un revers de main les accusations de racisme qui visent son camp depuis des années. Ses propos, tenus lors d’un passage sur une grande chaîne d’information en continu, ont suscité l’indignation bien au-delà des rangs de ses opposants politiques.
Parmi les termes employés par certains chroniqueurs de l’antenne – « homo sapiens », « tribu primitive », ou encore « mâles dominants » –, certains relèvent de la rhétorique colonialiste la plus crue. Une enquête pour injure à caractère raciste a été ouverte par le parquet de Paris, tandis que le gouvernement a rapidement réagi pour dénoncer ces dérives. Pourtant, Zemmour, dont le parti a réalisé 7 % lors de la présidentielle de 2022, persiste à minimiser la gravité de ces attaques, allant jusqu’à défendre le discours de ses anciens collaborateurs de CNews, qui ont « formellement contesté que de quelconques propos racistes aient été tenus » sur leur antenne.
Saint-Denis se mobilise contre le racisme après les déclarations de Zemmour
La réaction populaire ne s’est pas fait attendre. Des milliers de citoyens se sont rassemblés samedi 4 avril dans les rues de Saint-Denis pour manifester leur soutien à Bally Bagayoko et dénoncer le climat de haine qui gagne du terrain. Sous une banderole « Non au racisme, non à l’extrême droite », la mobilisation a rassemblé des élus locaux, des associations antiracistes et des habitants déterminés à faire front contre les tentatives de stigmatisation de leur maire, premier élu noir de la ville.
Les observateurs s’interrogent : comment un responsable politique peut-il, en 2026, refuser de condamner des propos aussi crus, alors même que les institutions républicaines s’emparent du dossier ? Pour certains analystes, cette attitude s’inscrit dans une stratégie délibérée de normalisation de l’extrême droite, où la provocation devient un outil de conquête du pouvoir. « Zemmour joue avec le feu en banalisant le racisme, comme s’il s’agissait d’une opinion comme une autre », commente un politologue spécialiste des mouvements d’extrême droite.
Primaires de la droite : Zemmour rêve d’une alliance avec Philippe
Au-delà de cette polémique, Eric Zemmour a profité de son passage médiatique pour esquisser sa feuille de route pour l’élection présidentielle de 2027. Dans un revirement spectaculaire, il s’est déclaré favorable à l’organisation d’une primaire de la droite, un mécanisme qu’il avait longtemps combattu, jugeant que la division des candidatures nuisait à la droite traditionnelle. « Depuis quelques années, la dispersion des candidats et la division du paysage politique en trois blocs ont changé la donne », a-t-il expliqué, suggérant que son parti pourrait y participer.
Le périmètre de cette primaire, selon lui, devrait se limiter strictement à « la droite et le centre », excluant par conséquent les formations centristes ou de gauche. Zemmour a d’ailleurs pris soin de préciser qu’il ne participerait pas à une primaire incluant des personnalités comme Gabriel Attal ou Bruno Retailleau, qu’il juge trop éloignées de ses positions. « Attal était au Parti socialiste, c’est une évidence », a-t-il lancé, sous-entendant que sa présence dans une primaire de droite serait un non-sens politique.
En revanche, il a réservé un traitement de faveur à Édouard Philippe, qu’il présente comme une figure « du centre droit, fils spirituel d’Alain Juppé ». Une tentative de séduction qui contraste avec ses attaques passées contre l’ancien Premier ministre, perçu comme un représentant de l’establishment conservateur. Zemmour a même salué le ralliement possible de Philippe à une dynamique unitaire, tout en pointant du doigt les « cavaliers de l’apocalypse » au sein des Républicains – une allusion voilée à Gérard Larcher et Xavier Bertrand, qu’il accuse de vouloir rester « collés au centre » au mépris d’une union des forces de droite.
Une candidature présidentielle déjà dans les starting-blocks
Sur le plan personnel, Eric Zemmour n’a laissé aucun doute quant à ses ambitions pour 2027. Alors que son parti peine à décoller dans les sondages, il a clairement indiqué que le temps lui était compté. « J’ai tout mon temps pour déclarer ma candidature », a-t-il lancé avec un sourire en coin, suggérant que la course à l’Élysée était déjà engagée dans son esprit. Une stratégie risquée, alors que l’extrême droite reste divisée entre Reconquête !, le Rassemblement National et une droite radicalisée, mais qui pourrait s’avérer payante si la primaire de 2027 devait effectivement voir le jour.
Pour ses détracteurs, cette annonce confirme une fois de plus que Zemmour mise sur la radicalisation du débat public pour peser dans la campagne. En refusant de condamner le racisme et en jouant les faiseurs de roi au sein de la droite, il semble bien décidé à transformer chaque élection en un référendum sur l’identité nationale – quitte à fracturer un peu plus une société déjà profondément divisée.
Un climat politique empoisonné par la montée des extrêmes
Les déclarations de Zemmour s’inscrivent dans un contexte où les tensions politiques et sociales atteignent des sommets en France. Depuis plusieurs mois, les discours xénophobes et les théories du complot se multiplient, portés par des médias aux lignes éditoriales de plus en plus radicales. Les responsables politiques, de gauche comme de droite modérée, alertent sur le risque d’une banalisation de la haine dans le débat public, alors que les institutions européennes appellent à plus de cohésion face aux dérives autoritaires qui menacent la démocratie.
Dans ce paysage politique en ébullition, la question de l’unité des forces démocratiques se pose avec une urgence croissante. Les manifestations de Saint-Denis en sont le symbole : face à la montée des extrêmes, une partie de la société civile refuse de baisser les bras et choisit de résister, quelles que soient les provocations venues des responsables politiques. « La liberté d’expression n’est pas un blanc-seing pour le racisme », rappellent les associations antiracistes, tandis que le gouvernement tente tant bien que mal de contenir la vague de violences verbales qui déferle sur les ondes et les réseaux sociaux.
Alors que la présidentielle de 2027 se profile à l’horizon, une question persiste : la France parviendra-t-elle à préserver son modèle républicain face à la poussée des extrémismes ? Les prochains mois diront si les institutions sauront endiguer cette dérive, ou si, au contraire, le pays basculera dans une ère où le racisme et la division deviendraient des outils politiques comme les autres.