Zemmour défend l’extrême droite contre Bagayoko : la liberté d’expression justifie-t-elle les propos racistes ?

Par Apophénie 06/04/2026 à 10:08
Zemmour défend l’extrême droite contre Bagayoko : la liberté d’expression justifie-t-elle les propos racistes ?

Zemmour refuse de condamner des propos racistes contre le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, sur CNews. La gauche et les associations dénoncent un symbole des dérives autoritaires. Quel avenir pour la démocratie française face à la montée de l’extrême droite ?

Un débat politique qui dépasse la simple polémique médiatique

Alors que la France s’interroge sur les dérives de son paysage audiovisuel et les limites de la liberté d’expression, l’affaire des propos tenus sur CNews à l’encontre de Bally Bagayoko, nouveau maire LFI de Saint-Denis, s’est transformée en un symbole des tensions politiques actuelles. Dimanche 5 avril 2026, Éric Zemmour, président du parti Reconquête, a choisi son camp : celui d’une extrême droite qui assume pleinement son soutien à des déclarations aux relents racistes, au nom d’un principe qu’elle détourne à des fins politiques.

Interrogé sur BFMTV, le leader d’extrême droite a balayé d’un revers de main les condamnations unanimes qui pleuvent sur les propos tenus à l’antenne de CNews. Parmi eux, des expressions comme « homo sapiens », « grands singes » ou encore « mâle dominant », glissées dans un débat sur la légitimité de Bagayoko à diriger la deuxième ville d’Île-de-France. « Je ne condamne rien du tout, je n’ai rien à condamner », a-t-il asséné, avant d’ajouter : « Moi, je suis pour la liberté d’expression. » Une posture qui en dit long sur la stratégie de normalisation de l’extrême droite, bien décidée à instrumentaliser chaque crise pour étendre son influence.

Des propos racistes, une chaîne complaisante et un silence coupable

Le psychologue Jean Doridot, invité sur CNews le 15 mars, avait pourtant franchi une ligne rouge en comparant implicitement l’homme à des primates, une rhétorique qui rappelle les pires heures de l’histoire coloniale. « L’homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu, nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus, il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité », avait-il déclaré, sous le regard complice du présentateur. Une sortie qui, loin d’être anodine, s’inscrit dans une logique de déni de la légitimité politique des minorités, particulièrement visible depuis l’élection de Bagayoko.

Le lendemain, c’est le philosophe Michel Onfray qui enfonçait le clou, évoquant un prétendu « mâle dominant » pour décrire le comportement du maire de Saint-Denis après son élection. Des propos qui, une fois de plus, ont échappé à toute modération, malgré leur caractère manifestement raciste. Une enquête judiciaire pour injure à caractère raciste a finalement été ouverte par le parquet de Paris, tandis que CNews, fidèle à sa ligne éditoriale, a tenté de minimiser l’affaire en affirmant « contester formellement que de quelconques propos racistes aient été tenus ». Une position qui en dit long sur l’impunité dont bénéficient les chaînes d’information en continu, souvent plus promptes à alimenter les polémiques qu’à les désamorcer.

Pourtant, la mobilisation citoyenne a été immédiate et massive. Samedi, des plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées à Saint-Denis pour manifester leur soutien à Bally Bagayoko et dénoncer le racisme structurel qui gangrène le débat public français. Un mouvement qui rappelle, une fois encore, que la lutte contre les discriminations ne peut se limiter à des déclarations de principe : elle exige des actes concrets, notamment de la part des médias et des responsables politiques.

L’extrême droite, unie dans le déni et la radicalisation

Éric Zemmour n’est pas le seul à s’être illustré par son refus de condamner ces propos. Marine Le Pen, figure historique du Rassemblement National, a elle aussi adopté une position ambiguë, refusant de trancher clairement sur la nature raciste des déclarations incriminées. Une stratégie délibérée, visant à faire de l’extrême droite un rempart contre toute remise en cause de ses idées, y compris les plus violentes. Comme si, pour ces partis, la liberté d’expression n’était qu’un prétexte pour justifier leurs pires excès.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de montée des tensions politiques en France, où la droite traditionnelle, divisée et affaiblie, peine à se reconstruire face à une gauche plurielle qui, malgré ses divisions, reste mobilisée contre les dérives autoritaires. Le gouvernement Lecornu II, sous la présidence d’Emmanuel Macron, semble pour l’instant paralysé face à l’ampleur du phénomène. Pourtant, la question n’est pas seulement celle de la liberté d’expression : elle est aussi celle de la responsabilité des médias, de l’éthique politique et, in fine, de l’avenir démocratique du pays.

Car derrière les mots se cache une réalité plus inquiétante encore : celle d’une société française où le racisme n’est plus seulement un discours marginal, mais un levier politique pour certains partis. En refusant de condamner des propos aussi graves, Éric Zemmour et ses alliés ne font pas que défendre une liberté d’expression dévoyée : ils normalisent l’intolérable et préparent le terrain pour des dérives bien plus dangereuses encore.

Saint-Denis, symbole d’une France qui résiste

La mobilisation de samedi à Saint-Denis n’est pas un hasard. La ville, dirigée par Bally Bagayoko depuis son élection, incarne une France métissée, progressiste et résiliente, qui refuse de céder aux sirènes du repli identitaire. Face aux attaques racistes, les habitants ont choisi de montrer leur unité, portés par un maire déterminé à faire de sa ville un bastion de la lutte contre les discriminations.

Pourtant, les défis sont immenses. Dans un contexte où les inégalités sociales et territoriales se creusent, où les services publics sont asphyxiés par des années d’austérité, et où les partis d’extrême droite surfent sur la peur du déclassement, la question du racisme n’est qu’une facette d’un problème bien plus vaste. Celui d’une société française qui doit choisir entre deux modèles : celui d’une République inclusive, où chaque citoyen a sa place, et celui d’une France fracturée, où les minorités sont des cibles.

Alors que le débat national s’annonce déjà tendu pour les années à venir, l’affaire Bagayoko rappelle une évidence : le combat contre le racisme ne se limite pas à des déclarations. Il exige des engagements concrets, une volonté politique affirmée, et une presse responsable. Autant d’ingrédients qui, aujourd’hui, font cruellement défaut.

Une gauche plurielle en ordre de bataille ?

Face à cette offensive de l’extrême droite, la gauche française semble enfin se rassembler. Entre les insoumis, les écologistes, les socialistes et les communistes, les divergences persistent, mais l’urgence commune a permis de dégager des lignes rouges claires. Bally Bagayoko, figure montante de La France Insoumise, incarne cette nouvelle génération de dirigeants qui refuse de laisser le champ libre aux discours de haine.

Pourtant, le chemin reste semé d’embûches. La gauche doit non seulement contrer l’extrême droite sur le terrain des idées, mais aussi proposer un projet crédible pour répondre aux angoisses des classes populaires. Car si le racisme est un fléau à combattre, il est aussi le symptôme d’une société où le mécontentement social est trop souvent détourné vers les minorités plutôt que vers les responsables politiques.

Un enjeu démocratique qui dépasse les clivages traditionnels

Au-delà des postures et des polémiques, l’affaire des propos tenus sur CNews pose une question fondamentale : quelles sont les limites de la liberté d’expression dans une démocratie ?

Pour les défenseurs des droits humains, il ne s’agit pas de censure, mais de responsabilité. Une démocratie mature doit pouvoir distinguer la liberté de critiquer un élu de la volonté de le rabaisser en raison de ses origines ou de son appartenance politique. Or, force est de constater que, depuis plusieurs années, les frontières se brouillent. Sous couvert de « débat d’idées », certains médias et responsables politiques n’hésitent plus à franchir des lignes rouges, au mépris des valeurs républicaines.

Cette affaire est aussi l’occasion de s’interroger sur le rôle de l’Union européenne dans la défense des droits fondamentaux. Alors que des pays comme la Hongrie ou la Turquie bafouent allègrement les principes démocratiques, la France, patrie des Lumières, doit montrer l’exemple. Pourtant, face à la montée des extrêmes, l’UE reste souvent silencieuse, préférant les compromis diplomatiques aux prises de position fermes.

Enfin, cette polémique rappelle que la lutte contre le racisme ne peut être l’apanage d’une seule partie de l’échiquier politique. Elle doit être portée par tous, y compris par ceux qui, comme Éric Zemmour, prétendent défendre la République tout en sapant ses fondements. Car une démocratie qui tolère le racisme dans ses médias et dans ses discours politiques n’est plus tout à fait une démocratie.

Alors que la France s’apprête à entrer dans une année électorale décisive, l’affaire Bagayoko servira-t-elle de leçon ? Ou sera-t-elle, au contraire, le prélude à de nouvelles dérives ? Une chose est sûre : le combat pour une société plus juste et plus inclusive ne fait que commencer.

À suivre…

Contexte politique : une droite divisée face à l’extrême droite

Alors que l’extrême droite engrange les points dans les sondages, la droite traditionnelle,LR, est en pleine crise existentielle. Entre ceux qui, comme Éric Ciotti, flirtent ouvertement avec les thèses de l’extrême droite, et ceux qui tentent de se recentrer, les divisions sont profondes. Une situation qui profite indéniablement à Zemmour et Le Pen, bien décidés à capitaliser sur le mécontentement ambiant.

Face à eux, le gouvernement Lecornu II, fragilisé par des mois de tensions sociales et une popularité en chute libre, peine à trouver une réponse cohérente. Emmanuel Macron, dont le second mandat est marqué par une série de crises, semble plus préoccupé par la gestion des affaires internationales que par les combats internes. Pourtant, l’enjeu est de taille : comment éviter que la France ne bascule dans une ère où le racisme devient un outil politique ?

Une question qui, au-delà de Saint-Denis, concerne l’ensemble du pays. Car si les propos tenus sur CNews visaient un maire de gauche, demain, ce pourrait être n’importe quel citoyen issu de l’immigration ou de la diversité qui serait la cible de telles attaques. La défense des droits fondamentaux n’est pas une option : c’est une nécessité.

Et maintenant ? Les prochaines étapes d’un combat sans fin

Alors que l’enquête judiciaire suit son cours, les associations antiracistes appellent à une mobilisation durable. « Ce n’est pas une affaire de plus, c’est un symptôme d’une maladie plus grave », a déclaré une responsable de la Licra. Pour elle, comme pour des milliers d’autres Français, le temps des simples condamnations verbales est révolu. Il faut des actes : des sanctions contre les médias qui diffusent ces discours, des mesures contre les responsables politiques qui les légitiment, et une refonte en profondeur du paysage médiatique français.

Quant à Bally Bagayoko, il a d’ores et déjà annoncé qu’il comptait faire de sa ville un « laboratoire de l’égalité ». Un projet ambitieux, qui devra affronter une opposition acharnée. Mais une chose est sûre : tant que des responsables politiques comme Éric Zemmour refuseront de condamner le racisme, le combat pour une France plus juste et plus unie restera d’actualité.

Car au-delà des polémiques, une question persiste : la France de 2026 est-elle encore une démocratie ?

À propos de l'auteur

Apophénie

Les conflits d'intérêts gangrènent notre démocratie et personne n'en parle. Des ministres qui pantouflent dans le privé, des lobbies qui rédigent les lois, des hauts fonctionnaires qui naviguent entre cabinets ministériels et conseils d'administration. Je traque ces connexions, je les documente, je les expose. On m'accuse parfois de complotisme – l'insulte facile pour discréditer ceux qui posent des questions gênantes. Mais les faits sont têtus. Et ils incriminent notre belle République.

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (10)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

A

Achille

il y a 1 mois

La gauche pleure parce qu'on lui cloue le bec ? Trop facile. La vraie question : est-ce que la France veut un débat politique où on peut insulter impunément ? Ou peut-être que 'démocratie' est devenu un gros mot ?

0
É

Éditorialiste anonyme

il y a 1 mois

Bon. Toujours le même scénario : un polémiste dépasse les limites, tout le monde s'indigne... jusqu'aux prochaines élections. Comme d'hab. La démocratie française a de l'endurance.

0
Q

Quiberon

il y a 1 mois

Mouais. On joue les choqués aujourd'hui, mais il y a 10 ans, on rigolait bien en regardant les sketches de Dieudonné ou les tweets de Soral. La liberté d'expression, c'est comme le porc : il faut savoir doser. Ou pas.

0
D

DigitalAge

il y a 1 mois

ptdr les gens qui défendent Zemmour : 'c'est juste son opinion' ... mais genre une opinion qui consiste à dire que des gens sont inférieurs à d'autres ??? sérieux ??? vous avez vu les images de Bagayoko ?? il a l'air d'un terroriste ???

0
W

WaveMaker

il y a 1 mois

Zemmour, champion de la double morale : défend la liberté d'expression quand ça l'arrange, la censure quand ça l'arrange. Et les racistes comme lui ? Toujours 'juste' un avis. Pathétique.

0
Q

Quiberon

il y a 1 mois

Encore un épisode de plus dans le grand cirque médiatique. Bon, on va encore avoir droit aux pleurnicheries sur la censure libérale... Mouais. Perso, je trouve ça juste consternant de voir comment certains transforment chaque débat en guerre culturelle.

0
C

Carcassonne

il y a 1 mois

NOOOOON mais il est sérieux ??? zemmour il sort des trucs de son c*** et c'est toujours 'liberté d'expreSION' genre ??? mais c'est du racisme pur et simple !!! les gens vont finir par croire que c'est normal ???

0
Z

Zeitgeist

il y a 1 mois

La question de la liberté d'expression est centrale, mais elle ne peut servir de paravent à des propos racistes. Zemmour instrumentalise ce débat depuis des années : en 2021, 27% des plaintes pour propos racistes visaient des personnalités politiques... et son nom revenait souvent. Comment peut-on défendre l'égalité républicaine en banalisant de tels discours ?

-3
T

TruthSeeker

il y a 1 mois

@zeitgeist Tu cites des stats mais tu évites de parler du fond : quand Bagayoko traite les flics de 'miliciens', c'est pas grave peut-être ? La liberté d'expression ça marche dans les deux sens non ? Ou c'est juste quand ça arrange la gauche ?

0
N

NightReader93

il y a 1 mois

@truthseeker Tu mélanges tout. Les insultes raciales, c'est pas la même catégorie. Mais admettons : tu trouves normal qu'un homme politique se permettent des généralisations ethniques sans que personne ne réagisse ? C'est ça, ta démocratie ?

0
Publicité