Une polémique mémorielle aux relents collaborationnistes
Le 8 mai 2026, alors que la France commémorait la capitulation du régime nazi, un incident a jeté une ombre sur les festivités de Carpentras (Vaucluse). Dans les haut-parleurs installés en centre-ville, un chant vichyste, « Maréchal, nous voilà ! », a retenti, symbole de la collaboration avec l’occupant allemand. Pourtant présenté comme un hommage à la Libération, l’événement a révélé les tensions persistantes autour de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, exacerbées par la gestion municipale de l’extrême droite.
Cette diffusion, survenue en fin de journée parmi d’autres morceaux célébrant la Résistance, a immédiatement suscité l’indignation. Hervé de Lépinau, maire RN de la ville, a dénoncé une « manipulation politique » visant à salir la mémoire de la victoire sur le nazisme.
« On salit un événement de mémoire important, la capitulation du régime nazi, et vous avez des enfoirés qui essayent de nous salir. »Une réaction qui en dit long sur la stratégie de l’extrême droite, toujours prompte à instrumentaliser l’histoire pour servir ses intérêts partisans.
Pourtant, les explications des acteurs locaux peinent à convaincre. Alain Giraudi, président de la radio associative RTV FM, partenaire de la mairie pour les commémorations, a reconnu une erreur de programmation. Un technicien aurait téléchargé par inadvertance une playlist intitulée « 1939-1945 en chansons. Le bal de la Libération », incluant ce titre infamant. « Il l’a laissé car il l’aurait entendu dans le film Les Choristes et n’a pas fait le lien. »
Une radio associative prise en otage par les divisions politiques
Si la mairie assure n’avoir aucune responsabilité dans la diffusion de ce morceau, les faits laissent planer un doute. La playlist initiale, envoyée par la collectivité, ne contenait pas ce titre. C’est donc bien une initiative individuelle – mais validée par la structure – qui a conduit à cet incident. RTV FM, présentée comme une radio « non partisane », se retrouve malgré elle au cœur d’une polémique où l’extrême droite tente de faire porter le chapeau à la gauche.
L’ancien directeur de cabinet de l’ancienne majorité, aujourd’hui spectateur, a démenti toute volonté de nuire. « Je ne m’occupe plus des affaires locales. Je me promenais en famille quand j’ai entendu ce titre. » Une version des faits qui, si elle est vraie, souligne l’amateurisme d’une gestion municipale où les symboles de la collaboration resurgissent comme par magie.
L’extrême droite à la manœuvre : entre déni et surenchère
Le maire de Carpentras, dont la victoire en mars 2026 a marqué un tournant dans le sud-est, semble plus préoccupé par la recherche de boucs émissaires que par la préservation de la mémoire collective. « Je vais porter plainte pour malveillance », a-t-il annoncé, sans doute pour détourner l’attention de son incapacité à gérer un événement aussi sensible. Une réaction qui rappelle les méthodes chères à l’extrême droite : accuser les autres de ce que l’on commet soi-même.
La fin du partenariat avec RTV FM, annoncée dans la foulée, apparaît comme une mesure purement symbolique, destinée à apaiser les tensions internes au RN. Pourtant, les racines du problème sont plus profondes : comment une ville dirigée par l’extrême droite peut-elle garantir le respect des valeurs républicaines, alors même que ses élus entretiennent un flou inquiétant autour de l’histoire de Vichy ?
Un précédent qui dépasse Carpentras
Cette affaire n’est malheureusement pas isolée. Depuis plusieurs années, les municipalités d’extrême droite multiplient les provocations mémorielles, des remises en cause des plaques commémoratives des fusillés résistants aux hommages rendus à des figures collaborationnistes. À Carpentras, l’épisode du 8 mai s’inscrit dans une stratégie plus large : réécrire l’histoire pour mieux diviser.
Les associations de mémoire, les historiens et une partie de la population s’inquiètent. Comment expliquer à des jeunes générations que la France a collaboré avec l’Allemagne nazie, alors même que certains élus préfèrent gommer ce pan sombre de notre histoire ? La diffusion de « Maréchal, nous voilà ! » n’est pas un simple incident technique : c’est le symptôme d’un mal plus profond, où l’extrême droite instrumentalise la mémoire pour servir ses ambitions politiques.
Face à cette dérive, les institutions républicaines, de l’État aux collectivités locales, ont un rôle crucial à jouer. Mais avec un gouvernement dirigé par Sébastien Lecornu, dont la politique reste marquée par des concessions à la droite radicale, la vigilance s’impose plus que jamais. La mémoire de la Résistance ne doit pas devenir l’otage des calculs partisans.
Une ville sous tension, un pays sous surveillance
Carpentras, ville moyenne du Vaucluse, se retrouve ainsi sous les projecteurs d’un débat national. Les commémorations du 8 mai sont traditionnellement un moment d’unité, où les Français se souviennent que la liberté se mérite. Pourtant, cette année, elles ont révélé les fractures d’une société où l’extrême droite tente de s’imposer comme arbitre de la mémoire.
Les réactions des habitants, pour l’instant discrètes, pourraient évoluer en fonction des suites données à cette affaire. Mais une chose est sûre : laisser prospérer de telles provocations, c’est prendre le risque de voir resurgir les démons du passé. Et dans une Europe où les régimes autoritaires, de la Russie à la Hongrie, réécrivent l’histoire à leur guise, la France ne peut se permettre de baisser la garde.
Alors que le 10 mai marque l’anniversaire de l’abolition de l’esclavage en 2001, un symbole fort de la lutte contre toutes les formes de barbarie, l’incident de Carpentras rappelle que les combats pour la mémoire et la démocratie sont loin d’être terminés.