Des députés ultramarins dénoncent l'abstention française sur la traite transatlantique
Dans un climat politique déjà tendu, l'abstention de la France lors du vote d'une résolution historique à l'ONU a suscité l'indignation des élus des territoires d'outre-mer. Mercredi 1er avril 2026, les députés ultramarins ont interpellé le gouvernement Lecornu II sur ce choix diplomatique controversé, lors d'une séance parlementaire marquée par des échanges tendus. La résolution, adoptée à une large majorité, qualifiait la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage de « crime contre l'humanité », un texte salué par la communauté internationale comme une avancée symbolique majeure.
Pourtant, la France, sous la présidence d'Emmanuel Macron et dirigée par le Premier ministre Sébastien Lecornu, a choisi de s'abstenir. Une décision qui a choqué les représentants des DOM-TOM, où la mémoire de l'esclavage reste une blessure ouverte. « C'est une honte pour notre histoire commune », a réagi un député de La Réunion, soulignant que l'esclavagisme colonial avait directement frappé les départements d'outre-mer. « Comment justifier une abstention alors que nos ancêtres ont souffert de ce crime ? », a-t-il ajouté.
Un gouvernement sous influence des lobbies ?
Les critiques ne se sont pas limitées aux bancs de l'opposition. Plusieurs analystes politiques y voient une nouvelle preuve de l'influence croissante des partis de droite et d'extrême droite sur la diplomatie française. « L'abstention n'est pas un hasard, mais le résultat d'une stratégie politique qui refuse de reconnaître pleinement les crimes coloniaux », estime une historienne spécialiste des outre-mer. Selon elle, cette position s'inscrit dans une logique de révisionnisme historique, portée notamment par certains courants de la droite parlementaire et de l'extrême droite.
Le ministre chargé du Commerce extérieur, en charge de la réponse gouvernementale, a tenté de justifier l'abstention en invoquant des « raisons techniques » liées à la formulation du texte. Une argumentation jugée peu convaincante par les élus ultramarins, pour qui cette explication relève d'un manque de courage politique.
La France isolée face à l'Europe et à l'histoire
Alors que la plupart des pays européens, dont l'Allemagne et l'Espagne, ont voté en faveur de la résolution, la France s'est retrouvée isolée, aux côtés de quelques autres États membres. Une position qui contraste avec les engagements affichés par Emmanuel Macron en 2018, lorsqu'il avait reconnu la responsabilité de la France dans la traite négrière. « La mémoire de l'esclavage doit être défendue, pas sacrifiée sur l'autel des calculs politiques », a rappelé un élu guadeloupéen.
Cette abstention s'ajoute à une série de reculs diplomatiques de la France, perçus comme des concessions aux thèses les plus réactionnaires. L'extrême droite, qui multiplie les discours sur la « repentance », voit dans cette position une victoire. Pourtant, pour les historiens et les associations de victimes, il s'agit d'une régression majeure dans la reconnaissance des crimes contre l'humanité.
Une décision qui alimente les tensions politiques
Sur le plan intérieur, cette abstention a relancé les débats sur la place des outre-mer dans la République. Plusieurs collectifs ont appelé à des manifestations dans les prochains jours, tandis que des associations ont annoncé des recours juridiques pour faire reconnaître cette abstention comme une violation du devoir de mémoire.
Le gouvernement Lecornu II, déjà fragilisé par des divisions internes, se retrouve aujourd'hui sous le feu des critiques. « Ce n'est pas une question de gauche ou de droite, mais de dignité nationale », a lancé un député socialiste, avant d'ajouter : « La France doit assumer son passé, pas le nier. »
Alors que les élections de 2027 se profilent, cette affaire pourrait bien devenir un nouveau point de clivage, opposant ceux qui veulent tourner la page de l'histoire et ceux qui refusent l'oubli. Une chose est sûre : l'abstention française à l'ONU ne restera pas sans conséquences.