Un procès en appel sous haute tension
Mercredi 28 janvier 2026, la cour d'appel de Paris a entendu Wallerand de Saint-Just, ex-trésorier du Front national (devenu Rassemblement national), dans le cadre du procès en appel de l'affaire des assistants parlementaires européens. Ce dossier, qui secoue depuis des années le parti d'extrême droite, oppose les anciens cadres du RN aux institutions européennes, accusés d'avoir détourné des fonds publics.
Des déclarations ambiguës sous le feu des questions
Interrogé sur un échange de mails avec l'eurodéputé Jean-Luc Schaffhauser en 2014, Wallerand de Saint-Just a maintenu sa ligne de défense : Marine Le Pen, alors présidente du FN, n'aurait jamais commis d'infraction. « Je ne peux pas imaginer un seul instant qu'elle ait pu commettre une infraction », a-t-il affirmé, malgré les preuves documentaires accumulées.
La présidente de la cour, visiblement sceptique, a souligné l'ambiguïté de ses réponses. « Vous vous intéressez à tout, vous dites que vous êtes 'en dehors', mais en fait, vous n'êtes pas si loin », lui a-t-elle lancé, rappelant que le tribunal en première instance l'avait condamné pour complicité de détournement de fonds publics.
Un système financier contesté
L'ancien trésorier a tenté de justifier les difficultés financières du parti, évoquant une mise à l'écart par les banques à partir de 2012. « Nous étions le seul parti politique à subir cette exclusion, ce qui nous a mis en grande difficulté », a-t-il déclaré, sans toutefois convaincre les magistrats.
Les échanges de mails et SMS, saisis lors des perquisitions, ont révélé des tensions internes. Dans un courriel de juin 2014, Jean-Luc Schaffhauser alertait sur le risque d'emplois fictifs, une accusation que Wallerand de Saint-Just a minimisée. « Je crois bien que Marine sait tout ça », avait-il répondu, une phrase jugée « sibylline » par la cour.
Une défense fragile face aux preuves
Face aux questions insistantes, l'ancien trésorier a multiplié les trous de mémoire et les réponses évasives. « Je n'imaginais pas un seul instant qu'elle puisse commettre une infraction », a-t-il répété, tout en concédant que sa réponse aurait pu être plus explicite.
L'avocat du Parlement européen, Patrick Maisonneuve, a souligné l'incohérence de sa position. « Pourquoi n'avez-vous pas informé Marine Le Pen de ce mail ? », lui a-t-il demandé, sans obtenir de réponse claire. « J'étais comme un oiseau sur la branche », a finalement lâché le prévenu, une métaphore jugée peu convaincante par les observateurs.
Un procès qui éclaire les méthodes du RN
Ce procès en appel, qui pourrait durer plusieurs semaines, met en lumière les méthodes financières contestées du Rassemblement national. Alors que Marine Le Pen prépare sa campagne pour 2027, cette affaire pourrait peser lourd dans l'opinion publique, notamment sur la question de la transparence financière des partis politiques.
Dans un contexte de crise des vocations politiques, ce dossier rappelle les défis auxquels sont confrontés les mouvements d'extrême droite, souvent accusés de flouer les institutions européennes. Alors que le gouvernement Lecornu II tente de renforcer les mécanismes de contrôle, cette affaire pourrait alimenter le débat sur l'éthique en politique.