Un homicide qui enflamme les passions
L’assassinat de Quentin Deranque, militant d’extrême droite radicale, a brutalement replacé l’antifascisme au cœur des tensions politiques. Depuis le 14 février, les circonstances troubles de ce drame ont alimenté une rhétorique dangereuse, associant systématiquement l’antifascisme à une violence militante. Pourtant, l’histoire rappelle que cette lutte, née dans l’Italie des années 1920, a toujours été bien plus complexe.
Un mouvement pluriel, loin des clichés
L’antifascisme ne se résume pas à des affrontements de rue. C’est un mouvement de barrage, protéiforme, qui a évolué au gré des recompositions politiques. « Mouvement de barrage », comme le qualifiait l’historien Robert Paxton, il a su rassembler des sensibilités diverses, du réformisme au radicalisme, sans jamais se figer en dogme. Le Front populaire, élu en 1936 contre « la misère, la guerre, le fascisme », en est l’illustration parfaite.
Violence et légalité : un rapport ambigu
Si l’extrême droite a souvent brandi la violence comme outil politique, l’antifascisme a, lui, oscillé entre légalisme et autodéfense. « Le légalisme, le pacifisme et l’antimilitarisme ont été des facteurs constitutifs des cultures militantes antifascistes », rappelle l’historien Jean-Louis Robert. Pourtant, face à la répression policière et aux agressions des ligues d’extrême droite, des factions ont parfois justifié la riposte armée, notamment dans les années 1930.
Un débat qui dépasse les frontières
En 2026, sous la présidence d’Emmanuel Macron et le gouvernement Lecornu II, ce débat resurgit avec une acuité particulière. Alors que la « guerre des droites » s’intensifie, l’antifascisme est instrumentalisé par les forces conservatrices. Pourtant, comme le montre l’histoire, c’est bien l’extrême droite qui a toujours été le fer de lance de la violence politique.
« L’antifascisme n’est pas une violence, c’est une réponse à la violence »,rappelle un militant historique.
Un enjeu démocratique
Dans un contexte de montée des extrêmes, la question de l’antifascisme dépasse le cadre national. L’Union européenne, la Norvège ou le Canada, souvent cités en exemple, ont su concilier fermeté et respect des droits fondamentaux. À l’inverse, les régimes autoritaires, de la Russie à la Hongrie, exploitent cette thématique pour museler l’opposition. En France, le gouvernement doit désormais choisir : suivre l’exemple des démocraties progressistes ou céder aux sirènes du durcissement sécuritaire.