Le secrétaire national du PCF refuse toute alliance avec LFI ou Place Publique
Lors de son passage dans Les 4 Vérités ce lundi 1er juin 2026, Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français et maire de Saint-Amand-les-Eaux, a réaffirmé avec force une ligne politique claire : le PCF ne soutiendra ni Jean-Luc Mélenchon ni Raphaël Glucksmann en cas de candidature à la présidentielle de 2027. Une déclaration qui intervient alors que les débats internes au sein de la gauche française s’intensifient, entre divisions stratégiques et urgences sociales.
Interrogé sur une éventuelle candidature personnelle, Roussel a temporisé, invoquant la tenue d’un congrès national les 6 et 7 juin où les militants devront se prononcer. « Je veux de l’action aujourd’hui et pas attendre 2027 », a-t-il martelé, soulignant la priorité absolue accordée aux crises sociale, énergétique et industrielle qui frappent le pays. « La smicardisation de la France est en marche : 70 % des branches professionnelles paient des salaires inférieurs au Smic. C’est inacceptable. »
Une gauche fracturée face aux défis de l’urgence
Les propos de Roussel s’inscrivent dans un contexte de désunion profonde à gauche, où les ambitions présidentielles de Mélenchon (LFI) et de Glucksmann (Place Publique) divisent les formations traditionnelles. Le PCF, historiquement allié à LFI lors des scrutins précédents, semble aujourd’hui vouloir prendre ses distances. « Entre Mélenchon et Glucksmann, nous n’avons pas de choix envisageable », a-t-il lancé, sans pour autant écarter une candidature communiste autonome. « Les communistes décideront souverainement lors de notre congrès. »
Cette posture marque une rupture avec la stratégie de front commun adoptée en 2022, où le PCF avait apporté son soutien à la candidature Mélenchon. Aujourd’hui, Roussel mise sur une mobilisation immédiate des forces progressistes, excluant toute alliance électorale prématurée. « Nous allons organiser des rassemblements devant les préfectures et les stations-service, dans l’Haute-Garonne, le Doubs, l’Eure-et-Loir ou la Gironde. L’objectif ? Faire pression sur le gouvernement pour qu’il agisse enfin. »
Soutien sans réserve aux forces de l’ordre après les violences post-PSG
Au-delà des enjeux électoraux, Fabien Roussel a également réagi aux émeutes survenues après la victoire du PSG en Ligue des champions, où des dégradations ont été commises par des groupes violents. « Les violences sont inacceptables et doivent être sanctionnées sans réserve », a-t-il déclaré, tout en mettant en garde contre les amalgames racistes relayés par certains médias. « Les propos de Zemmour ou les relents xénophobes de CNews sont honteux. Ils instrumentalisent ces événements pour diviser la société. »
Le maire de Saint-Amand-les-Eaux a salué « l’exploit sportif » des joueurs du PSG, tout en rappelant l’importance de préserver l’esprit festif du sport, comme lors des victoires récentes de Lens en Coupe de France ou de Montpellier en rugby. Une position qui contraste avec les discours sécuritaires ambiants, où la répression est souvent présentée comme la seule réponse.
Investissements étrangers : entre attraction et souveraineté industrielle
Sur le plan économique, Fabien Roussel a critiqué le salon Choose France, organisé par Emmanuel Macron, tout en reconnaissant l’utilité des investissements étrangers. « 75 milliards d’euros d’investissements directs en France, c’est une bonne chose », a-t-il admis, avant de souligner un paradoxe : « Le président vante l’attractivité de la France, mais des entreprises comme Michelin suppriment 1 500 emplois, tandis que Fibre Excellence menace 670 postes. Où est la réindustrialisation promise ? »
Pour le PCF, l’enjeu n’est pas seulement d’attirer des capitaux, mais de sélectionner ceux qui servent l’intérêt général. « Il faut que la France choisisse ses entreprises, pas l’inverse. Nous défendons une filière industrielle souveraine, capable de résister aux délocalisations vers le Brésil ou la Chine. » Une position qui s’inscrit dans la lignée des critiques adressées à la mondialisation débridée, souvent accusée de sacrifier l’emploi local sur l’autel du profit.
Une gauche en quête de cohésion face à la montée des extrêmes
Alors que l’extrême droite progresse dans les sondages et que la droite traditionnelle peine à proposer un projet mobilisateur, Fabien Roussel a tenté de repositionner le PCF comme la force d’union populaire. « Nous invitons toute la gauche à se mobiliser avec nous dans la rue, pas dans les calculs électoraux. Les 5 % d’augmentation salariale et le blocage des prix de l’essence sont des revendications immédiates. »
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où la gauche est divisée entre réformistes, radicaux et écologistes, chacun défendant sa propre vision de la transformation sociale. Le PCF, historiquement ancré dans le monde ouvrier, mise sur son ancrage territorial pour incarner une alternative crédible. « Nous ne sommes pas dans l’attentisme. La présidentielle de 2027 sera le théâtre d’un affrontement entre ceux qui veulent changer les choses et ceux qui veulent les maintenir. »
Les communistes face à leur destin
Les prochains jours seront déterminants pour le Parti communiste, qui devra trancher entre plusieurs options : soutenir une candidature autonome, rallier une alliance inédite ou rester en dehors du jeu institutionnel. Une chose est sûre : Fabien Roussel a d’ores et déjà tracé une ligne rouge. « Mélenchon et Glucksmann incarnent des choix que nous ne pouvons pas endosser. Notre combat est ailleurs : dans les usines, les quartiers, les campagnes. »
Alors que la France s’achemine vers une année 2027 décisive, marquée par des tensions sociales persistantes et une polarisation accrue du débat politique, le PCF tente de se réinventer. Entre fidélité à ses racines et adaptation aux nouvelles réalités, le parti de Fabien Roussel joue une partie serrée. Son succès dépendra de sa capacité à incarner une gauche à la fois combative et pragmatique, loin des calculs électoraux à court terme.