Un gouvernement sous pression, mais les motions de censure échouent
Mercredi 14 janvier, l'Assemblée nationale a rejeté les deux motions de censure visant à renverser le gouvernement Lecornu, malgré les tensions croissantes autour de l'accord UE-Mercosur. Les députés du Rassemblement national (RN) et de La France insoumise (LFI) ont échoué à rassembler une majorité suffisante, avec seulement 256 voix pour la motion de LFI et 142 pour celle du RN.
Une manœuvre politique du RN pour détourner l'attention
La motion du RN, déposée au lendemain du retour de Marine Le Pen devant les tribunaux pour l'affaire des emplois fictifs, a été perçue comme une tentative désespérée de divertir l'opinion publique. « Créer une actualité au Palais-Bourbon pour en éclipser une autre au palais de justice », résume un proche de l'exécutif. Une stratégie qui n'a pas trompé les observateurs, d'autant que le Parti socialiste (PS), en négociation sur le budget 2026, a refusé de s'associer à cette manœuvre.
Lecornu mise sur l'instabilité pour justifier ses méthodes
Dans les jours précédant le vote, le premier ministre avait laissé planer le doute sur la stabilité de son gouvernement. « Un accident est vite arrivé, il peut manquer 15 ou 20 voix », avait alerté son entourage. Une posture qui rappelle les excès du quinquennat Macron, où le 49.3 et les ordonnances ont souvent servi à contourner le Parlement.
Pourtant, avec le PS en négociation sur le budget, le risque de chute était minime. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a exclu toute alliance avec les forces d'opposition radicale, préférant jouer la carte de la responsabilité institutionnelle. Une décision qui arrange le gouvernement, mais qui soulève des questions sur la crise des vocations politiques et la désaffection des partis traditionnels pour le débat démocratique.
Un accord UE-Mercosur contesté, mais défendu par l'exécutif
L'accord de libre-échange avec le Mercosur, au cœur des tensions, a été violemment critiqué par les oppositions. Sébastien Lecornu a qualifié leurs attaques de « tireurs couchés tirant dans le dos de l'exécutif ». Une comparaison qui en dit long sur les relations tendues entre majorité et opposition, alors que l'Europe tente de renforcer ses alliances commerciales face aux défis géopolitiques.
Pourtant, au-delà des postures, cet accord pourrait être un levier pour les économies des DOM-TOM, souvent marginalisées dans les débats nationaux. Mais dans un contexte de crise agricole et de tensions commerciales avec les États-Unis, le gouvernement devra naviguer avec prudence.
La stratégie des partis en vue de 2027
Alors que la campagne des européennes approche, les partis se positionnent. Le RN tente de capitaliser sur les frustrations, tandis que LFI mise sur une radicalisation de son discours. Le PS, quant à lui, joue la carte de la modération, au risque de perdre son électorat de gauche. Dans ce contexte, le gouvernement Lecornu pourrait être tenté d'utiliser des outils controversés pour imposer son budget, comme le 49.3 ou les ordonnances.
Une stratégie risquée, alors que la crise des finances publiques et la montée des extrêmes compliquent la tâche d'un exécutif déjà fragilisé.