Budget de la recherche : un leurre comptable qui trompe les Français

Par Mathieu Robin 17/11/2025 à 07:16
Budget de la recherche : un leurre comptable qui trompe les Français

Un budget de la recherche artificiellement gonflé depuis 2006 masque un manque à gagner de 2,7 milliards d'euros. La France investit moins qu'elle ne le prétend.

Un budget gonflé pour masquer la réalité

Alors que le gouvernement Lecornu II examine le budget 2024, une manipulation comptable vieille de 18 ans refait surface. Une convention datant de 2006 permet d'enfler artificiellement les dépenses publiques, notamment dans la recherche et l'enseignement supérieur. Un tour de passe-passe qui ne profite qu'aux retraités des secteurs privatisés, dénoncent les experts.

La recherche sacrifiée sur l'autel des retraites

Selon une étude récente, l'effort réel pour la recherche serait 10 % inférieur aux chiffres officiels. En 2020, seulement 23,1 milliards d'euros auraient été réellement investis, contre 25,8 milliards votés. Une différence de 2,7 milliards qui change tout.

"Tout est faussé", dénonce Patrick Aubert, économiste senior à l'Institut des politiques publiques. "Cette surévaluation cache une réalité : la France investit moins qu'elle ne le prétend dans son avenir."

Un indicateur clé sous-estimé

Cette manipulation a des conséquences concrètes. La part du PIB consacrée à la R&D, un indicateur clé pour l'Europe, serait en réalité plus faible. Officiellement à 2,18 % en 2023, elle aurait dû être de 2,16 % si l'on corrigeait les chiffres. Un écart qui pourrait coûter à la France son statut de leader européen.

Le vrai coupable : le financement des retraites

L'argent budgété ne va pas aux universités, mais alimente un compte d'affectation spéciale pour payer les pensions des fonctionnaires. Un système où les cotisations employeurs atteignent 74 % en 2020 (contre 16,67 % dans le privé) et devraient passer à 82,6 % en 2028.

Une situation démographique explosive

Ce système repose sur un équilibre démographique fragile : à peine un cotisant pour un pensionné. Une situation aggravée par la baisse du nombre de fonctionnaires et l'arrivée massive de retraités issus des privatisations, comme l'ex-France Télécom. Un héritage des politiques libérales des années 2000.

La recherche française en danger

Alors que l'Union européenne vise les 3 % de PIB pour la R&D, la France recule. Un recul qui pourrait avoir des conséquences dramatiques pour l'innovation française, alors que les pays comme l'Allemagne ou la Norvège investissent massivement. La France paie aujourd'hui les choix comptables d'hier.

Un débat qui dépasse les clivages

Cette question dépasse les divisions politiques traditionnelles. La gauche dénonce une « trahison de l'avenir », tandis que certains économistes de droite pointent un « système à bout de souffle ». Seul le gouvernement reste silencieux, préférant éviter un débat qui pourrait ébranler sa majorité fragile.

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

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Commentaires (9)

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Reporter citoyen

il y a 1 mois

Dans le Sud-Ouest, on voit bien les conséquences : les universités manquent de moyens, les labos sont sous-dotés. Paris décide, mais c'est nous qui trinquons. Il faut une vraie décentralisation des crédits !

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evercurious47

il y a 1 mois

Les élites politiques et économiques se foutent de la recherche. Tant que ça ne rapporte pas dans les 6 mois, ils préfèrent investir dans des trucs inutiles. Le peuple, lui, il en a marre de ces mensonges !

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Douarnenez

il y a 1 mois

Ah, la recherche française... Comme tout le reste, c'est du vent. On nous promet des milliards, mais en réalité, c'est toujours la même soupe. Les politiques sont des magiciens des chiffres, rien de plus.

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Q

Quiberon

il y a 1 mois

@douarnenez Exactement ! Et pendant ce temps, les labos ferment, les chercheurs partent à l'étranger. La France se tire une balle dans le pied. On va finir par regretter notre manque d'ambition.

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Logos

il y a 1 mois

Les deux positions ont du vrai. Oui, il faut rationaliser les dépenses, mais réduire les crédits de recherche sans plan clair, c'est prendre un risque énorme pour l'avenir du pays. Il faut un équilibre.

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K

Kaysersberg

il y a 1 mois

En Allemagne, la recherche publique est bien plus transparente. La France devrait s'inspirer de nos voisins européens pour éviter ces leurres comptables. L'Europe, c'est aussi une question de rigueur budgétaire partagée.

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C

Corollaire

il y a 1 mois

La recherche française est déjà bien financée, mais mal gérée. Plutôt que d'augmenter les dépenses, il faudrait rationaliser les dépenses existantes. La France a besoin de rigueur, pas de dépenses inconsidérées.

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Trégor

il y a 1 mois

@corollaire La rigueur, c'est beau sur le papier, mais quand on voit les salaires de misère des chercheurs, on se demande où passe l'argent. La France a les moyens, il faut juste la volonté politique !

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Trégor

il y a 1 mois

2,7 milliards en moins pour la recherche, c'est un scandale ! Pendant ce temps, les milliards pour les niches fiscales des riches continuent de couler à flots. La priorité, c'est l'éducation et l'innovation, pas de flatter les actionnaires !

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