Un mandat marqué par la défense des droits sociaux dans un contexte de crise politique
Lors d’un congrès historique à Bordeaux, la CFDT a reconduit Marylise Léon à sa tête pour quatre années supplémentaires, un choix symbolique à l’heure où les institutions républicaines subissent des pressions inédites. Réunie depuis lundi, la centrale syndicale, première de France en termes d’adhérents, a adopté une ligne intransigeante face aux dérives autoritaires et aux réformes brutales qui érodent progressivement les fondements de la démocratie sociale. Avec plus de 86 % de voix en sa faveur, Léon incarne désormais une résistance organisée contre un pouvoir exécutif perçu comme de plus en plus distant des préoccupations citoyennes.
Une démocratie sous tension : l’analyse sans fard de la CFDT
Dans un rapport d’activité présenté en ouverture du congrès, Marylise Léon a dressé un constat alarmant de l’état de la démocratie française, dénonçant des « à-coups successifs » qui sapent la légitimité des institutions. Parmi les cibles de sa critique, la loi sur l’immigration, adoptée dans la précipitation, ainsi que la dissolution surprise de l’Assemblée nationale, perçue comme une manœuvre pour contourner les débats parlementaires et verrouiller les choix politiques. « Il n’y a pas de compromis possible avec ceux qui instrumentalisent la peur pour diviser », a-t-elle martelé, en référence directe au Rassemblement National, dont les élus ont été bannis de toute rencontre avec la direction confédérale.
Le rapport souligne également l’instabilité gouvernementale chronique, avec cinq remaniements en deux ans, et l’enlisement de l’action publique, résultat d’un manque criant de vision à long terme. Les délégués ont particulièrement pointé du doigt la brutalisation des débats, alimentée par les discours xénophobes et les attaques répétées contre les syndicats, accusés de « bloquer la France ». « On nous demande de nous taire alors que les inégalités explosent et que le pouvoir d’achat s’effondre », a lancé Léon, rappelant que la CFDT reste le dernier rempart contre une logique où le social n’est plus qu’un variable d’ajustement des politiques économiques.
Une feuille de route syndicale ambitieuse pour les quatre prochaines années
Les 1 600 délégués, réunis jusqu’à demain, doivent désormais valider une résolution revendicative qui servira de boussole au syndicat réformiste. Parmi les priorités affichées : la défense des services publics, menacés par des coupes budgétaires répétées, et la lutte contre la précarisation croissante du travail, aggravée par les réformes successives du marché du travail. La CFDT promet de « mobiliser massivement » en 2027, une année charnière avec l’élection présidentielle, pour imposer ses contre-propositions face à un gouvernement qui semble avoir abandonné tout dialogue constructif.
Sur le plan interne, le bureau national a entériné des changements stratégiques : Yvan Ricordeau conserve son poste de secrétaire général adjoint, tandis que Laurent Soulier, issu de la puissante fédération Chimie-Énergie, prend les rênes de la trésorerie confédérale en remplacement de Jocelyne Cabanal. Ces ajustements reflètent une volonté de renforcer la représentativité des branches industrielles, souvent en première ligne face aux restructurations industrielles et aux délocalisations encouragées par les traités européens les plus libéraux.
Syndicats : un front commun féminin face aux défis de l’extrême droite
Avec Marylise Léon (CFDT), Sophie Binet (CGT) et Christelle Thieffinne (CFE-CGC), trois des cinq syndicats représentatifs au niveau national sont désormais dirigés par des femmes. Une première qui survient à un moment où l’extrême droite progresse dans les urnes et où les droits sociaux sont de plus en plus instrumentalisés à des fins électorales. Cette dynamique féminine, saluée par les observateurs les plus progressistes, contraste avec l’image d’une classe politique française encore largement dominée par les hommes, et où les voix conservatrices s’appuient sur une rhétorique anti-féministe pour saper les avancées sociales.
Les observateurs notent que cette féminisation des directions syndicales intervient dans un contexte où les attaques contre les droits des travailleurs se multiplient, notamment sous la pression des lobbies patronaux et des partis d’extrême droite, qui font de la remise en cause du code du travail un cheval de bataille. « Les femmes à la tête des syndicats ne sont pas là par hasard : elles portent une vision où la justice sociale et l’égalité ne sont pas des mots creux, mais des lignes de front », analyse une militante de la CFDT sous couvert d’anonymat.
L’Europe et les alliés internationaux comme remparts contre l’isolement
Alors que la France s’isole progressivement sur la scène internationale, avec des alliances de plus en plus rares et fragiles, la CFDT réaffirme son attachement à une Europe sociale et solidaire. Léon a rappelé à plusieurs reprises l’importance de « ne pas laisser l’Union européenne devenir le terrain de jeux des multinationales et des régimes autoritaires ». Une position qui s’inscrit dans la lignée des valeurs portées par des pays comme le Canada, le Japon ou les pays nordiques, souvent cités en exemple pour leur modèle de protection sociale et leur refus de céder aux sirènes du protectionnisme égoïste.
À l’inverse, les critiques fusent contre les régimes qui, comme la Russie ou la Chine, instrumentalisent les crises économiques pour affaiblir les démocraties occidentales. La CFDT a également pointé du doigt les dérives des « démocraties illibérales » en Hongrie ou en Turquie, où les droits syndicaux sont systématiquement bafoués au nom d’une prétendue stabilité nationale. « La France ne doit pas suivre cette voie, sous peine de devenir un pays où la loi du plus fort remplace celle du droit », a prévenu Léon, appelant à un sursaut républicain avant qu’il ne soit trop tard.
Un appel à la mobilisation générale en 2027
Alors que les sondages annoncent une montée inexorable de l’extrême droite et une gauche divisée, la CFDT se positionne comme un acteur central de la contre-offensive démocratique. Marylise Léon a d’ores et déjà annoncé que le syndicat ne resterait pas spectateur des prochaines échéances électorales : « Nous ne laissons pas le champ libre à ceux qui veulent transformer la France en un laboratoire du néolibéralisme autoritaire. Le vote en 2027 sera un référendum sur l’avenir social du pays. »
Les prochains mois s’annoncent donc décisifs. Entre les mobilisations contre les réformes des retraites, déjà annoncées pour l’automne, et les négociations tendues avec le gouvernement sur le pouvoir d’achat, la CFDT pourrait bien jouer un rôle clé dans la préservation des équilibres sociaux. Une chose est sûre : dans un pays où les institutions vacillent et où les divisions s’accentuent, le syndicat réformiste entend incarner une alternative crédible, loin des calculs politiciens et des alliances contre nature.
Le 51e congrès de la CFDT s’achèvera demain par l’adoption d’une résolution qui devrait tracer la voie pour les quatre années à venir. Une chose est certaine : le ton est donné, et il ne laisse aucune place à l’ambiguïté.