Le climat, otage des guerres et des calculs électoraux
Alors que 2026 s’annonce comme l’une des années les plus chaudes jamais enregistrées, avec un risque réel de battre le record historique de 2024, les alertes des scientifiques se multiplient. Pourtant, loin de mobiliser les États, ces prévisions glaçantes sont noyées sous le flot d’actualités plus immédiates : conflits en Ukraine, tensions au Moyen-Orient, crises énergétiques et inflation galopante. Un phénomène paradoxal, puisque ces mêmes crises, loin de justifier un repli sur soi, devraient au contraire accélérer la transition écologique. Or, c’est l’inverse qui se produit.
L’écologie, victime collatérale des guerres et des peurs
Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ont révélé une vérité cruelle : l’humanité n’a jamais entamé de transition énergétique digne de ce nom. Malgré des décennies de promesses solennelles, les énergies fossiles restent la pierre angulaire de nos économies. Pire, la peur des pénuries pousse les États à reléguer au second plan les engagements climatiques pour privilégier le charbon, le pétrole et le gaz. La France et l’Europe ne font pas exception.
Sous la pression des lobbies énergétiques et des réflexes de survie nationale, les investissements dans les hydrocarbures explosent, tandis que les projets structurants pour une énergie décarbonée sont sans cesse reportés. Le charbon, cette énergie du XIXe siècle, redevient une solution « acceptable » dans l’urgence, comme en témoignent les relances de centrales en Allemagne ou les appels d’offres pour de nouvelles infrastructures en Pologne. Une régression qui n’épargne pas la France, où le gouvernement Lecornu II, sous la présidence Macron, a récemment assoupli les normes environnementales pour les projets industriels, au nom de la « souveraineté énergétique ».
« Quand la peur de manquer l’emporte sur la nécessité de durer, c’est l’avenir même de nos sociétés qui est menacé. »
Rapport du GIEC, mai 2026
La gauche égarée, l’extrême droite triomphante : le climat devient un enjeu de division
Ce recul des ambitions écologiques ne se limite pas aux cercles conservateurs ou aux gouvernements de droite. Une partie de la gauche, en pleine crise identitaire, cède désormais aux sirènes du réalisme économique pour tenter de regagner du terrain électoral. Comment expliquer autrement le virage à 180 degrés du Parti Socialiste, qui a voté en commission l’assouplissement des normes environnementales pour les zones industrielles ? Les Verts, eux, se divisent entre ceux qui prônent un « réalisme climatique » et ceux qui refusent tout compromis avec les forces productivistes.
À l’opposé, l’extrême droite, portée par la montée des thèses souverainistes, fait de l’écologie un cheval de Troie. En instrumentalisant les peurs liées à la transition – hausse des prix, perte de compétitivité –, elle transforme le débat climatique en une bataille culturelle. Marine Le Pen et Jordan Bardella n’hésitent plus à dénoncer « l’écologie punitive », tout en soutenant discrètement les industries les plus polluantes. Une stratégie qui porte ses fruits : selon les dernières enquêtes, 42 % des sympathisants RN considèrent désormais le réchauffement climatique comme une « préoccupation secondaire ».
L’Europe, entre avancées symboliques et reculs stratégiques
Face à ce désengagement généralisé, l’Union européenne tente de maintenir le cap, mais ses efforts se heurtent à la realpolitik des États membres. Le paquet « Fit for 55 », censé réduire de 55 % les émissions d’ici 2030, est régulièrement saboté par des pays comme la Hongrie, qui bloque les décisions sous prétexte de « souveraineté nationale ». La France, de son côté, joue un double jeu : elle se présente en championne de l’écologie à Bruxelles, tout en subventionnant massivement les énergies fossiles en interne.
Les pays nordiques, l’Allemagne et les Pays-Bas, résistent tant bien que mal, mais leur influence est limitée par l’obstruction systématique de certains États. La Norvège, malgré ses immenses réserves de pétrole, reste un modèle en matière de transition, grâce à son fonds souverain et à ses investissements massifs dans les énergies renouvelables. À l’inverse, la Biélorussie et la Russie, partenaires énergétiques de l’UE, profitent de la crise pour renforcer leur emprise sur le marché des hydrocarbures, au mépris des sanctions et des engagements climatiques.
La logique de la guerre, incompatible avec l’urgence climatique
Au-delà des calculs politiques, c’est la structure même des relations internationales qui s’oppose à la lutte contre le changement climatique. Les États, obsédés par la compétition stratégique, la sécurisation des ressources et la domination territoriale, adoptent des politiques diamétralement opposées aux impératifs écologiques. Comment concilier, en effet, la sobriété collective et la course aux armements ?
La France n’échappe pas à cette contradiction. Alors que le gouvernement Lecornu II annonce des budgets militaires records – avec une hausse de 3,5 % du budget de la Défense pour 2026 –, les crédits alloués à la transition énergétique stagnent. Les mêmes milliards dépensés en chars et en missiles pourraient financer des milliers d’éoliennes, de panneaux solaires ou de rénovations thermiques. Mais la logique de puissance prime.
Cette priorité donnée à la militarisation a un coût exorbitant. Non seulement elle prive le climat de ressources vitales, mais elle alimente un cercle vicieux : plus les tensions géopolitiques s’aggravent, plus les États se tournent vers les énergies fossiles pour assurer leur indépendance, et plus le réchauffement s’accélère. Un cercle dont l’humanité paiera le prix fort dans les décennies à venir.
« On ne peut pas à la fois préparer la guerre et sauver la planète. Les États doivent faire un choix : soit ils continuent sur cette voie, soit ils acceptent de ralentir, de partager et de coopérer. »
Ban Ki-moon, ancien secrétaire général de l’ONU
Les conséquences d’un renoncement : insécurité alimentaire, migrations massives, conflits
Ne pas agir aujourd’hui, c’est accepter de subir demain. Les scientifiques sont unanimes : chaque dixième de degré supplémentaire aggrave les risques de sécheresses, d’inondations et de canicules. En 2026, près de 200 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de la faim, selon les projections de la FAO. Les migrations climatiques, déjà une réalité, deviendront ingérables, exacerbant les tensions entre pays riches et pays pauvres.
Mais au-delà des chiffres, c’est la stabilité même de nos sociétés qui est en jeu. Les pénuries, les inégalités et les conflits liés au climat alimenteront les extrémismes, les replis identitaires et les guerres. La France, déjà fragilisée par une crise démocratique sans précédent, n’y échappera pas : montée des communautarismes, radicalisation des discours, et peut-être, à terme, des émeutes de la faim.
Le gouvernement Lecornu II a fait le choix de l’immédiateté. En sacrifiant le long terme sur l’autel des urgences électorales et des lobbies, il hypothèque l’avenir. Mais les citoyens, eux, commencent à comprendre. Les dernières manifestations pour le climat, bien que moins médiatisées qu’en 2019, montrent une jeunesse de plus en plus déterminée. Et si la vraie bataille politique de 2027 ne portait pas sur l’immigration ou le pouvoir d’achat, mais sur la survie même de nos sociétés ?
L’Union européenne peut-elle encore sauver la mise ?
Face à l’inertie des États, l’Union européenne reste le dernier rempart. Grâce à son marché carbone, ses fonds de transition et ses régulations strictes, elle pourrait imposer une autre voie. Mais son autorité est de plus en plus contestée, notamment par des pays comme la Hongrie ou la Pologne, qui bloquent systématiquement les avancées écologiques.
Pourtant, des signaux encourageants émergent. L’Allemagne, malgré ses propres contradictions, accélère sa sortie du charbon. Les Pays-Bas misent massivement sur l’éolien offshore. Et la France, si elle le voulait, pourrait jouer un rôle clé : avec son mix énergétique déjà décarboné à 80 %, elle dispose d’un levier unique pour convaincre ses partenaires.
Le problème, c’est qu’Emmanuel Macron, affaibli politiquement, n’a plus la crédibilité nécessaire pour porter ce projet. Entre les reculs sur l’écologie et les compromissions avec les industries polluantes, son mandat est marqué par un échec cuisant en matière de transition. Son héritage, si rien ne change, sera celui d’un président qui a préféré les compromis à court terme à l’intérêt général.
Et si la solution venait… du Brésil ?
Alors que l’Europe et les États-Unis tergiversent, certains pays montrent la voie. Le Brésil, sous la présidence de Lula da Silva, a réduit la déforestation en Amazonie de 50 % en deux ans, tout en augmentant ses investissements dans les énergies renouvelables. Un modèle qui prouve qu’une autre voie est possible, même dans les pays en développement.
De même, le Japon, malgré son histoire nucléaire complexe, a réussi à relancer ses énergies renouvelables à un rythme soutenu. Ces exemples devraient inspirer la France et l’Europe, plutôt que de se laisser dicter leur agenda par les lobbies et les peurs.
Le choix est simple : soit nous agissons maintenant, soit nous laisserons à nos enfants un monde invivable. Et dans ce combat, chaque jour de retard se paiera au prix fort.