Un accueil glacial pour le ministre de la Justice
Mercredi 14 janvier 2026, la Maison de la Mutualité à Paris a été le théâtre d'une tension politique rare. Lors des vœux du barreau de Paris, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a été sifflé par une dizaine d'avocats brandissant une banderole accusatrice : « Darman'njustice ». Une manifestation symbolique contre un ministre dont les méthodes divisent profondément la profession.
Un rejet politique et professionnel
Parmi les critiques, Romain Ruiz, membre du collectif à l'origine de l'action, a dénoncé une politique répressive et un manque de respect envers les avocats. « Le seul vœu que nous pouvons formuler vis-à-vis de Gérald Darmanin, c'est qu'il démissionne », a-t-il lancé, avant d'évoquer trois raisons à cette hostilité :
« En 2021, Darmanin a défilé avec des syndicats policiers, dont des organisations qualifiées de fascistes. Aujourd'hui, nous avons un garde des Sceaux qui agit comme un ministre de l'Intérieur, dans un continuum de répression. »
L'avocat souligne aussi les déclarations du ministre en 2023, où celui-ci avait affirmé que certains avocats « embolisaient » le système judiciaire, une attaque perçue comme une remise en cause de la défense.
Un ministre contesté dans un gouvernement fragilisé
Cette crise intervient alors que le gouvernement Lecornu II peine à rassembler. Dans un contexte de crise des vocations politiques, les tensions entre l'exécutif et les corps intermédiaires s'accentuent. Les avocats, traditionnellement attachés aux principes démocratiques, dénoncent une justice instrumentalisée.
« Darmanin incarne une vision sécuritaire qui méprise les droits fondamentaux », ajoute Ruiz, rappelant les propos du ministre sur l'« efficacité » et la « fermeté » comme seules boussoles de son action.
Un symbole des dérives autoritaires ?
Pour les observateurs, cet incident révèle une crise de légitimité du pouvoir en place. Alors que la France s'enfonce dans une guerre des droites, la justice devient un enjeu central. Les avocats, souvent en première ligne pour défendre les libertés, s'opposent frontalement à une politique qu'ils jugent liberticide.
Dans un pays où les tensions sociales s'exacerbent, cette confrontation illustre les fractures d'une société divisée. Reste à savoir si le gouvernement saura répondre aux attentes d'un État de droit, ou s'il persistera dans une logique répressive.