Un salarié sur deux en détresse : la CGT fustige le durcissement des arrêts maladie
Alors que le gouvernement Lecornu II s’apprête à durcir les règles sur les arrêts maladie dès cette rentrée, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, dénonce une politique de stigmatisation des travailleurs malades et alerte sur l’explosion des troubles psychologiques en entreprise. Dans un entretien fleuve diffusé ce 1er septembre, la syndicaliste met en lumière l’absurdité de vouloir résoudre le problème par des mesures répressives, alors que les causes profondes – conditions de travail dégradées, pression accrue, absence de reconnaissance – restent ignorées.
L’inflation des prix et le pouvoir d’achat : une « rentrée du déclassement »
Face à l’envolée des prix, les salaires n’ont toujours pas retrouvé leur niveau de 2020, rappelle Sophie Binet. Avec des hausses de 17% sur l’énergie et 6% sur les produits frais, la situation devient intenable pour les ménages. Le gouvernement, qui se contente de prolonger des aides symboliques comme le chèque énergie, refuse d’envisager des solutions structurelles. « Les augmentations de prix ne touchent pas que les carburants, mais l’ensemble des travailleurs et travailleuses », souligne-t-elle, pointant du doigt les marges indécentes de la grande distribution et de l’agroalimentaire, qui profitent de la crise climatique pour gonfler leurs profits.
La syndicaliste propose une réponse ciblée : taxer les superprofits et encadrer les prix des produits de première nécessité. « En 2020, ces secteurs ont réalisé des bénéfices faramineux pendant que les consommateurs payaient l’addition. Aujourd’hui, c’est la même logique qui s’applique », martèle-t-elle. Pour elle, il est urgent de redonner du pouvoir d’achat aux travailleurs, en augmentant les salaires bruts – et non en jouant sur le net, une mesure qu’elle qualifie d’« enfumage ».
« Le salaire net, c’est pour le mois ; le salaire brut, c’est pour la vie. Baisser le brut, c’est réduire nos droits : retraite, chômage, maladie. Il faut au contraire augmenter le brut pour avoir plus à la fin du mois ET plus de protections. »
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT
Arrêts maladie : la CGT contre l’acharnement gouvernemental
Depuis ce 1er septembre, les règles sur les arrêts maladie se durcissent : plafonnement à un mois pour la première prescription, avec un éventuel renouvellement sous conditions. Une mesure présentée comme une « économie » dans le projet de budget 2027, alors que le déficit de la Sécurité sociale est déjà pointé du doigt. Pourtant, pour Sophie Binet, c’est une erreur de diagnostic.
Un salarié sur deux présente des signes de détresse psychologique au travail, un chiffre jamais atteint. Un tiers évoquent un burn-out. « Ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on guérit la fièvre », assène-t-elle, dénonçant une politique de stigmatisation des malades. Pour elle, la solution réside dans l’amélioration des conditions de travail : moins de pression, plus de sens, et surtout, une reconnaissance du travail accompli.
Elle cite en exemple la réforme des retraites, imposée sans concertation, qui illustre selon elle l’« abandon des travailleurs ». Le retour à la retraite à 60 ans reste une revendication centrale, alors que certains partis de gauche semblent hésiter sur le sujet. « Les travailleurs veulent d’abord abroger la réforme Macron, puis passer à 60 ans. C’est clair, et c’est ce que nous défendons », insiste-t-elle.
Mobilisation générale : la CGT appelle à la grève le 29 septembre
Face à l’inaction gouvernementale, Sophie Binet mise sur la mobilisation. Une grande journée de grève est prévue le 29 septembre, avec pour mot d’ordre : salaires, services publics, et droits sociaux. « Les fonctionnaires sont les boucs émissaires idéaux, mais sans eux, c’est la France qui s’arrête », rappelle-t-elle, appelant à une réaction massive.
Le gouvernement, qui mise sur des économies à répétition, risque de plonger le pays dans une récession auto-infligée. « Quand les travailleurs ont moins d’argent, ils consomment moins. Les entreprises en pâtissent, et l’économie se contracte », alerte-t-elle. Une logique qu’elle qualifie de « scandale social ET économique ».
Immigration et laïcité : la CGT dénonce les « diversions » du RN
Alors que le Rassemblement National tente de relancer le débat sur le port du voile dans l’espace public, Sophie Binet y voit une stratégie de diversion. « La rentrée est marquée par une crise sociale sans précédent, des services publics en lambeaux, et des travailleurs au bord de l’effondrement. Pendant ce temps, le RN nous parle de laïcité mal comprise. C’est inacceptable », tonne-t-elle.
Pour elle, la laïcité est un principe d’émancipation, pas un outil de stigmatisation. « Interdire le voile, c’est instrumentaliser la loi pour cibler une religion, alors qu’elle devrait protéger la liberté de croire ou de ne pas croire. »
Un gouvernement sourd aux revendications sociales
Avec un exécutif dirigé par Sébastien Lecornu, héritier d’une politique macroniste toujours plus libérale, les perspectives pour les travailleurs s’assombrissent. Les réformes successives – retraites, arrêts maladie, pouvoir d’achat – s’enchaînent sans consultation, dans un contexte de hausse des inégalités et de recul des protections sociales.
La CGT, rejoint par une partie de la gauche, menace de bloquer le budget 2027 si celui-ci devait aggraver la situation. « Nous n’avons plus le choix : il faut se battre, car personne ne le fera à notre place », conclut Sophie Binet, appelant à une unité des travailleurs pour faire entendre leur voix.