Un outil controversé face à la montée des violences politiques
La mort tragique de Quentin Deranque, militant identitaire, a relancé le débat sur l'efficacité des dissolutions de groupuscules radicaux. Plusieurs suspects proches de la Jeune Garde antifasciste, pourtant dissoute en 2025, sont mis en examen dans cette affaire. Une situation qui interroge la pertinence de cette mesure phare du gouvernement.
Un cadre légal strict, mais des limites opérationnelles
La dissolution d'un groupe est encadrée par une loi de 1936, conçue pour répondre aux violences des ligues d'extrême droite. Elle peut être prononcée en cas de manifestations armées, d'agissements violents, ou de menaces à l'intégrité du territoire. Depuis 1936, 161 décrets ont été signés, dont près de 30 % sous la présidence d'Emmanuel Macron.
Parmi les dissolutions récentes, on compte Génération identitaire (2021), le Bastion social (2019) ou encore le Groupe union défense (2024). Pourtant, comme le souligne le politologue Xavier Crettiez,
« La dissolution relève surtout d'une posture politique. L'État montre qu'il agit, mais sans garantie d'efficacité. »
Des effets contreproductifs selon les experts
Les chercheurs s'accordent à dire que la dissolution peut avoir des conséquences inverses à celles escomptées. « Quand un mouvement est installé, les renseignements ont une meilleure capacité de contrôle », explique Crettiez. Une fois dissous, les membres se dispersent, rendant la surveillance plus difficile.
À Lyon, après la dissolution du Bastion social, les militants ont recréé deux nouveaux groupes. « On dissout des structures, mais pas des individus », reconnaît une source gouvernementale. La reconstitution d'un groupe dissous est pourtant punie de trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.
Une stratégie politique plus qu'une solution durable
Pour Jean-Yves Camus, directeur de l'Observatoire des radicalités politiques,
« La dissolution doit s'inscrire dans une stratégie plus large, visant à réorienter les militants vers l'action politique légale. »Une approche que le gouvernement semble privilégier, avec une multiplication des dissolutions sous le quinquennat Macron.
Reste que, comme le souligne le sociologue Erwan Lecœur, « les mouvements se recomposent, voire essaiment dans toute la France. La plupart ont déjà prévu leur dissolution éventuelle. » Une réalité qui interroge sur l'efficacité réelle de cette mesure.
Un débat qui dépasse les clivages politiques
Alors que la Jeune Garde antifasciste conteste sa dissolution devant le Conseil d'État, le gouvernement assure surveiller des velléités de reconstitution dans plusieurs territoires. Une affaire qui illustre les limites d'une politique de dissolution sans accompagnement plus global.
Dans ce contexte, la question se pose : faut-il privilégier la dissolution ou une répression ciblée des individus violents ? Un débat qui dépasse les clivages politiques et interroge sur la meilleure réponse à apporter à la montée des violences extrémistes.