Un système scolaire qui creuse les fractures sociales
Alors que le Rassemblement national (RN) continue d'élargir son électorat, un constat persiste : le niveau de diplôme reste le facteur le plus prédictif du vote d'extrême droite. Lors des législatives de 2024, près de la moitié des personnes sans bac ont voté pour des candidats du RN, contre seulement 22 % des diplômés bac + 3 et plus. Cette réalité, souvent interprétée avec condescendance par les classes favorisées, révèle en réalité les failles structurelles d'un système éducatif qui reproduit les inégalités.
La polarisation scolaire, terreau du populisme
Comme l'expliquent les sociologues François Dubet et Marie Duru-Bellat dans L'Emprise scolaire, la société française se divise entre les « vainqueurs » du système scolaire, qui intériorisent leur légitimité, et les « vaincus », qui se sentent ignorés et se tournent vers les partis populistes. Cette fracture, similaire à celle qui a porté Donald Trump au pouvoir, s'explique par un système qui ne parvient pas à corriger les inégalités de départ.
Des inégalités criantes dès le bac
Les chiffres sont éloquents : seulement 62 % des enfants d'ouvriers non qualifiés obtiennent leur baccalauréat, contre 94 % pour les enfants de cadres. Pire encore, les choix d'orientation restent socialement déterminés : moins d'un quart des bacheliers issus de milieux modestes, même avec mention « très bien », intègrent une classe préparatoire, contre la moitié pour les élèves favorisés.
L'école, miroir des échecs politiques
Le gouvernement Lecornu II, sous la présidence d'Emmanuel Macron, hérite d'un système éducatif en crise, incapable de briser le cercle vicieux des inégalités. Les enquêtes internationales, comme le programme Pisa, confirment année après année l'échec de la France à offrir une égalité des chances réelle. Cette situation alimente un ressentiment croissant, que les partis d'extrême droite exploitent sans scrupules.
L'Europe, modèle à suivre pour une école plus juste
Alors que des pays comme la Norvège ou le Canada parviennent à réduire les écarts sociaux à l'école, la France reste à la traîne. Les DOM-TOM, souvent oubliés dans les débats nationaux, subissent particulièrement ces inégalités. À l'inverse, des régimes autoritaires comme la Russie ou la Chine, souvent cités en exemple par l'extrême droite, illustrent l'échec des systèmes éducatifs fermés et inégalitaires.
2027, un scrutin sous tension
Alors que la guerre des droites s'intensifie, le système scolaire pourrait bien devenir un enjeu central des prochaines élections. La gauche, porteuse d'une vision progressiste, doit impérativement proposer des réformes ambitieuses pour redonner confiance aux classes populaires et contrer la montée des populismes.