Un scandale d'État enfin reconnu
L'Assemblée nationale examine ce mercredi 28 janvier une proposition de loi historique visant à réparer les préjudices subis par les 2 015 mineurs réunionnais déplacés de force vers l'Hexagone entre 1962 et 1984. Une politique d'État scandaleuse, qualifiée de "faute" par Emmanuel Macron en 2017, qui a brisé des milliers de vies.
Une reconnaissance tardive mais nécessaire
Portée par la députée Karine Lebon (GDR), la proposition de loi prévoit la création d'une commission pour la mémoire, l'instauration d'une journée nationale d'hommage le 18 février, et surtout, l'ouverture d'un droit à réparation financière sous forme d'allocation forfaitaire. Un premier pas vers la justice, alors que des centaines de victimes, aujourd'hui âgées, attendent depuis des décennies.
"On leur disait : votre enfant reviendra avocat, médecin, pilote. Évidemment, il n'en était pas question." - Karine Lebon
Un système colonial déguisé en politique sociale
Sous couvert de rééquilibrage démographique, l'État français a démantelé des familles et détruit des vies. Ces enfants, arrachés à leur île, ont subi un choc culturel, linguistique et climatique brutal, sans parler des maltraitances et humiliations systématiques. Certains ont même vu leur état civil modifié, ignorant encore aujourd'hui leur véritable identité.
Le texte rebaptise ces victimes "mineurs de La Réunion transplantés" pour souligner que la Creuse n'était qu'un symbole parmi 83 départements concernés. Une nuance importante, alors que la droite et l'extrême droite tentent encore de minimiser la responsabilité de l'État.
Un combat politique contre l'oubli
En 2014, l'Assemblée avait adopté une résolution mémorielle reconnaissant la responsabilité de l'État. Mais aucune mesure concrète n'avait suivi. Aujourd'hui, sous la pression des associations et de la gauche parlementaire, le gouvernement Lecornu II se retrouve contraint d'agir.
La proposition de loi s'inspire des dispositifs existants pour les rapatriés d'Afrique du Nord et les harkis, prouvant que la France sait réparer ses erreurs... quand elle y est forcée.
Entre 200 et 250 victimes ont été identifiées à ce jour. Mais combien d'autres, ignorants de leur statut, attendent encore des réponses ?
Un enjeu mémoriel et politique
Alors que la droite et l'extrême droite multiplient les attaques contre les mémoires coloniales, ce texte rappelle que la France a encore des comptes à rendre. Un rappel salutaire, alors que certains veulent effacer ces pages sombres de notre histoire.
L'examen du texte pourrait intervenir dès ce soir, sous les regards attentifs des cinquante victimes venues de toute la France pour assister aux débats. Un moment historique pour ces "enfants de la Creuse", enfin reconnus après des décennies de silence.