Enfants de la Creuse : l'État français enfin contraint à réparer un scandale colonial oublié

Par Camaret 28/01/2026 à 13:11
Enfants de la Creuse : l'État français enfin contraint à réparer un scandale colonial oublié

L'Assemblée examine une loi pour réparer le scandale des enfants réunionnais déplacés de force en France entre 1962 et 1984. Un combat mémoriel et politique.

Un scandale d'État enfin reconnu

L'Assemblée nationale examine ce mercredi 28 janvier une proposition de loi historique visant à réparer les préjudices subis par les 2 015 mineurs réunionnais déplacés de force vers l'Hexagone entre 1962 et 1984. Une politique d'État scandaleuse, qualifiée de "faute" par Emmanuel Macron en 2017, qui a brisé des milliers de vies.

Une reconnaissance tardive mais nécessaire

Portée par la députée Karine Lebon (GDR), la proposition de loi prévoit la création d'une commission pour la mémoire, l'instauration d'une journée nationale d'hommage le 18 février, et surtout, l'ouverture d'un droit à réparation financière sous forme d'allocation forfaitaire. Un premier pas vers la justice, alors que des centaines de victimes, aujourd'hui âgées, attendent depuis des décennies.

"On leur disait : votre enfant reviendra avocat, médecin, pilote. Évidemment, il n'en était pas question." - Karine Lebon

Un système colonial déguisé en politique sociale

Sous couvert de rééquilibrage démographique, l'État français a démantelé des familles et détruit des vies. Ces enfants, arrachés à leur île, ont subi un choc culturel, linguistique et climatique brutal, sans parler des maltraitances et humiliations systématiques. Certains ont même vu leur état civil modifié, ignorant encore aujourd'hui leur véritable identité.

Le texte rebaptise ces victimes "mineurs de La Réunion transplantés" pour souligner que la Creuse n'était qu'un symbole parmi 83 départements concernés. Une nuance importante, alors que la droite et l'extrême droite tentent encore de minimiser la responsabilité de l'État.

Un combat politique contre l'oubli

En 2014, l'Assemblée avait adopté une résolution mémorielle reconnaissant la responsabilité de l'État. Mais aucune mesure concrète n'avait suivi. Aujourd'hui, sous la pression des associations et de la gauche parlementaire, le gouvernement Lecornu II se retrouve contraint d'agir.

La proposition de loi s'inspire des dispositifs existants pour les rapatriés d'Afrique du Nord et les harkis, prouvant que la France sait réparer ses erreurs... quand elle y est forcée.

Entre 200 et 250 victimes ont été identifiées à ce jour. Mais combien d'autres, ignorants de leur statut, attendent encore des réponses ?

Un enjeu mémoriel et politique

Alors que la droite et l'extrême droite multiplient les attaques contre les mémoires coloniales, ce texte rappelle que la France a encore des comptes à rendre. Un rappel salutaire, alors que certains veulent effacer ces pages sombres de notre histoire.

L'examen du texte pourrait intervenir dès ce soir, sous les regards attentifs des cinquante victimes venues de toute la France pour assister aux débats. Un moment historique pour ces "enfants de la Creuse", enfin reconnus après des décennies de silence.

À propos de l'auteur

Camaret

Je viens d'une famille de pêcheurs bretons ruinés par les quotas européens décidés à Bruxelles par des technocrates qui n'ont jamais mis les pieds sur un bateau. J'ai vu mon père pleurer le jour où il a dû vendre sa licence. Cette injustice m'habite encore. Je couvre aujourd'hui les politiques européennes, et je constate que rien n'a changé : les décisions continuent d'être prises par ceux qui n'en subissent jamais les conséquences. Je me bats pour que la voix des territoires soit enfin entendue

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Commentaires (5)

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Ingénieur perplexe

il y a 15 minutes

Le problème c'est que ces réparations symboliques ne changent rien au système. La France continue de traiter ses territoires d'outre-mer comme des colonies. Bref, on fait du social washing.

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O

Orphée

il y a 51 minutes

Intéressant de voir comment le gouvernement instrumentalise la mémoire pour masquer ses échecs actuels. Combien de ces enfants sont encore en vie pour bénéficier de ces réparations ?

0
A

Achille

il y a 1 heure

60 ans de silence, et maintenant une loi pour se donner bonne conscience. Le cirque continue.

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M

Michèle du 54

il y a 1 heure

En tant qu'enseignante, j'ai connu des anciens enfants de la Creuse. Leur souffrance était palpable. Enfin une reconnaissance, mais c'est trop tard pour beaucoup... @achille, ton cynisme est mal placé là.

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C

Carcassonne

il y a 2 heures

Nooooon mais sérieux ??? 60 ans pour reconnaître sa merde ??? La France est vraiment en retard sur tout...

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