Espionnage russe : une campagne de désinformation vise Glucksmann et Salamé avant 2027

Par Anadiplose 04/08/2026 à 13:13
Espionnage russe : une campagne de désinformation vise Glucksmann et Salamé avant 2027

Une opération de désinformation russe d'une ampleur inédite vise Raphaël Glucksmann et Léa Salamé, accusés à tort de corruption médiatique. Décryptage d'une attaque ciblée contre la gauche française avant 2027.

Une offensive informationnelle d'envergure contre la démocratie française

Les services de renseignement français viennent de démasquer une opération de déstabilisation massive menée depuis Moscou, visant à semer le doute sur deux figures majeures de la gauche française à quelques mois des débats sur l'élection présidentielle de 2027. L'eurodéputé Raphaël Glucksmann et sa compagne, Léa Salamé, présentatrice du 20 Heures de France 2, ont été la cible d'une manipulation médiatique d'une rare ampleur, orchestrée par le groupe Storm-1516, directement rattaché au GRU, les services secrets militaires russes. Une attaque qui illustre une nouvelle fois la stratégie agressive du Kremlin pour influencer le débat politique occidental.

Des faux médias et des voix clonées : l'arsenal de la guerre hybride

L'opération a pris la forme d'un site web frauduleux, imitant à la perfection l'identité visuelle du média indépendant Blast, connu pour ses enquêtes fouillées sur les réseaux d'influence. Les auteurs ont poussé le vice jusqu'à y intégrer une vidéo de près de deux minutes, produite grâce à une intelligence artificielle générative, dont la voix imite parfaitement celle de Glucksmann. Le montage accuse le couple de corruption médiatique, prétendant que Léa Salamé aurait tenté de "soudoyer des rédactions" pour promouvoir une future candidature présidentielle de son compagnon, et ainsi "biaiser la couverture de la campagne de 2027".

Parmi les autres cibles de cette campagne de diffamation se trouvent des journalistes de premier plan : Edwy Plenel, cofondateur de Mediapart, et Salomé Saqué, dont les noms ont été usurpés pour donner une apparence de crédibilité à des "révélations" totalement inventées. Tous ont fermement démenti toute participation à ce montage, dénonçant une "opération de déstabilisation numérique ciblée".

"Alerte infox : divers comptes diffusent une fake news avec un article bidon me citant, un mail inventé que je n'ai jamais reçu et une vidéo où ma voix est trafiquée, le tout mensongèrement attribué à Blast. Tout y est faux."Edwy Plenel, sur X

Storm-1516, le bras armé de la désinformation russe

Selon les informations obtenues par Franceinfo, cette attaque s'inscrit dans le cadre d'une stratégie globale de déstabilisation, menée par deux groupes spécialisés dans la guerre informationnelle : Storm-1516 et CopyCop. Ces entités, largement documentées par les services de renseignement, ont déjà été impliquées dans de nombreuses opérations de désinformation visant des institutions européennes et françaises.

Parmi leurs cibles récentes figurent :

  • Des faux sites d'information locale avant les élections municipales, visant à semer la confusion dans les territoires ;
  • L'amplification de mouvements de colère comme celui des agriculteurs pendant la crise de la dermatose nodulaire, en exploitant des narratives complotistes ;
  • Des accusations infondées de violences sexuelles contre des figures politiques, comme l'avait été Brigitte Macron en 2023 ;
  • Des théories du complot impliquant Emmanuel Macron dans des affaires obscures, reprenant des motifs propagandistes classiques du Kremlin.

Ces méthodes s'inscrivent dans une logique de guerre hybride, où la Russie utilise l'arme informationnelle pour "diviser, paralyser et affaiblir" ses adversaires, comme le rappelle régulièrement le Conseil de l'Europe dans ses rapports sur la désinformation.

Glucksmann dénonce une "tactique classique du régime russe"

Dans un message publié sur les réseaux sociaux ce mardi 4 août, Raphaël Glucksmann a confirmé que le Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) lui avait officiellement attribué cette attaque. "L'opération russe est identifiée, tracée, attribuée", a-t-il déclaré, avant d'ajouter : "Le but est de rendre viral un mensonge total pour salir des personnalités considérées comme hostiles par le régime russe – ou au moins de créer un halo de suspicion, en exploitant l'adage 'Il n'y a pas de fumée sans feu'."

L'eurodéputé, qui doit rendre publique sa décision de se présenter ou non à l'élection présidentielle d'ici la fin du mois d'août, a souligné que cette campagne s'inscrivait dans une stratégie plus large de déstabilisation des démocraties occidentales. "Ces attaques visent à saper la confiance des citoyens dans leurs institutions et leurs médias, tout en favorisant les discours populistes et anti-européens."

Les médias victimes de l'usurpation de leur identité

Le faux site blastinfo[.]fr, qui reproduit à l'identique la charte graphique et l'appel aux dons de Blast, a servi de vecteur à cette désinformation. L'article en tête de page, intitulé de manière provocatrice "Plusieurs rédactions portent des accusations contre Léa Salamé", s'appuie sur un email totalement fabriqué, présenté comme une "preuve" de la corruption alléguée.

Face à cette manipulation, Blast a réagi avec fermeté : "Nous avons lancé les procédures permettant de faire fermer ce faux site et porté plainte pour contrefaçon et usurpation d'identité." Une réaction qui souligne l'urgence de renforcer la protection des médias indépendants face à ces attaques ciblées, alors que la France s'apprête à entrer dans une période électorale particulièrement tendue.

De son côté, Salomé Saqué a appelé les internautes à la vigilance : "Vous ne pouvez plus seulement relayer une vidéo avec un logo, ou le visage d'un(e) journaliste/média en qui vous avez confiance. Vérifiez toujours la provenance."

Une réponse européenne insuffisante ?

Alors que les attaques informationnelles russes se multiplient depuis le début de la guerre en Ukraine, les institutions européennes peinent encore à apporter une réponse coordonnée. Pourtant, le Règlement européen sur les services numériques (DSA), entré en vigueur en 2024, impose aux plateformes comme X (ex-Twitter) ou Meta de lutter contre la désinformation. Mais dans les faits, peu de comptes pro-russes ont été bannis, et les deepfakes circulent toujours en masse.

La France, qui a fait de la résilience démocratique une priorité dans sa loi de programmation militaire 2024-2030, tente de se doter d'outils pour contrer ces menaces. Le Centre national de lutte contre les manipulations de l'information (CLIMI), créé en 2021, joue un rôle clé dans la détection et la contre-attaque. Cependant, l'efficacité de ces dispositifs reste limitée face à l'ampleur des moyens déployés par Moscou.

Un enjeu démocratique majeur pour 2027

Cette opération de désinformation intervient à un moment charnière pour la gauche française et européenne. Alors que la montée des extrêmes droites en Europe s'accélère – avec des scores historiques en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas –, les tentatives de discrédit contre les figures progressistes se multiplient. Raphaël Glucksmann, dont la possible candidature à la présidentielle fait déjà débat au sein de la NUPES, est perçu comme une menace par les régimes autoritaires, qui voient dans son engagement pro-européen et pro-ukrainien un obstacle à leurs ambitions.

Pour les observateurs, cette attaque n'est pas un hasard : elle s'inscrit dans une stratégie globale de déstabilisation des démocraties, où la Russie cherche à "déstabiliser l'ordre international libéral", comme l'a récemment analysé l'Institut français des relations internationales (IFRI).

Face à cette menace, les défenseurs de la démocratie française se mobilisent. Le SGDSN a confirmé que des mesures de protection renforcées étaient mises en place pour Glucksmann et Salamé, tandis que les associations de lutte contre la désinformation, comme Les Décodeurs ou FactCheck, appellent à une prise de conscience collective.

Comme le rappelle Salomé Saqué, "la démocratie ne peut survivre sans une information fiable." Une vérité qui n'a jamais semblé aussi urgente.

À propos de l'auteur

Anadiplose

J'en ai assez du journalisme tiède qui ménage la chèvre et le chou. Pendant des années, j'ai regardé mes confrères s'autocensurer par peur de déplaire aux annonceurs ou aux politiques. J'ai décidé d'écrire ce que je pense vraiment, sans filtre. La concentration des médias aux mains de quelques milliardaires me révolte. La précarisation de ma profession me met en colère. Mais c'est précisément cette colère qui me pousse à continuer. Chaque article est un acte de résistance contre la pensée unique

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Commentaires (3)

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evercurious47

il y a 1 heure

nooooon mais c'est quoi ce délireeee ??? on nous prend vraiment pour des pigeons en mode ?!! comment ils osent sortir ces conneries sa ? pk tjrs nous prendre pour des débiles ?!

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Borrégo

il y a 10 minutes

@evercurious47 Ben parce que certains préfèrent croire les fake news plutôt que de vérifier deux secondes...

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Louise54

il y a 2 heures

Glucksmann et Salamé visés par Poutine avant 2027 ? La gauche française comme cible privilégiée de Moscou... Un hasard ?

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