Extrême droite : quand la défense des femmes cache un projet xénophobe

Par BlackSwan 07/04/2026 à 10:16
Extrême droite : quand la défense des femmes cache un projet xénophobe

Extrême droite et femmes : comment une fausse protection cache un projet raciste. Analyse des discours xénophobes instrumentalisant la cause féministe en France et en Europe.

L’extrême droite instrumentalise les droits des femmes pour justifier ses politiques racistes

En France, comme aux États-Unis, une rhétorique dangereuse s’installe : celle d’une prétendue défense des femmes, brandie pour justifier des mesures antimigratoires radicales. Derrière ce discours se dissimule une stratégie bien plus ancienne, celle du fémonationalisme, qui consiste à détourner les luttes féministes au profit d’un projet nationaliste et xénophobe. Cette instrumentalisation, observable aussi bien dans les discours de Marine Le Pen que dans ceux de Donald Trump, révèle une volonté de diviser les sociétés en désignant des boucs émissaires, plutôt que de s’attaquer aux véritables causes des violences faites aux femmes.

Une rhétorique xénophobe sous couvert de protection féminine

Marine Le Pen, figure emblématique de l’extrême droite française, a régulièrement exploité la peur migratoire pour alimenter ses discours sécuritaires. Dès mars 2022, dans une Lettre aux Françaises publiée dans la presse, elle évoquait une « problématique migratoire » menaçant les femmes, sans jamais préciser en quoi l’immigration serait une source de danger spécifique pour elles. Cette argumentation, reprise par des groupuscules identitaires comme le collectif Némésis, repose sur une vision fantasmée de la « femme occidentale » à protéger, opposée à une menace présentée comme extérieure et civilisationnelle.

Cette stratégie n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une logique de stigmatisation systématique des personnes issues de l’immigration, souvent désignées comme responsables des violences sexistes et sexuelles. Pourtant, les données disponibles ne corroborent pas cette thèse. En 2026, les féminicides en France se poursuivent à un rythme alarmant : selon le collectif #NousToutes, 23 femmes ont déjà été tuées depuis le début de l’année, principalement dans un cadre conjugal. Le domicile reste le lieu le plus dangereux pour les femmes, et les violences sont majoritairement perpétrées par leur entourage proche. Ces réalités, pourtant bien documentées, sont délibérément ignorées par les partisans de cette rhétorique, car elles ne cadrent pas avec leur agenda politique.

Le fémonationalisme, une arme politique au service de l’extrême droite

Le concept de fémonationalisme, théorisé par la sociologue Sara R. Farris, désigne cette récupération des droits des femmes pour servir des discours xénophobes. Il permet à l’extrême droite de se draper dans une légitimité morale, tout en masquant ses véritables intentions. En s’appropriant le vocabulaire féministe, ces mouvements opposent une figure idéalisée de la femme blanche, « civilisatrice », à une menace présentée comme étrangère, voire islamique. Cette dichotomie purement fantasmée sert à légitimer des politiques restrictives en matière d’asile et d’immigration, au mépris des droits fondamentaux.

Cette instrumentalisation n’est pas sans conséquences. Elle contribue à invisibiliser les voix des femmes issues de l’immigration, noires, arabes ou descendantes de migrants, qui subissent des discriminations multiples, à la fois de genre et de race. En focalisant l’attention sur l’immigration, ces discours détournent l’attention des problèmes structurels, comme le patriarcat ou les inégalités sociales, qui touchent l’ensemble de la société. Ils participent ainsi à une stratégie plus large de division, visant à affaiblir les solidarités entre les différentes composantes de la population.

Une réalité ignorée : le patriarcat, première menace pour les femmes

Les violences faites aux femmes en France sont un phénomène systémique, dont les racines plongent dans les structures mêmes de la société. Les féminicides, les agressions sexuelles et le harcèlement de rue sont des manifestations d’un patriarcat toujours bien ancré. Pourtant, les discours de l’extrême droite passent sous silence cette réalité, préférant pointer du doigt des boucs émissaires commodes. En 2026, les statistiques sont sans appel : la majorité des violences sont commises par des conjoints ou des proches, et non par des étrangers ou des migrants. Ces chiffres rappellent une évidence trop souvent oubliée : le principal danger pour les femmes, ce n’est pas l’immigration, mais bien le système qui perpétue les inégalités de genre.

Face à cette situation, les associations féministes dénoncent une récupération politique de leurs combats. « On ne peut pas défendre les droits des femmes en même temps qu’on stigmatise des populations entières », rappelle une militante du collectif #NousToutes. Pourtant, c’est bien cette stratégie qui semble porter ses fruits auprès d’une partie de l’électorat, séduite par un discours simpliste promettant sécurité et protection. Un paradoxe, alors que les politiques antimigratoires n’ont jamais fait la preuve de leur efficacité en matière de lutte contre les violences sexistes.

L’Union européenne face à la montée des discours xénophobes

La France n’est pas un cas isolé. En Europe, plusieurs pays voient émerger des discours similaires, portés par des partis d’extrême droite qui reprennent à leur compte la rhétorique du fémonationalisme. Cette tendance s’inscrit dans un contexte plus large de montée des dérives autoritaires sur le continent, où les valeurs démocratiques sont de plus en plus menacées. Face à cette situation, les institutions européennes peinent à trouver une réponse commune. Certains États, comme la Hongrie ou la Pologne, ont même fait de l’anti-féminisme et de la xénophobie des piliers de leur politique intérieure.

Pourtant, l’Union européenne, dans son ensemble, reste un rempart contre ces dérives. Les traités européens garantissent les droits fondamentaux, y compris ceux des femmes et des minorités, et encadrent strictement les politiques migratoires. Les pays comme la Norvège ou l’Islande, bien que non membres de l’UE, partagent cette vision d’une Europe ouverte, solidaire et respectueuse des droits humains. Leur exemple montre qu’une approche alternative est possible, fondée sur la coopération internationale et le respect des libertés individuelles.

Un enjeu de société qui dépasse les clivages politiques

La question des violences faites aux femmes ne peut se résumer à un débat sur l’immigration. Elle interroge la société toute entière sur ses valeurs et ses priorités. Alors que la France s’apprête à entrer dans une phase électorale décisive, les partis démocratiques doivent prendre la mesure de ce défi. Il ne s’agit pas de nier les craintes de certaines franges de la population, mais de proposer des solutions fondées sur des faits, et non sur des préjugés.

Les associations féministes appellent à une mobilisation collective pour faire reculer le patriarcat, sans tomber dans le piège de la division. « La lutte contre les violences faites aux femmes doit être universelle, et non sélective », insiste une porte-parole du mouvement. En effet, une approche efficace passe nécessairement par une meilleure prise en charge des victimes, une éducation à l’égalité dès l’école, et une politique migratoire respectueuse des droits humains. Autant de mesures que l’extrême droite, malgré ses discours enflammés, se garde bien de proposer.

Dans ce contexte, le rôle des médias est crucial. Ils doivent déconstruire les discours xénophobes qui se parent des atours du féminisme, et mettre en lumière les réalités des violences faites aux femmes, qu’elles soient d’origine migratoire ou non. Car une société qui protège vraiment ses femmes, c’est une société qui refuse de sacrifier les principes de solidarité et de justice au nom d’une illusoire quête de sécurité.

À propos de l'auteur

BlackSwan

Le Brexit, Trump, les Gilets jaunes : les experts n'ont rien vu venir. Normal, ils vivent dans une bulle parisienne déconnectée du pays réel. Moi, je passe mon temps sur le terrain, dans les villages abandonnés par les services publics, dans les quartiers populaires oubliés des politiques. C'est là que se prépare le prochain séisme électoral. La colère monte, et elle est légitime. Les élites feraient bien d'écouter au lieu de mépriser. Mon travail est de leur tendre un miroir.

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Commentaires (2)

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C

corte

il y a 1 semaine

mdr, sérieux ?! encore eux qui jouent les sauveurs alors qu'ils veulent juste nous enfermer dans leur petit monde de merde ??? genre ils sont les seuls à se soucier des femmes mais en vrai c'est que de la m*** pour faire passer leur racisme... et après ils osent parler de liberté ??? nooooon jy crois pas ptdr

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A

Augustin Bocage

il y a 1 semaine

Cette instrumentalisation de la cause féministe par l'extrême droite n'est pas nouvelle, mais elle prend une tournure particulièrement cynique ces dernières années. En 2019, une étude de l'INED montrait déjà que les discours xénophobes se parent souvent de valeurs progressistes pour mieux justifier leur projet politique. La stratégie ? Instrumentaliser des peurs réelles (violences faites aux femmes, insécurité) pour mieux cibler les populations étrangères. Mais qui en profite vraiment ? Pas les femmes, clairement.

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