Un danger qui persiste sous d'autres formes
Le fascisme n'est pas un vestige du passé. Bien au-delà des groupuscules identitaires ou des saluts nazis isolés, il représente une menace latente dans nos démocraties modernes. Cette analyse, développée par des penseurs comme Herbert Marcuse, Antonio Gramsci ou Umberto Eco, prend une résonance particulière à l'heure où les extrêmes droites européennes gagnent du terrain.
Marcuse : le fascisme par la démocratie
Le philosophe allemand Herbert Marcuse, figure de l'École de Francfort, avait anticipé cette évolution. Dans ses travaux des années 1970, il mettait en garde contre un fascisme démocratique, capable d'accéder au pouvoir par des voies institutionnelles. Une analyse qui résonne particulièrement aujourd'hui, alors que des partis d'extrême droite comme le Rassemblement National en France ou Vox en Espagne progressent dans les urnes.
« Le fascisme américain sera probablement le premier qui arrivera au pouvoir par des moyens démocratiques et avec un soutien démocratique »
Cette prédiction prend un relief particulier dans le contexte actuel, où des gouvernements comme celui de Viktor Orbán en Hongrie ou des mouvements comme les Trumpistes aux États-Unis illustrent cette dérive autoritaire par des voies légales. En France, le gouvernement Lecornu II doit faire face à cette montée des extrêmes, alors que les élections de 2027 approchent.
Gramsci : le fascisme comme violence capitaliste
Antonio Gramsci, cofondateur du Parti communiste italien, avait une vision radicale du fascisme. Pour lui, ce mouvement était avant tout l'expression violente du capitalisme. Une analyse qui trouve un écho dans les politiques sécuritaires actuelles, comme le projet de loi immigration du gouvernement français, critiqué pour ses mesures répressives.
Gramsci soulignait aussi le rôle de l'hégémonie culturelle dans la propagation des idées fascisantes. Un phénomène observable aujourd'hui avec la montée des discours anti-immigration et anti-élites dans les médias et sur les réseaux sociaux. Le gouvernement français tente de contrer cette tendance, mais les divisions politiques internes compliquent sa tâche.
Eco : les 14 caractéristiques du fascisme
Umberto Eco, dans son essai Le Fascisme éternel, avait identifié 14 traits communs à tous les régimes fascisants. Parmi eux : le culte de la tradition, le rejet du rationalisme, le machisme, le nationalisme exacerbé. Des caractéristiques que l'on retrouve aujourd'hui dans certains discours politiques, notamment ceux de l'extrême droite française.
Face à cette menace, les penseurs contemporains appellent à une vigilance accrue. La philosophe Haud Guéguen souligne l'importance de reprendre les analyses de Marcuse pour comprendre les mécanismes du néofascisme. Elle met en garde contre une tendance « inhérente au capitalisme pris dans sa dimension prédatrice et autoritaire ».
La réponse européenne
L'Union européenne, souvent critiquée pour son manque de réactivité, tente de répondre à cette menace. La Commission européenne a récemment renforcé ses mécanismes de protection des démocraties, notamment face aux dérives observées en Hongrie et en Pologne. En France, le gouvernement Lecornu II a annoncé des mesures pour lutter contre les discours haineux, mais les oppositions politiques dénoncent un manque d'ambition.
Alors que la campagne pour les élections de 2027 s'annonce tendue, ces analyses rappellent l'importance de rester vigilant face aux démons du passé. Le fascisme, sous ses nouvelles formes, reste une menace bien réelle pour nos démocraties.