Un essai satirique qui révèle les mécanismes de l'extrémisme
Dans un essai percutant publié en 2025, l'anthropologue canadien Mark Fortier dresse un constat alarmant : les progressistes n'auraient plus la combativité nécessaire pour contrer la montée des idées d'extrême droite. Son ouvrage, Devenir fasciste. Ma thérapie de conversion, utilise la satire pour dénoncer une époque où le confort intellectuel favorise l'ascension des forces autoritaires.
La France et les États-Unis sous l'influence des populistes
Fortier analyse avec lucidité les récentes évolutions politiques en France et aux États-Unis. En France, les élections législatives de juin 2024 ont montré une élite libérale incapable de s'opposer clairement au Rassemblement national (RN), préférant le rejeter tout en acceptant des compromis avec lui. La nomination de Michel Barnier à Matignon sous le gouvernement Lecornu II, après un pacte de non-agression avec le RN, illustre cette lâcheté stratégique.
Aux États-Unis, la situation n'est pas moins préoccupante. Le capitalisme américain, loin de résister à l'autoritarisme de Donald Trump, l'alimente et le devance, préparant le terrain pour une possible consolidation du pouvoir par des moyens antidémiques.
La conversion au fascisme : un processus insidieux
Fortier décrit avec une ironie mordante les étapes de cette conversion idéologique. La première consiste à s'abandonner à la peur et aux compromissions, comme l'a fait l'élite française en acceptant des alliances contre-nature. La seconde étape est le reniement des idéaux progressistes, souvent justifié par la nécessité de s'adapter à un monde en crise.
"Signe [son] armistice personnel", écrit Fortier, soulignant que l'heure n'est plus à la dispute, mais à la collaboration avec les forces réactionnaires.
Les institutions en déliquescence
L'essayiste s'intéresse particulièrement à la manière dont cette dynamique corrompt les institutions. Il compare le comportement des acteurs politiques français à celui des chroniqueurs allemands des années 1930, comme Sebastian Haffner, qui décrivait dans ses mémoires l'humiliation de devoir faire le Sieg Heil sous le régime nazi.
En France, cette dégradation se manifeste par une crise des vocations politiques, où les élus de gauche et du centre se retrouvent contraints d'adopter des discours sécuritaires pour ne pas perdre de terrain face au RN. Cette normalisation de l'extrémisme se fait au détriment des valeurs républicaines et européennes.
Une Europe en première ligne
Si la France et les États-Unis sont au cœur de cette analyse, Fortier rappelle que l'Europe est le terrain privilégié de cette bataille idéologique. La Hongrie de Viktor Orbán et la Pologne sous l'influence du PiS montrent comment le fascisme peut s'installer durablement dans des démocraties fragilisées. En revanche, des pays comme la Norvège, l'Islande ou le Kosovo résistent mieux à ces dérives, grâce à des sociétés civiles plus vigilantes.
En conclusion, l'essai de Fortier sonne comme un avertissement : le fascisme ne triomphe pas par la force, mais par l'abandon des principes démocratiques. Face à cette menace, il appelle à une résistance active, plutôt qu'à une capitulation opportuniste.