Hydrocarbures en outre-mer : un projet risqué qui profite à Paris et sacrifie les territoires

Par BlackSwan 28/01/2026 à 14:11
Hydrocarbures en outre-mer : un projet risqué qui profite à Paris et sacrifie les territoires

L'exploitation des hydrocarbures en outre-mer divise : risques écologiques, inégalités économiques et dépendance accrue face à Paris.

Un projet controversé examiné par le Sénat

Le 29 janvier 2026, le Sénat examinera une proposition de loi visant à lever l'interdiction de recherche et d'exploitation des hydrocarbures dans les territoires d'outre-mer. Un texte qui suscite des critiques virulentes, notamment en Guyane, où les risques écologiques et économiques sont pointés du doigt.

Des promesses illusoires et des risques majeurs

La proposition, portée par le sénateur guyanais Georges Patient, membre du Rassemblement des démocrates progressistes et indépendants (RDP-I), s'appuie sur des arguments séduisants mais contestés. « Pour la Guyane, ce serait moins un levier d'émancipation qu'une nouvelle forme de dépendance », dénoncent ses détracteurs.

En 2019, TotalEnergies avait abandonné ses explorations au large de Kourou après des mois de forage et près de 100 millions d'euros investis. Faut-il croire que le sénateur Patient dispose d'informations inédites ? Rien n'est moins sûr.

Un bilan énergétique français décevant

En soixante ans d'exploitation, la France n'a extrait que 100 millions de tonnes de pétrole, soit à peine une année de consommation actuelle. Fonder une politique énergétique sur des gisements hypothétiques relève du mirage, estiment les experts.

Plutôt que de miser sur des projets extractifs incertains, les défenseurs des territoires ultramarins prônent le développement des filières locales : agriculture, pêche, métiers du bois, énergies renouvelables et écotourisme. Des secteurs aujourd'hui sous-valorisés et menacés par cette relance pétrolière.

Une logique inégalitaire et néolibérale

Le texte avance que cette exploitation rapporterait 8 milliards d'euros par an à l'État et 500 millions à la Guyane. Mais qui supporterait l'essentiel des risques environnementaux, sociaux et sanitaires ? Les territoires ultramarins, bien sûr.

Cette logique rappelle de vieux schémas extractivistes : concentration des bénéfices au centre, externalisation des coûts aux marges. « Une vision néolibérale court-termiste qui sacrifie l'habitabilité future du territoire au nom d'une promesse de développement démentie par les faits », résume un opposant.

Un débat qui dépasse les frontières de la Guyane

Cette proposition de loi s'inscrit dans un contexte plus large de crise de la démocratie locale, où les décisions nationales semblent souvent ignorantes des réalités territoriales. « Les DOM-TOM ne sont pas des laboratoires pour les expérimentations énergétiques de Paris », dénonce un élu local.

Alors que le gouvernement Lecornu II et Emmanuel Macron affichent leur volonté de moderniser la France, ce projet soulève des questions sur la cohérence de leur politique énergétique et leur respect des engagements climatiques.

À propos de l'auteur

BlackSwan

Le Brexit, Trump, les Gilets jaunes : les experts n'ont rien vu venir. Normal, ils vivent dans une bulle parisienne déconnectée du pays réel. Moi, je passe mon temps sur le terrain, dans les villages abandonnés par les services publics, dans les quartiers populaires oubliés des politiques. C'est là que se prépare le prochain séisme électoral. La colère monte, et elle est légitime. Les élites feraient bien d'écouter au lieu de mépriser. Mon travail est de leur tendre un miroir.

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Commentaires (1)

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Roscoff

il y a 1 heure

L'argument écologique est évident, mais le vrai problème c'est l'asymétrie des bénéfices. En Guyane ou en Martinique, les retombées économiques sont marginales comparées aux risques. Regardez le cas du Canada avec les sables bitumineux : même modèle, mêmes promesses, mêmes désillusions. La France devrait apprendre de ces exemples.

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