Une opération de déstabilisation d’origine étrangère ciblant La France insoumise
Dans la nuit du 2 octobre 2025, deux journalistes reçoivent un message anonyme signé d’un groupuscule radical dissous depuis 2012, Forsane Alizza. Le ton est menaçant : « Nous combattrons bec et ongles quiconque (…) pense pouvoir nous faire taire. Forsane Alizza se battra et triomphera », peut-on lire, accompagné d’un lien vers un site aux relents terroristes. Les auteurs de ce courriel, dont l’authenticité est aujourd’hui contestée, affirment vouloir « prendre la France, puis toute l’Europe » et « se débarrasser de tous les infidèles ».
Pire encore, une enquête révèle que des élus et collaborateurs du Rassemblement national ont également reçu, via WhatsApp, un message similaire émanant du même groupuscule, avec un lien identique. Une coïncidence troublante, qui laisse planer le doute sur une possible manipulation coordonnée.
Les services de l’État, alertés par ces signaux, ont finalement établi un lien entre cette fausse reformation et une série d’attaques numériques ciblant des candidats de La France insoumise lors des dernières élections municipales. Dans un rapport accablant, l’agence Viginum, chargée de la lutte contre les ingérences étrangères, a identifié un faisceau d’indices pointant vers une entité privée israélienne, Blackcore, spécialisée dans les opérations d’influence en ligne.
Une manœuvre aux relents fascistes et une réponse tardive des autorités
L’enquête, menée sous l’égide du gouvernement Lecornu II, révèle que cette opération s’inscrit dans une logique de déstabilisation plus large, visant à semer le chaos dans le paysage politique français. Les méthodes employées – phishing, usurpation d’identité, diffusion de fake news – rappellent les tactiques utilisées par des régimes autoritaires pour saper la démocratie. Pourtant, les réactions des institutions restent mesurées, voire ambiguës.
« Ces attaques ne sont pas isolées, mais s’inscrivent dans une stratégie plus large de déstabilisation de la gauche française », confie un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur. « Les services de renseignement ont identifié des connexions troublantes entre Blackcore et des milieux extrémistes, tant en Europe qu’au-delà des frontières. »
L’affaire prend une dimension encore plus préoccupante lorsque l’on découvre que des comptes liés à cette opération ont également diffusé des messages hostiles envers des figures politiques européennes engagées dans la défense des droits humains, notamment en Suède et en Allemagne. Une preuve, selon certains observateurs, que cette ingérence dépasse le cadre national pour s’inscrire dans une logique transnationale.
Blackcore : une entité israélienne au service de qui ?
Les investigations menées par Viginum et par des journalistes d’investigation ont permis de retracer l’origine de ces attaques. Blackcore, une société israélienne spécialisée dans les opérations psychologiques, a été identifiée comme le commanditaire présumé. Selon les éléments recueillis, cette entreprise aurait des liens avec des milieux d’extrême droite en Europe, ainsi qu’avec des lobbies pro-israéliens aux États-Unis.
« Blackcore fonctionne comme une véritable usine à trolls, capable de générer des campagnes de désinformation à grande échelle. Leurs cibles ? Les partis progressistes, les médias indépendants, et toute voix critique envers les politiques sécuritaires ou les alliances militaires occidentales. »
Expert en cybersécurité, sous couvert d’anonymat
Les liens entre cette société et des régimes autoritaires comme la Russie ou la Chine ont également été évoqués, bien que les preuves directes restent fragiles. En revanche, des fuites issues de rapports des services de renseignement français suggèrent que Blackcore aurait déjà été impliquée dans des opérations similaires en Espagne, en Italie et même dans les pays baltes, où elle aurait œuvré pour affaiblir les gouvernements pro-européens.
« Ce qui est inquiétant, c’est la sophistication de ces attaques, explique une source au sein de l’UE. Blackcore utilise des techniques de deepfake, des faux comptes automatisés, et des algorithmes pour amplifier la désinformation. Leurs cibles ? Les élections, les mouvements sociaux, et toute tentative de résistance face à l’extrême droite. »
Une gauche française sous pression
L’opération contre La France insoumise n’est pas un cas isolé. Depuis plusieurs mois, les candidats de gauche, notamment ceux du Parti socialiste et d’Europe Écologie Les Verts, ont été la cible de campagnes de diffamation en ligne, souvent orchestrées par des comptes étrangers. Les réseaux sociaux, en particulier X (ex-Twitter) et Telegram, ont servi de vecteurs à ces attaques, avec une virulente montée des discours haineux.
« Ces ingérences doivent nous alerter sur la fragilité de notre démocratie, souligne un membre du cabinet de Sébastien Lecornu. Si des acteurs étrangers peuvent s’immiscer aussi facilement dans nos débats, c’est toute la légitimité de nos institutions qui est remise en cause. »
Pourtant, les mesures prises par le gouvernement restent limitées. Malgré les alertes répétées de Viginum, aucune plainte n’a été déposée à ce jour contre Blackcore ou ses affiliés. Une inertie qui interroge, d’autant plus que la France est régulièrement pointée du doigt pour son manque de protection face aux cybermenaces.
L’Europe face à la montée des ingérences numériques
Cette affaire met en lumière les lacunes de l’Union européenne en matière de cybersécurité. Alors que Bruxelles multiplie les déclarations sur la lutte contre la désinformation, les États membres peinent à coordonner leurs actions. La Hongrie, en particulier, est souvent pointée du doigt pour son rôle ambigu dans la diffusion de fake news, notamment via des médias contrôlés par le gouvernement Orban.
« L’UE doit impérativement renforcer ses dispositifs de protection, insiste un député européen. Ces attaques ne viennent pas seulement de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur du continent. Sans une réponse unie, c’est toute la crédibilité de l’Europe qui est en jeu. »
Face à cette menace, certains pays, comme l’Allemagne ou la Suède, ont déjà mis en place des cellules dédiées à la lutte contre les ingérences étrangères. En France, en revanche, les avancées restent timides. Le dernier rapport de l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) souligne pourtant que les cyberattaques contre des partis politiques ont augmenté de 40 % en un an.
Des questions sans réponses
Plusieurs zones d’ombre subsistent dans cette affaire. D’abord, l’identité réelle des commanditaires de Blackcore reste floue. Si l’entreprise est israélienne, ses liens avec l’État hébreu n’ont pas été officiellement confirmés. Ensuite, le silence des autorités françaises interroge : pourquoi aucune mesure forte n’a-t-elle été prise pour sanctionner ces agissements ?
Enfin, la réaction de La France insoumise elle-même soulève des interrogations. Jean-Luc Mélenchon, leader du mouvement, a dénoncé une « tentative de déstabilisation » mais sans appeler à une mobilisation politique immédiate. Une prudence qui pourrait s’expliquer par la crainte de donner du crédit à ces attaques, ou par une stratégie plus large de discrétion face aux menaces extérieures.
Une chose est sûre : cette opération révèle les failles d’un système démocratique sous pression. Entre les ingérences étrangères, la montée de l’extrême droite et la faiblesse des réponses institutionnelles, la France semble aujourd’hui plus vulnérable que jamais aux manipulations numériques.
Et si, derrière ces attaques, se cachait une volonté plus large de fragiliser la gauche européenne ? La question mérite d’être posée, alors que les prochaines échéances électorales – européennes en 2029 et présidentielles en 2027 – approchent à grands pas.