La disparition des bars-tabacs, un symptôme de la fracture sociale
Entre 2002 et 2022, la France a perdu 18 000 bars-tabacs. Le Balto, La Civette, Le Café des sports… Ces établissements, bien plus que de simples commerces, étaient des lieux de sociabilité essentiels, tant en milieu urbain qu’en zone rurale. Leur fermeture massive s’accompagne d’une érosion du lien social, avec des conséquences politiques profondes.
Une étude alarmante sur l’extrême droite
Une récente étude du Centre pour la recherche économique et ses applications révèle un lien troublant entre la disparition de ces lieux et la progression du vote pour l’extrême droite. En croisant vingt ans de données sur les fermetures de bars-tabacs avec les résultats électoraux et 2,19 millions d’interventions parlementaires, le chercheur Hugo Subtil démontre que la fermeture de ces établissements ne marque pas seulement la fin d’un commerce, mais la recomposition silencieuse de l’infrastructure sociale des territoires.
"La disparition des bars-tabacs symbolise l’effondrement d’un mode de vie populaire tout entier."
Un désastre pour la démocratie locale
Dans un contexte de crise de la démocratie locale, ces fermetures accentuent l’isolement des populations. Les bars-tabacs étaient des espaces de débat, de rencontre et de résistance face à la désindustrialisation et à la précarisation. Leur déclin profite aux discours radicaux, qui exploitent le sentiment d’abandon des territoires.
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de rassurer sur la cohésion nationale, cette étude rappelle que les politiques publiques doivent urgemment se saisir de la question des lieux de sociabilité. Sans cela, le risque est de voir se creuser encore davantage les fractures territoriales et politiques.
Un enjeu pour 2027
Alors que la stratégie des partis pour 2027 se précise, cette étude souligne l’importance de repenser les politiques de revitalisation des territoires. La gauche pourrait y voir une opportunité pour reconquérir des électeurs perdus, tandis que la droite et l’extrême droite continuent d’instrumentaliser ces abandons.
Dans un pays où la crise des vocations politiques se fait sentir, ces bars-tabacs étaient aussi des espaces de formation citoyenne. Leur disparition laisse un vide que les partis devront combler s’ils veulent éviter une radicalisation accrue.