Un dossier d'indemnisation entaché par des falsifications
Près de 10 000 kilomètres séparent le stade Francis-Le Blé, à Brest, du stade Soune-Seyne, à Saint-André, sur la côte est de La Réunion. Pourtant, c'est bien une photo de la toiture endommagée du stade breton, victime de la tempête Ciaran en novembre 2023, qui a été utilisée pour justifier une demande d'indemnisation à La Réunion. Cette fraude, révélée par le préfet de La Réunion, Patrice Latron, dans une lettre adressée au maire de Saint-André, Joé Bédier (divers gauche), soulève des questions sur la transparence des procédures post-cyclone.
Des anomalies flagrantes dans les déclarations
Dans sa missive datée du 18 décembre 2025, le préfet dénonce des "anomalies manifestes qui remettent en cause la sincérité des déclarations fournies". Le dossier concerné visait à obtenir des fonds du pacte d’avenir post-Garance (2025-2027), un dispositif destiné à soutenir la reconstruction après le passage du cyclone Garance le 28 février 2025. Parmi les cas litigieux, celui du stade Soune-Seyne, situé dans le quartier de Cambuston, est particulièrement emblématique.
Une affaire qui interroge la gestion des fonds publics
Cette affaire intervient dans un contexte de crise de la démocratie locale, où la confiance des citoyens envers leurs élus est déjà mise à rude épreuve. Alors que le gouvernement Lecornu II tente de restaurer la crédibilité des institutions, de telles révélations risquent de nourrir le scepticisme. Le Monde avait déjà souligné, dans un précédent article, les difficultés rencontrées par les collectivités locales pour accéder aux fonds européens, souvent freinées par des procédures administratives complexes.
La Réunion, un laboratoire des défis ultramarins
Cette affaire illustre les défis spécifiques des territoires ultramarins, souvent en première ligne face aux catastrophes naturelles. La Réunion, comme d'autres DOM-TOM, dépend fortement des subventions nationales et européennes pour sa reconstruction.
"Les territoires ultramarins doivent bénéficier d'une attention particulière, mais cela ne doit pas justifier des dérives",rappelle un rapport parlementaire de 2024 sur la gestion des fonds post-catastrophes.
Un enjeu pour la gauche locale
Joé Bédier, maire de Saint-André et figure de la divers gauche, se retrouve au cœur d'une polémique qui pourrait avoir des répercussions politiques. Alors que la gauche tente de se restructurer en vue des élections de 2027, cette affaire pourrait alimenter les critiques de l'opposition, notamment de la part de la droite et de l'extrême droite, toujours promptes à dénoncer les dysfonctionnements locaux.
Un rappel des engagements européens
Cette affaire intervient alors que l'Union européenne renforce son soutien aux territoires vulnérables. La Commission européenne a récemment annoncé un plan de 500 millions d'euros pour renforcer la résilience des Outre-mer face aux aléas climatiques. Reste à savoir si ces fonds seront mieux utilisés que ceux du pacte post-Garance.