L’Assemblée enterre le Code noir : quand la mémoire coloniale parle à travers un député

Par Mathieu Robin 28/05/2026 à 18:27
L’Assemblée enterre le Code noir : quand la mémoire coloniale parle à travers un député

L’Assemblée nationale enterre le Code noir : un député écologiste, Steevy Gustave, y fait le récit bouleversant de son héritage familial lié à l’esclavage. Un vote historique qui relance le débat sur les réparations.

L’hémicycle en larmes pour une page d’histoire refermée

Jeudi 28 mai 2026 restera comme une date symbolique dans l’histoire parlementaire française. À l’unanimité, l’Assemblée nationale a voté l’abrogation définitive des derniers textes législatifs issus du Code noir, ces ordonnances de 1685 qui avaient légalisé l’esclavage dans les colonies françaises. Un moment historique, marqué par un discours poignant du député écologiste Steevy Gustave, dont les mots ont traversé les bancs de l’hémicycle jusqu’aux cœurs des Français.

Un héritage familial au service de la République

Steevy Gustave, élu de l’Essonne, n’a pas seulement prononcé un discours politique ce jour-là. Il a offert à la Nation un témoignage bouleversant, celui d’un homme qui incarne, à travers sa propre histoire, les silences et les douleurs d’un passé colonial encore trop présent. « Je pense à mon arrière-grand-mère, Maman Bébelle », a-t-il lancé, la voix tremblante, les larmes aux yeux. « Sa mémoire a traversé ma famille. J’ai grandi avec son histoire. Elle me l’a racontée. »

Derrière ces mots se cache une filiation douloureuse : celle d’Ambroise Zerambe, né en Afrique, réduit en esclavage sous le matricule 336, avant de devenir l’ancêtre d’un député français. « Aujourd’hui, son arrière-petit-fils se tient debout devant vous, député de la République. Ceux que l’Histoire a voulu réduire au silence parlent désormais au cœur même de la République. »

Ce discours, d’une intensité rare, a rappelé à tous que l’esclavage n’est pas une page lointaine de l’histoire, mais une blessure ouverte, transmise de génération en génération. « Chaque parole que je porte à cette tribune est aussi la leur. Je suis de cet héritage. »

La France face à son miroir colonial

L’abrogation du Code noir et des textes qui en découlent n’est pas qu’un geste symbolique. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de réconciliation mémorielle, portée par une gauche déterminée à briser les tabous. Pourtant, ce vote intervient dans un contexte politique tendu, où les divisions sur la question coloniale resurgissent avec virulence.

Alors que l’extrême droite multiplie les attaques contre les travaux de mémoire, qualifiant de « repentance » toute reconnaissance des crimes passés, les écologistes, le Parti Socialiste et une partie de la majorité présidentielle ont choisi d’agir. « Regarder cette vérité en face, ce n’est pas accuser notre pays, ni parler de repentance. C’est choisir la lucidité plutôt que le silence. »

Le gouvernement Lecornu II, bien que marqué par une ligne plus conservatrice que son prédécesseur, n’a pas bloqué ce texte. Une prudence politique qui s’explique par la pression sociale et l’évolution des mentalités. Les jeunes générations, notamment issues de l’immigration, réclament une histoire plus juste, loin des mythes nationaux édulcorés.

Un texte qui divise, même au sein de la majorité

Si l’abrogation a été adoptée à l’unanimité, les débats en amont ont révélé des fractures. Certains députés macronistes, craignant un « effet boomerang », ont tenté de minimiser la portée du texte. D’autres, comme les élus de La France Insoumise, ont salué une avancée historique, tout en réclamant des mesures concrètes pour réparer les injustices passées.

« Mon métissage ne vient pas seulement de l’amour de mes parents ou de mes grands-parents. Il porte aussi la trace d’un monde où certaines femmes n’étaient pas libres. » Ces mots, prononcés par Steevy Gustave, résument l’enjeu : la République doit assumer son passé pour mieux construire son avenir.

Les associations antiracistes, comme le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN), ont salué ce vote, tout en rappelant que l’abrogation des textes ne suffit pas. « La mémoire coloniale ne se limite pas à des lois. Elle se vit au quotidien, dans les discriminations systémiques qui persistent. »

L’Europe et les outre-mer, témoins d’une histoire commune

Ce vote intervient alors que la France renforce ses liens avec ses anciennes colonies, notamment en Afrique. Une politique qui contraste avec les positions de certains pays européens, comme la Hongrie, qui refuse toute remise en question de son passé impérial. L’Allemagne, pour sa part, a déjà reconnu le génocide des Herero et des Nama, tandis que la Belgique tarde à faire de même pour le Congo.

Dans les départements d’outre-mer, où les séquelles de l’esclavage sont encore palpables, ce texte a été accueilli avec un soulagement teinté d’amertume. « Enfin, on nous entend. Mais combien de générations faudra-t-il encore attendre pour que justice soit rendue ? », s’interroge une habitante de La Réunion.

Les DOM-TOM, souvent relégués au second plan dans les débats nationaux, ont ici une place centrale.

Et demain ? Vers une loi-cadre sur les réparations ?

L’abrogation du Code noir ouvre désormais la voie à des discussions plus larges sur les réparations. Plusieurs élus, dont Steevy Gustave, ont déjà déposé des propositions pour étudier les modalités d’une indemnisation historique. Une idée qui fait bondir la droite, pour qui « la France n’a pas à payer pour les fautes de ses ancêtres ».

Pourtant, des pays comme le Brésil, qui a longtemps nié son passé esclavagiste, commencent à tourner la page. Les États-Unis, eux, débattent encore de la dette morale de l’esclavage, tandis que l’Union Européenne pousse pour une reconnaissance commune des crimes coloniaux.

En France, le débat reste vif. La gauche, unie sur ce texte, est divisée sur la suite à donner. Faut-il une loi mémorielle ? Un fonds de réparation ? Ou simplement des excuses officielles ?

Une chose est sûre : l’histoire coloniale ne sera plus jamais un sujet tabou à l’Assemblée. Et c’est peut-être là le plus grand héritage de ce vote.

Une mémoire qui dépasse les frontières

Ce jeudi 28 mai 2026 restera comme un jour où la France a enfin écouté ceux que l’Histoire avait voulu faire taire. Un jour où un député, les larmes aux yeux, a rappelé que la République ne peut se construire sur des silences.

Mais au-delà des murs de l’hémicycle, c’est toute une société qui doit désormais affronter ce passé. Car comme l’a dit Steevy Gustave : « Derrière certaines histoires familiales, il y a parfois des douleurs que les générations transmettent en silence. Cette mémoire appartient à la France entière. »

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

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Commentaires (5)

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BookWorm

il y a 12 minutes

Ce vote pose surtout la question des modalités : réparations financières, symboliques, éducatives... Mais qui va payer ? L'État ? Les communes ? Les entreprises qui en ont profité ? Personne n'a de réponse claire, et c'est ça le plus inquiétant. On va encore faire semblant d'avancer sans vraiment rien changer.

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Maïwenn Caen

il y a 39 minutes

@patrick-du-67 T'as vu les réactions des mecs qui disent 'circulez y a rien à voir' ? Genre 'ah mais c'était il y a 200 ans'... Sauf que non, les conséquences elles sont tjrs là. Au Népal ils ont fait des excuses officielles à leurs esclaves en 2014, on est où nous ??

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Patrick du 67

il y a 51 minutes

Et vous trouvez ça normal qu'en 2024 on débatte encore du Code noir comme d'un truc du passé ?! Respect aux DOM-TOM, ils se font encore niquer par l'histoire.

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datadriven

il y a 1 heure

@prophete-lucide Tu critiques mais tu réalises pas l'impact symbolique ? Ce genre de témoignages c'est ce qui fait bouger les lignes. Perso j'en ai marre des discours théoriques, des fois faut des histoires vraies pour que les gens comprennent.

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Prophète lucide

il y a 1 heure

Franchement, ce député qui raconte sa vie perso en Assemblée, c'est du pathos à l'état pur... On est dans un épisode de 'Koh-Lanta : la mémoire coloniale' !!! sa/vrmt sa sert à quoi tout ça ???

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