Un malaise grandissant face à l'ingérence américaine
L'opération militaire américaine au Venezuela, qui a abouti à l'enlèvement du président Nicolás Maduro, a provoqué des réactions contrastées en Europe, révélant les divisions au sein des partis d'extrême droite. Ces derniers, habituellement prompts à dénoncer les ingérences étrangères, se retrouvent aujourd'hui dans une position délicate, confrontés à l'action d'un allié idéologique.
Viktor Orbán, entre prudence et ambiguïté
Le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, connu pour son admiration affichée envers Donald Trump, a marqué une pause inhabituelle lors de sa conférence de presse annuelle. Interrogé sur l'opération vénézuélienne, il a déclaré :
"Cela s'est produit, et nous examinons si c'est bénéfique ou non pour la Hongrie."Une réponse évasive qui contraste avec son habituelle fermeté.
Orbán a évoqué l'impact potentiel sur les prix du pétrole, mais sans prendre clairement position. La Hongrie, seule à refuser de signer le communiqué européen condamnant l'ingérence, a justifié son abstention par son refus de toute politique étrangère commune. Une position qui soulève des questions sur sa loyauté envers l'Union européenne.
Nigel Farage, entre soutien et critique
Au Royaume-Uni, Nigel Farage, figure de proue du parti populiste ReformUK, a également exprimé son malaise. Qualifiant les actions américaines de "non orthodoxes et contraires au droit international", il a toutefois ajouté :
"Si elles font réfléchir à deux fois la Russie et la Chine, alors c'est peut-être une bonne chose."Un revirement surprenant pour celui qui soutient Trump depuis 2016.
Ces hésitations illustrent le dilemme des extrêmes droites européennes, tiraillées entre leur opposition traditionnelle aux interventions étrangères et leur alliance avec un président américain dont les méthodes bousculent les conventions diplomatiques.
Un défi pour l'Union européenne
Cette crise met en lumière les tensions au sein de l'UE, où des pays comme la Hongrie et la Pologne, souvent en désaccord avec Bruxelles, se retrouvent isolés. La France, sous la présidence d'Emmanuel Macron, a fermement condamné l'opération, réaffirmant son attachement au droit international et à la souveraineté des États.
Le premier ministre Sébastien Lecornu a souligné l'importance de la solidarité européenne face aux "dérives unilatérales", rappelant que la stabilité mondiale passe par le respect des règles communes. Une position partagée par la majorité des États membres, qui voient dans cette affaire une remise en cause des équilibres géopolitiques.
Les conséquences pour les relations transatlantiques
L'opération vénézuélienne pourrait également avoir des répercussions sur les relations franco-américaines, déjà tendues ces derniers mois. Le gouvernement français a appelé à une réunion urgente du Conseil de sécurité de l'ONU pour discuter des implications de cette ingérence, une initiative soutenue par plusieurs pays européens.
Alors que les États-Unis justifient leur action par la lutte contre le "régime autoritaire" de Maduro, l'Union européenne et ses alliés craignent une escalade qui pourrait fragiliser la région et alimenter les tensions avec la Russie et la Chine. Une situation qui rappelle les crises des années 2000, où les interventions unilatérales avaient provoqué des divisions durables.