L’extrême droite s’en prend aux enseignants : quand le RN stigmatise la pensée critique

Par Aurélie Lefebvre 02/05/2026 à 15:08
L’extrême droite s’en prend aux enseignants : quand le RN stigmatise la pensée critique

Le RN s’en prend violemment aux enseignants-chercheurs en les réduisant à des stéréotypes misogynes. Une attaque contre la pensée critique qui révèle une stratégie de division et de mépris des élites politiques.

Le Rassemblement National cible les universitaires : une stratégie de diversion aux relents misogynes

Dans un contexte politique marqué par une polarisation croissante des débats, un récent propos du Rassemblement National (RN) a suscité une onde de choc dans le milieu éducatif. Le parti d’extrême droite, par la voix de l’un de ses vice-présidents, a en effet choisi de s’attaquer publiquement à des enseignants-chercheurs de sociologie, les associant à des stéréotypes désuets et profondément discriminatoires. Ces attaques, loin d’être anodines, s’inscrivent dans une logique plus large de dénigrement systématique des intellectuels et des sciences sociales, perçues comme des obstacles à l’hégémonie idéologique du parti.

Des propos à l’emporte-pièce, une cible bien choisie

Les universités françaises, et particulièrement celles de Nanterre, ont toujours été des lieux de contestation des normes dominantes. En évoquant ce site emblématique, le RN ne se contente pas de viser des individus : il s’en prend à l’ensemble de la pensée critique qui y est enseignée. Les termes employés – évoquant des « vieilles filles revêches », des professeurs « moches, aigris et mal coiffés » – ne sont pas le fruit du hasard. Ils révèlent une stratégie délibérée de mépris, où la sphère intellectuelle est réduite à une caricature sociale.

« En s’attaquant aux sociologues, c’est toute une discipline qui est visée, celle qui analyse les rapports de pouvoir et les inégalités structurelles »

Cette rhétorique n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une tradition où l’extrême droite, soucieuse de légitimer son discours, cherche à discréditer les experts et les chercheurs dont les travaux dérangent. En qualifiant les enseignants de « ratés », le RN ne se contente pas de proférer une insulte : il remet en cause la légitimité même de l’éducation supérieure et de son rôle dans la formation des citoyens.

Un double discours sur les classes populaires

Cette attaque intervient dans un contexte particulièrement sensible pour le RN. En effet, la récente révélation de la relation du président du parti avec une aristocrate a mis en lumière un décalage flagrant entre le discours du parti et la réalité de ses dirigeants. Comment justifier, en effet, que Jordan Bardella, qui incarne une image de proximité avec les classes populaires, puisse épouser une femme issue de l’aristocratie sans que cela ne choque une partie de son électorat ?

Le vice-président du RN a alors tenté de sauver les apparences en expliquant, de manière tout aussi déplacée, que son leader ne pouvait pas « épouser une caissière de Drancy ». Cette phrase, lourde de mépris de classe, a été immédiatement reprise par les opposants du parti pour révéler le double discours du RN : d’un côté, un discours populiste promettant de défendre les « oubliés » ; de l’autre, une réalité où les élites du parti méprisent ouvertement les classes populaires.

En ciblant les enseignants, le RN cherche ainsi à détourner l’attention d’un scandale de légitimité politique. En les présentant comme des « ratés », le parti tente de discréditer toute opposition intellectuelle, tout en masquant l’hypocrisie de ses propres dirigeants.

Une stratégie dangereuse pour la démocratie

Cette offensive contre les universitaires n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une tendance plus large de remise en cause des contre-pouvoirs, qu’ils soient médiatiques, juridiques ou académiques. En s’attaquant à la sociologie, discipline qui analyse les mécanismes de domination, le RN ne fait pas que critiquer une matière : il nie la possibilité même d’une réflexion critique sur les inégalités sociales.

Cette stratégie rappelle celle observée dans d’autres pays où l’extrême droite est au pouvoir, comme en Hongrie ou en Turquie, où les universités sont progressivement vidées de leur substance critique. En France, où l’enseignement supérieur est déjà sous-financé, cette rhétorique pourrait préparer le terrain à des réformes encore plus restrictives, visant à museler les voix dissidentes.

Face à cette offensive, les réactions des syndicats étudiants et des associations de défense des droits humains ne se sont pas fait attendre. Nombreux sont ceux qui y voient une menace directe contre la liberté académique et un signe avant-coureur d’une dérive autoritaire.

Le RN et la guerre culturelle : une stratégie de division

Le choix de cette cible n’est pas le fruit du hasard. Il s’agit d’une guerre culturelle que le RN mène depuis des années, visant à remplacer les valeurs de solidarité et de progrès par un discours nationaliste et réactionnaire. En s’attaquant aux enseignants, le parti s’attaque à l’un des piliers de la République : l’éducation publique, gratuite et émancipatrice.

Cette stratégie n’est pas sans rappeler les discours des années 1930, où les intellectuels étaient systématiquement diabolisés par les régimes autoritaires. En ciblant les sociologues, le RN ne fait pas que mépriser une discipline : il rejette toute idée de progrès social et prépare le terrain pour une société où la pensée critique serait réduite au silence.

Dans un pays où l’enseignement supérieur reste l’un des derniers remparts contre les discours de haine, cette offensive du RN doit être comprise comme une attaque frontale contre les valeurs républicaines.

Un contexte politique explosif

Alors que le gouvernement Lecornu II tente de maintenir une fragile stabilité politique, les tensions avec les oppositions de gauche comme de droite se sont considérablement accrues. Le RN, en tête des intentions de vote pour les prochaines élections, voit dans cette attaque contre les universitaires un moyen de consolider son image de parti anti-système, tout en discréditant ses adversaires.

Pourtant, cette stratégie pourrait bien se retourner contre lui. En ciblant des enseignants, le parti s’aliène une partie de la jeunesse, qui voit dans l’éducation un moyen d’émancipation. Les mobilisations étudiantes contre la réforme des retraites, encore vives en cette année 2026, pourraient ainsi se transformer en un mouvement plus large de défense des valeurs républicaines.

Conclusion : un enjeu de société

L’attaque du RN contre les enseignants-chercheurs de sociologie n’est pas qu’un simple dérapage verbal. Elle s’inscrit dans une stratégie politique plus large, visant à discréditer toute forme de pensée critique et à imposer un modèle autoritaire. Face à cette offensive, la société civile, les universitaires et les citoyens doivent rester vigilants. Car c’est bien de la démocratie elle-même dont il est question.

À propos de l'auteur

Aurélie Lefebvre

Lassée de ne pas avoirs d'informations fiables sur la politique française, j'ai décidé de créer avec Mathieu politique-france.info ! Je m'y consacre désormais à plein temps, pour vous narrer les grands faits politique du pays et d'ailleurs. Je lis aussi avec plaisir les articles de politique locale que VOUS écrivez :)

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Commentaires (2)

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Izarra

il y a 38 minutes

Le RN qui pleurniche contre la pensée critique... ironie de l'histoire ou humour involontaire ?

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C

Cigogne Sage

il y a 1 heure

Non mais sérieuxxx ??? C'est quoi cette attaque de merde contre les enseignants ??? Eux ils font leur taf en mode 24/24 et on les traite de parasites ??? jsp pk on arrive plus a avoir un débat sain dans ce pays... mdra !!!

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