Un lynchage politique rare dans l'histoire française
La mort de Quentin Deranque, militant identitaire agressé dans les rues de Lyon, relance le débat sur la montée des violences politiques en France. L'historien Jean Garrigues, invité de La Matinale, analyse cette affaire comme un symptôme d'une brutalisation extrême de la vie politique.
Une violence inédite dans le paysage politique
Pour Jean Garrigues, président de la Commission internationale d'histoire des Assemblées, le cas de Quentin Deranque se distingue par son caractère exceptionnellement violent. Une demi-douzaine de personnes s'acharnant sur une seule, c'est extrêmement rare dans notre histoire politique
, souligne-t-il. Bien que les affrontements entre groupuscules d'extrême gauche et d'extrême droite ne soient pas nouveaux, cette forme de lynchage individuel marque une escalade inquiétante.
Un terreau propice à Lyon
Lyon, ville historiquement marquée par des tensions politiques, est devenue un foyer de confrontations entre ultra-gauche et ultra-droite. Garrigues rappelle que ces violences remontent à la fin du XIXe siècle, mais insiste sur la novelty du phénomène actuel. La brutalité exercée sur un individu isolé reste exceptionnelle
, souligne-t-il, en référence aux émeutes du 6 février 1934, où 15 personnes avaient trouvé la mort.
Comparaisons internationales et normalisation des discours
La situation française s'inscrit dans un contexte européen plus large. En Allemagne, par exemple, l'extrême droite radicale, représentée par l'AFD, a réussi à absorber des groupuscules violents. En Espagne, un parti d'extrême gauche a également intégré des mouvements radicaux. Garrigues alerte sur la normalisation des discours conflictuels, notamment ceux de la France insoumise, qui pourraient encourager ces violences.
La question de l'encadrement politique
L'historien s'interroge sur l'avenir de ces groupuscules. Finissent-ils par s'intégrer à de grands partis, ou fonctionnent-ils de manière autonome ?
Dans les années 1960, des jeunes trotskistes violents avaient rejoint le Parti socialiste, mais cette porosité semble aujourd'hui moins évidente. Du côté du Rassemblement national, des liens ont été établis avec des mouvements radicaux comme les skinheads ou le GUD.
Un climat de tension généralisée
Au-delà des affrontements entre groupuscules, Garrigues souligne une atmosphère générale de tension. Le nombre d'élus molestés ou attaqués, y compris des maires, illustre ce climat conflictuel. Certains discours, comme ceux de la France insoumise, libèrent les pulsions de certaines personnes violentes
, ajoute-t-il, en référence à la diffusion d'un discours de conflictualisation.
Un phénomène européen
La France n'est pas un cas isolé. En Allemagne, l'est du pays est devenu un terreau favorable à l'extrême droite et à l'extrême gauche. Récemment, un procès concernait un groupe appelé Antifa Ost, surnommé le groupe aux marteaux
, pour ses attaques contre l'extrême droite. Ces phénomènes soulignent une montée des tensions politiques en Europe.