La gauche en alerte : le gouvernement Macron menacerait-il nos acquis sociaux ?
Alors que les débats sur le pouvoir d’achat et les droits des travailleurs s’intensifient dans un contexte économique toujours plus tendu, Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, met en garde contre une offensive silencieuse de l’exécutif contre les jours fériés. Dans une déclaration tonitruante, l’élu des Bouches-du-Rhône dénonce une stratégie délibérée de la « macronie » pour rogner les acquis sociaux, au premier rang desquels le 1er Mai, symbole historique du combat syndical et de la protection des travailleurs.
Interrogé sur l’éventualité d’instaurer un nouveau jour férié dédié à la Journée internationale des droits des femmes – une proposition portée par plusieurs associations et une partie de la gauche –, le député LFI se montre ouvert à cette avancée symbolique. « Pourquoi pas ? », a-t-il répondu lors d’un entretien, tout en soulignant l’urgence de sauvegarder les jours fériés existants, aujourd’hui dans le collimateur du pouvoir en place. Une prise de position qui s’inscrit dans un rapport de force de plus en plus tendu entre l’Élysée et les forces sociales, alors que les négociations sur les retraites et les conditions de travail s’enlisent.
Le 1er Mai, un symbole dans la ligne de mire du gouvernement ?
Les craintes de Bompard ne sont pas infondées. Depuis plusieurs mois, des rumeurs circulent au sein des cercles gouvernementaux sur une possible réforme des jours fériés, présentée sous couvert de modernisation du calendrier professionnel. Des sources proches de Matignon évoquent même une réduction du nombre de jours chômés, au motif de « fluidifier l’économie » – une rhétorique que les syndicats qualifient de « attaque frontale contre les droits sociaux ».
Le 1er Mai, en particulier, cristallise les tensions. Ce jour, héritier des luttes ouvrières du XIXe siècle, est protégé par une loi de 1947 qui en garantit le caractère chômé et payé. Pourtant, certains économistes libéraux, proches du pouvoir, plaident pour une flexibilisation du temps de travail, arguant que le maintien de ces jours fériés pèse sur la compétitivité française. Une argumentation que les défenseurs des droits sociaux jugent « cynique », alors que le gouvernement multiplie les cadeaux fiscaux aux grandes entreprises.
« La macronie ne s’attaque pas seulement aux retraites ou aux salaires. Aujourd’hui, c’est un pan entier de notre histoire sociale qu’elle menace. Le 1er Mai n’est pas qu’un jour de repos : c’est un symbole de résistance. »
Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise
Entre symboles et réalités économiques : le grand écart de la gauche
Si la proposition d’un 8 mars chômé séduit une partie de la gauche, notamment les féministes et les écologistes, elle divise aussi. Certains y voient une manœuvre politique pour détourner l’attention des attaques contre les services publics, tandis que d’autres saluent une avancée concrète pour les droits des femmes. Clémentine Autain, députée NUPES de Seine-Saint-Denis, a ainsi déclaré : « Un jour férié le 8 mars serait un message fort, mais il ne suffira pas. Il faut aussi des mesures budgétaires contraignantes pour l’égalité réelle ».
Du côté du Parti socialiste, on se montre plus réservé. Si le PS a toujours défendu les droits des travailleurs, certains de ses membres craignent qu’une telle réforme ne soit instrumentalisée par l’exécutif pour justifier ensuite des coupes dans les budgets sociaux. Olivier Faure, premier secrétaire, a ainsi appelé à la prudence : « Avant d’envisager de nouveaux jours fériés, il faut d’abord garantir l’application des droits existants. La priorité, c’est de stopper les reculs ».
Cette prudence s’explique aussi par le contexte politique explosif. Avec la montée des tensions sociales – grèves dans les transports, manifestations contre la réforme des retraites, et colère dans les hôpitaux publics –, le gouvernement Lecornu II semble pris entre deux feux. D’un côté, une droite libérale impatiente de démanteler les protections sociales ; de l’autre, une gauche unie, mais divisée sur les méthodes pour y répondre.
La macronie, entre modernisation et reculs sociaux
Pour comprendre la stratégie du pouvoir, il faut revenir aux annonces récentes du ministre du Travail, Rachida Dati. Lors d’un déplacement à Lyon, celle-ci a évoqué la nécessité de « repenser notre rapport au travail », sans plus de précisions. Mais dans les couloirs de Bercy, on murmure que l’exécutif étudie plusieurs pistes : réduire le nombre de jours fériés, les régionaliser, ou encore les remplacer par des RTT.
Une telle réforme, si elle était engagée, s’inscrirait dans une logique plus large de démantèlement des protections sociales, déjà amorcée avec la réforme des retraites de 2023 et les lois « pouvoir d’achat » favorisant les entreprises au détriment des salariés. Pour les syndicats, il s’agirait d’une nouvelle étape dans la casse du modèle social français, déjà malmené par des décennies de politiques néolibérales.
Laurent Berger, ancien secrétaire général de la CFDT, a tiré la sonnette d’alarme : « On ne touche pas aux jours fériés sans toucher aux droits fondamentaux. C’est une ligne rouge. Si le gouvernement passe à l’acte, la mobilisation sera massive. »
Un enjeu européen et international
La France n’est pas un cas isolé. En Europe, plusieurs pays ont réduit leurs jours fériés ces dernières années, sous la pression des lobbies économiques. L’Espagne, par exemple, a supprimé certains ponts en 2021, tandis que l’Italie a vu ses gouvernements successifs rogner sur les acquis sociaux. À l’inverse, des pays comme le Portugal ou les pays nordiques ont renforcé la protection des travailleurs, avec des résultats économiques et sociaux bien supérieurs à ceux de la France.
Dans ce contexte, la position de La France insoumise s’inscrit aussi dans une défense du modèle social européen, contre les dérives libérales qui menacent l’équilibre des sociétés. Pour Bompard, il est urgent de constituer un front commun avec les autres forces progressistes du continent pour protéger les droits des travailleurs, avant que l’UE ne bascule définitivement dans une logique de concurrence sociale à outrance.
« La macronie joue avec le feu, a-t-il conclu. Si elle persiste dans cette voie, elle risque de réveiller une colère sociale que plus personne ne pourra contrôler. »
Les jours fériés en France : un patrimoine à défendre
La France compte aujourd’hui 11 jours fériés par an, dont certains, comme Noël ou l’Assomption, ont une origine religieuse. D’autres, en revanche, sont profondément ancrés dans l’histoire sociale du pays : le 1er Mai, mais aussi le 8 Mai (victoire de 1945), le 11 Novembre (armistice de 1918), ou encore le 14 Juillet (Fête nationale).
Chaque jour férié est le fruit de luttes, de grèves, et de compromis sociaux. Le 1er Mai, par exemple, a été officialisé en 1947 après des décennies de répression des mouvements ouvriers. Le 8 Mai, quant à lui, commémore la fin de la Seconde Guerre mondiale et la victoire contre le fascisme – un symbole que certains partis d’extrême droite aimeraient voir disparaître du calendrier.
Pour les défenseurs des droits sociaux, ces jours ne sont pas negotiables. Ils représentent le temps nécessaire pour se reposer, pour militer, pour vivre. Les supprimer ou les réduire reviendrait à « déclarer la guerre aux classes populaires », selon les mots de Bompard.
Que dit la loi ?
Le code du travail français (article L. 3133-1) stipule que les jours fériés légaux sont chômés et payés pour les salariés. Seuls le 1er Mai et les jours de Noël et du Nouvel An sont obligatoirement chômés pour tous les salariés, les autres jours fériés ne s’imposant qu’aux établissements qui les célèbrent traditionnellement (comme l’Assomption dans certaines régions catholiques).
Mais cette protection juridique est fragile. Une simple loi pourrait, en théorie, réduire le nombre de jours fériés ou les régionaliser. C’est ce qui explique l’inquiétude des syndicats, qui voient dans les rumeurs gouvernementales un précédent dangereux.
Et demain ?
Si le gouvernement venait à s’attaquer aux jours fériés, la riposte serait immédiate. Les syndicats, déjà mobilisés contre la réforme des retraites, n’hésiteraient pas à appeler à une grève générale. La gauche, de son côté, tenterait de fédérer autour d’un projet de loi pour inscrire dans la Constitution la protection des jours fériés – une proposition qui, si elle était adoptée, donnerait un caractère intangible à ces acquis.
Pour l’heure, le débat reste ouvert. Mais une chose est sûre : la défense des jours fériés est devenue un enjeu central du combat social en France. Entre résistance et modernisation, le gouvernement devra choisir son camp. Et les travailleurs, eux, ne lâcheront rien.