Une ascension médiatique calculée
Le 5 mai 2002, alors que Jean-Marie Le Pen essuie une défaite cuisante face à Jacques Chirac, sa fille Marine affiche une assurance déconcertante sur le plateau de France 3. À 33 ans, cette conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais, propulsée par les médias, incarne déjà une stratégie politique bien huilée. Son discours, teinté de mauvaise foi et de formules définitives, marque les esprits : « Jean-Marie Le Pen est à la tête du premier mouvement de France. » Une déclaration qui résonne comme un défi, alors que le FN peine à se remettre de son échec.
Une bête de télé en devenir
Deux semaines plus tard, sur France 2, Marine Le Pen se distingue par son agressivité calculée. Face à Jean-Luc Mélenchon, elle joue la provocatrice, semant le chaos sur le plateau. Une tactique qui révèle une maîtrise précoce des codes médiatiques. « Une enfant qui sème la zizanie dans la classe et qui prend l'air innocent », résume un observateur. Cette stratégie paye : la benjamine du clan Le Pen gagne en notoriété, malgré une défaite aux législatives de 2002.
Le masque de la victime
Pour consolider son image, Marine Le Pen adopte un nouveau registre : celui de la victime. Dans une autobiographie publiée en 2006, elle évoque les humiliations subies à l'école, imputées aux « professeurs militants ». Une rhétorique qui sert son objectif de dédiabolisation du FN, tout en cultivant un sentiment de persécution. « Si quelqu'un peut parler d'exclusion, c'est moi », affirme-t-elle, mêlant autobiographie et calcul politique.
Une machine médiatique
Dès 2004, Jean-Marie Le Pen lui-même reconnaît : « Marine, ce sont les médias qui l'ont faite. » Une phrase qui résume une ascension construite autour des plateaux télévisés. Entre agressivité, victimisation et adaptation permanente, Marine Le Pen a su façonner une image à géométrie variable, au service d'une stratégie politique toujours plus ambitieuse.
Un héritage contesté
Au sein du FN, son ascension suscite des tensions, notamment avec Bruno Gollnisch, qui voit d'un mauvais œil cette concurrence. Mais la machine est lancée. Aujourd'hui, alors qu'elle est jugée en appel dans l'affaire des emplois fictifs du FN, Marine Le Pen incarne une droite radicale en pleine mutation, entre héritage paternel et modernisation forcée.