Marine Le Pen : du clone de son père à la stratégie de dédiabolisation

Par Anadiplose 17/01/2026 à 09:11
Marine Le Pen : du clone de son père à la stratégie de dédiabolisation

Marine Le Pen, de l'ombre de son père à la dédiabolisation du FN : retour sur une ascension médiatique calculée et controversée.

Une ascension médiatique calculée

Le 5 mai 2002, alors que Jean-Marie Le Pen essuie une défaite cuisante face à Jacques Chirac, sa fille Marine affiche une assurance déconcertante sur le plateau de France 3. À 33 ans, cette conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais, propulsée par les médias, incarne déjà une stratégie politique bien huilée. Son discours, teinté de mauvaise foi et de formules définitives, marque les esprits : « Jean-Marie Le Pen est à la tête du premier mouvement de France. » Une déclaration qui résonne comme un défi, alors que le FN peine à se remettre de son échec.

Une bête de télé en devenir

Deux semaines plus tard, sur France 2, Marine Le Pen se distingue par son agressivité calculée. Face à Jean-Luc Mélenchon, elle joue la provocatrice, semant le chaos sur le plateau. Une tactique qui révèle une maîtrise précoce des codes médiatiques. « Une enfant qui sème la zizanie dans la classe et qui prend l'air innocent », résume un observateur. Cette stratégie paye : la benjamine du clan Le Pen gagne en notoriété, malgré une défaite aux législatives de 2002.

Le masque de la victime

Pour consolider son image, Marine Le Pen adopte un nouveau registre : celui de la victime. Dans une autobiographie publiée en 2006, elle évoque les humiliations subies à l'école, imputées aux « professeurs militants ». Une rhétorique qui sert son objectif de dédiabolisation du FN, tout en cultivant un sentiment de persécution. « Si quelqu'un peut parler d'exclusion, c'est moi », affirme-t-elle, mêlant autobiographie et calcul politique.

Une machine médiatique

Dès 2004, Jean-Marie Le Pen lui-même reconnaît : « Marine, ce sont les médias qui l'ont faite. » Une phrase qui résume une ascension construite autour des plateaux télévisés. Entre agressivité, victimisation et adaptation permanente, Marine Le Pen a su façonner une image à géométrie variable, au service d'une stratégie politique toujours plus ambitieuse.

Un héritage contesté

Au sein du FN, son ascension suscite des tensions, notamment avec Bruno Gollnisch, qui voit d'un mauvais œil cette concurrence. Mais la machine est lancée. Aujourd'hui, alors qu'elle est jugée en appel dans l'affaire des emplois fictifs du FN, Marine Le Pen incarne une droite radicale en pleine mutation, entre héritage paternel et modernisation forcée.

À propos de l'auteur

Anadiplose

J'en ai assez du journalisme tiède qui ménage la chèvre et le chou. Pendant des années, j'ai regardé mes confrères s'autocensurer par peur de déplaire aux annonceurs ou aux politiques. J'ai décidé d'écrire ce que je pense vraiment, sans filtre. La concentration des médias aux mains de quelques milliardaires me révolte. La précarisation de ma profession me met en colère. Mais c'est précisément cette colère qui me pousse à continuer. Chaque article est un acte de résistance contre la pensée unique

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Commentaires (11)

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W

WebSurfer

il y a 1 mois

Bof, au final, peu importe. Les politiques, c'est tous des menteurs. Elle, au moins, elle assume ses positions. Les autres, ils font semblant...

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C

Cynique bienveillant

il y a 1 mois

Le plus drôle, c'est que les médias jouent le jeu en parlant de 'dédiabolisation' comme si c'était une stratégie neutre. Comme si on pouvait laver un parti de ses idées...

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M

Mortimer

il y a 1 mois

Le problème, c'est que l'histoire montre que ces partis finissent toujours par révéler leur vrai visage. La dédiabolisation est souvent temporaire.

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A

ACE 55

il y a 1 mois

Perso, je trouve qu'elle a fait un bon boulot. Elle a su attirer des électeurs qui n'auraient jamais voté pour son père. Et vous, vous votez pour qui du coup ?

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A

Abraracourcix

il y a 1 mois

@ace-55 Tu as raison sur le côté attractif, mais est-ce que ça vaut le coup de voter pour un parti qui a encore des relents d'extrême droite ? Franchement, j'hésite...

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Elizondo

il y a 1 mois

Comparé à d'autres partis d'extrême droite en Europe, le RN a effectivement réussi à se 'lisser' plus vite. Mais est-ce durable ?

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R

Roscoff

il y a 1 mois

En Allemagne, l'AfD a aussi tenté une dédiabolisation, avec moins de succès. La France a peut-être un terrain plus favorable ?

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B

BookWorm

il y a 1 mois

Intéressant de voir comment elle a réussi à normaliser le discours du FN en évitant les provocations de son père. Mais est-ce que ça change vraiment le fond ?

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Z

Zénith

il y a 1 mois

La dédiabolisation, c'est juste un vernis pour cacher les mêmes idées pourries.

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R

Reminiscence

il y a 1 mois

@zenith Exactement, c'est du marketing politique basique. On change le packaging, pas le produit.

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C

Cigogne Sage

il y a 1 mois

Nooooon mais sérieux ??? Elle a vraiment réussi à faire croire qu'elle était 'présentable' ??? Franchement, jsp comment les gens peuvent tomber dans le panneau...

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