Un procès historique pour l’extrême droite française
La cour d’appel de Paris a entamé, ce mardi 20 janvier 2026, l’interrogatoire de Marine Le Pen dans le cadre du procès des assistants parlementaires du Rassemblement national (RN). Ce procès, qui pourrait bien sceller son avenir politique, intervient alors que l’extrême droite française connaît un essor sans précédent, avec 120 députés RN à l’Assemblée nationale.
Des accusations lourdes et des enjeux politiques majeurs
Marine Le Pen, figure emblématique de l’extrême droite française, est accusée d’avoir détourné des fonds européens entre 2004 et 2016 pour financer des salariés du parti, alors en difficulté financière. La justice lui reproche d’avoir utilisé des assistants parlementaires pour des tâches partisanes, une pratique qui aurait causé un préjudice de 3,2 millions d’euros au Parlement européen.
"Je note que sur toute cette période de dix ans, le Parlement européen ne nous a jamais ni conseillé ni reproché d’avoir eu des assistants qui manifestement travaillaient avec plusieurs députés et cette connaissance était portée, à mon avis, à l’information du Parlement européen", a déclaré Marine Le Pen à la barre.
Cette défense, centrée sur l’absence de reproches explicites de la part des institutions européennes, contraste avec les conclusions du tribunal correctionnel de Paris, qui avait condamné la dirigeante frontiste à cinq ans d’inéligibilité en mars 2025. Une peine qui, si elle est confirmée, l’empêcherait de se présenter à l’élection présidentielle de 2027.
Un parti en pleine ascension, mais des pratiques contestées
Alors que le RN présente un visage rénové avec Jordan Bardella, le procès rappelle les pratiques opaques des années de vaches maigres du parti. Julien Odoul, député de l’Yonne et ancien assistant parlementaire, a été interrogé mardi sur la réalité de son emploi. Il a admis n’avoir eu que douze communications avec son employeur théorique, l’eurodéputée Mylène Troszczynski, et avoir en réalité travaillé pour Marine Le Pen.
"Je n’ai pas travaillé pour Mylène Troszczynski car elle ne me donnait pas de travail", a-t-il déclaré, soulignant le manque d’organisation du parti à l’époque. Ces révélations alimentent les critiques sur la gestion financière du RN, alors que le parti se présente comme une alternative crédible au pouvoir en place.
Un enjeu démocratique et européen
Ce procès intervient dans un contexte politique tendu, marqué par la montée des populismes en Europe et les tensions entre la France et ses partenaires européens. La défense de Marine Le Pen, qui met en avant l’absence de sanctions du Parlement européen, interroge sur la vigilance des institutions face aux dérives des partis politiques.
Pour la gauche française, ce procès est l’occasion de rappeler les dangers d’une extrême droite qui, malgré ses succès électoraux, reste entachée par des pratiques contestables. Alors que le gouvernement Lecornu II tente de stabiliser le pays face à une crise économique persistante, l’affaire des assistants parlementaires pourrait bien devenir un symbole de la lutte contre les dérives autoritaires.
La décision de la cour d’appel, attendue dans les prochains mois, pourrait bien redessiner le paysage politique français, ouvrant la voie soit à une nouvelle candidature de Marine Le Pen, soit à l’ascension définitive de Jordan Bardella.