Un ancien légionnaire en mission d'éducation
Dans un centre de supervision urbaine du 3e arrondissement de Marseille, Kevin Le Derff, policier municipal de 39 ans, s'adresse à une classe de lycéens en formation sécurité. Son uniforme bleu de gabardine tranche avec l'atmosphère studieuse de la salle, où flotte une odeur de panettone et de déodorant. Sous son crâne rasé et son tatouage de scorpion, l'ancien militaire affiche une autorité naturelle, mais son discours est avant tout pédagogique.
La lutte contre les drogues, un enjeu de société
Armé d'une bouteille de protoxyde d'azote, Le Derff explique les dangers de ce gaz hilarant qui sévit dans les cités marseillaises. « Je suis comme vous sous mon uniforme, moi aussi j'ai fait des conneries. » lance-t-il, brisant la glace. Les lycéens, futurs professionnels du maintien de l'ordre, écoutent attentivement. Le policier municipal détaille les circuits de vente sur Snapchat, où des bonbonnes customisées aux couleurs de GTA ou de Marseille circulent librement.
Un engagement politique dans un contexte de crise
Kevin Le Derff a quitté la brigade de tranquillité publique, lassé des méthodes « cow-boy » qu'il avait déjà connues dans l'armée. « La violence, les armes qu'on dégaine vite, le tir dans le tas… » confie-t-il, évoquant ses années passées en Afghanistan, au Mali et en République centrafricaine. Son parcours reflète les tensions actuelles dans les services de sécurité, où les effectifs manquent et les moyens sont insuffisants.
La police municipale, un maillon essentiel sous-estimé
Dans un contexte de crise des services publics, les policiers municipaux jouent un rôle clé.
« J'avais envie de servir autrement »,explique Le Derff, soulignant l'importance d'une approche préventive plutôt que répressive. Son témoignage intervient alors que le gouvernement Lecornu II tente de rassurer sur la sécurité, malgré les critiques de l'opposition de gauche, qui dénonce un manque d'investissements structurels.
Marseille, laboratoire des politiques de sécurité
La ville phocéenne, souvent présentée comme un symbole des difficultés des politiques publiques, incarne aussi des solutions innovantes. Les interventions de Le Derff illustrent une volonté de dialogue avec les jeunes, dans une ville où les tensions communautaires et les trafics en tout genre minent le quotidien. « On ne peut pas régler ces problèmes par la force seule », insiste-t-il, rejoignant ainsi les appels à une approche plus sociale de la sécurité.
Un appel à la réforme des services publics
Alors que le débat sur l'efficacité des forces de l'ordre s'intensifie, le témoignage de Kevin Le Derff rappelle l'urgence d'une refonte des politiques publiques. « On a besoin de moyens, mais aussi de reconnaissance », déclare-t-il, pointant du doigt les lacunes d'un système qui repose trop souvent sur l'engagement individuel des agents. Dans un pays où la défiance envers les institutions ne cesse de croître, son expérience montre que la proximité et l'écoute restent des atouts majeurs.