Marseille en première ligne : un policier municipal brise le silence sur la crise des services publics

Par Anachronisme 21/02/2026 à 16:12
Marseille en première ligne : un policier municipal brise le silence sur la crise des services publics
Photo par Chelms Varthoumlien sur Unsplash

Un policier municipal marseillais révèle les défis des services publics face à la crise sécuritaire. Témoignage exclusif sur la lutte contre les drogues et l'urgence d'une réforme.

Un ancien légionnaire en mission d'éducation

Dans un centre de supervision urbaine du 3e arrondissement de Marseille, Kevin Le Derff, policier municipal de 39 ans, s'adresse à une classe de lycéens en formation sécurité. Son uniforme bleu de gabardine tranche avec l'atmosphère studieuse de la salle, où flotte une odeur de panettone et de déodorant. Sous son crâne rasé et son tatouage de scorpion, l'ancien militaire affiche une autorité naturelle, mais son discours est avant tout pédagogique.

La lutte contre les drogues, un enjeu de société

Armé d'une bouteille de protoxyde d'azote, Le Derff explique les dangers de ce gaz hilarant qui sévit dans les cités marseillaises. « Je suis comme vous sous mon uniforme, moi aussi j'ai fait des conneries. » lance-t-il, brisant la glace. Les lycéens, futurs professionnels du maintien de l'ordre, écoutent attentivement. Le policier municipal détaille les circuits de vente sur Snapchat, où des bonbonnes customisées aux couleurs de GTA ou de Marseille circulent librement.

Un engagement politique dans un contexte de crise

Kevin Le Derff a quitté la brigade de tranquillité publique, lassé des méthodes « cow-boy » qu'il avait déjà connues dans l'armée. « La violence, les armes qu'on dégaine vite, le tir dans le tas… » confie-t-il, évoquant ses années passées en Afghanistan, au Mali et en République centrafricaine. Son parcours reflète les tensions actuelles dans les services de sécurité, où les effectifs manquent et les moyens sont insuffisants.

La police municipale, un maillon essentiel sous-estimé

Dans un contexte de crise des services publics, les policiers municipaux jouent un rôle clé.

« J'avais envie de servir autrement »,
explique Le Derff, soulignant l'importance d'une approche préventive plutôt que répressive. Son témoignage intervient alors que le gouvernement Lecornu II tente de rassurer sur la sécurité, malgré les critiques de l'opposition de gauche, qui dénonce un manque d'investissements structurels.

Marseille, laboratoire des politiques de sécurité

La ville phocéenne, souvent présentée comme un symbole des difficultés des politiques publiques, incarne aussi des solutions innovantes. Les interventions de Le Derff illustrent une volonté de dialogue avec les jeunes, dans une ville où les tensions communautaires et les trafics en tout genre minent le quotidien. « On ne peut pas régler ces problèmes par la force seule », insiste-t-il, rejoignant ainsi les appels à une approche plus sociale de la sécurité.

Un appel à la réforme des services publics

Alors que le débat sur l'efficacité des forces de l'ordre s'intensifie, le témoignage de Kevin Le Derff rappelle l'urgence d'une refonte des politiques publiques. « On a besoin de moyens, mais aussi de reconnaissance », déclare-t-il, pointant du doigt les lacunes d'un système qui repose trop souvent sur l'engagement individuel des agents. Dans un pays où la défiance envers les institutions ne cesse de croître, son expérience montre que la proximité et l'écoute restent des atouts majeurs.

À propos de l'auteur

Anachronisme

On nous vend une modernité qui n'est qu'un retour en arrière déguisé. Destruction des services publics, casse du Code du travail, démantèlement de la Sécurité sociale : tout ce que nos grands-parents ont construit est méthodiquement détruit au nom du "progrès". Je refuse cette arnaque. Mon travail consiste à rappeler d'où nous venons pour comprendre où on nous emmène. Et croyez-moi, la destination ne me plaît pas. Je continuerai à documenter ce hold-up démocratique tant que ce sera possible.

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Commentaires (9)

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Ophélie

il y a 3 jours

Ptdr mais genre... ils osent même pas dire le nom des quartiers en question ??? Franchement, c'est pathétique...

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Épistémè

il y a 3 jours

Un policier qui parle ? Enfin. Mais ça changera rien. Le système est pourri.

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Loïc-29

il y a 3 jours

Comparaison internationale : à Barcelone, ils ont mis en place des équipes mixtes police/social. Résultat : baisse des tensions. Pourquoi la France refuse-t-elle toujours d'adapter ses modèles ?

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StoneAge24

il y a 3 jours

@loic-29 Parce que chez nous, le social c'est bon pour les discours d'inauguration. Après, c'est chacun pour sa gueule. Bref, on est en France, pas en Suède.

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Orphée

il y a 3 jours

Intéressant de voir comment le gouvernement évite de parler des quartiers nord. C'est toujours la même stratégie : on pointe du doigt les municipalités pour ne pas avoir à agir au niveau national.

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Etchecopar

il y a 3 jours

Nooooon mais sérieux ??? Ils savent même pas gérer un quartier et ils veulent gérer la France ??? LOL

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Diogène

il y a 3 jours

La police municipale en première ligne ? Non, en première ligne c'est les habitants qui subissent. Les politiques, eux, sont en première ligne... des retraites dorées.

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Mortimer

il y a 3 jours

Ce témoignage confirme ce que les rapports de la Cour des Comptes dénoncent depuis des années : le manque de moyens structurels dans les services publics. La question n'est pas seulement budgétaire, mais aussi organisationnelle. Marseille est le symptôme d'un mal plus profond.

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Hortense du 38

il y a 3 jours

@mortimer Exact, mais on peut pas tout mettre sur le dos des élus locaux. L'État doit assumer sa part de responsabilité. Et franchement, les promesses de réforme, on les entend depuis 20 ans...

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