Mayotte : le scandale des eaux empoisonnées, un système de corruption à ciel ouvert

Par Mathieu Robin 18/01/2026 à 16:12
Mayotte : le scandale des eaux empoisonnées, un système de corruption à ciel ouvert

Mayotte : le procès des dérives du Syndicat des eaux révèle un système de corruption généralisée. Favoritisme, détournements, marchés truqués…

Un procès qui éclabousse la démocratie locale

Le procès du Syndicat intercommunal des eaux de Mayotte (Sieam), qui s'ouvre ce lundi 19 janvier au tribunal correctionnel de Paris, pourrait bien devenir un symbole des dérives systémiques qui minent les institutions locales en France. Dans un territoire où l'eau potable est une denrée précieuse, les accusations de favoritisme, de détournements de fonds publics et de marchés truqués révèlent une corruption endémique, alimentée par un laxisme politique qui profite aux réseaux clientélistes.

Des pratiques qui défient la transparence

Les faits sont accablants : saucissonnage des marchés pour éviter les appels d'offres, contrats attribués sans concurrence, entreprises fantômes payées pour des travaux inexistants, voire achat de voitures de luxe en échange de chantiers… Ces pratiques, qui humilient les Mahorais, s'inscrivent dans un contexte où les infrastructures hydrauliques sont sous-dimensionnées face à une population en croissance rapide, alors que l'archipel subit des sécheresses récurrentes.

Une justice qui tarde à se saisir des affaires

Le procureur de la République Guillaume Dupont avait pourtant promis, lors de son installation en septembre 2025, de faire de la lutte contre l'impunité des élus locaux une priorité.

« Les Mahorais sont en attente, à juste titre, d'une véritable politique pénale de poursuite et de sanction contre certains élus, exaspérés de voir que certains édiles profitent du système »,
avait-il déclaré. Pourtant, le procès n'aura pas lieu à Mayotte, en raison de contraintes budgétaires et des dégâts causés par le cyclone Chido en décembre 2024. Une décision qui symbolise l'abandon des territoires ultramarins par l'État.

Un système qui profite aux mêmes

Parmi les six responsables du Sieam et les six chefs d'entreprise jugés à Paris, figure en bonne place l'ancien président du syndicat, Moussa Mouhamadi, surnommé « Bavi ». Son entourage, composé de cadres administratifs et techniques, illustre une culture du passe-droit qui gangrène les collectivités locales. Comment expliquer que de tels réseaux résistent encore, malgré les promesses de transparence du gouvernement Lecornu ?

Un scandale qui dépasse Mayotte

Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large de crise de la démocratie locale, où les élus locaux se transforment en préfets de la corruption. Alors que l'extrême droite et la droite traditionnelle ferment les yeux sur ces dérives, la gauche rappelle que les territoires ultramarins méritent une justice à la hauteur de leurs attentes. Dans un pays où les finances publiques sont déjà sous pression, ces scandales alimentent le sentiment d'injustice et sapent la confiance dans les institutions.

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

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Commentaires (9)

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Zeitgeist

il y a 1 semaine

Le plus triste, c'est que ces dérives coûtent des milliards aux contribuables. À Mayotte, l'eau potable est un droit, mais là, c'est un privilège réservé à ceux qui peuvent se payer des filtres. Et après, on s'étonne que les gens ne fassent plus confiance à l'État ?

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E

EyeToEye71

il y a 1 semaine

En France, on a l'impression que la corruption est un sport national. Mais comparé à d'autres pays, on est encore dans la moyenne basse. C'est dire... En Italie, ils ont au moins le mérite d'être plus créatifs dans leurs combines, genre les 'tangentopoli' des années 90.

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I

Ingénieur perplexe

il y a 1 semaine

C'est marrant comme cette affaire illustre le décalage entre les discours sur la transparence et la réalité. On parle de modernisation, mais les vieilles pratiques de clientélisme et de corruption persistent. Et personne ne semble pouvoir y mettre fin...

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P

Prologue48

il y a 1 semaine

Le vrai problème, c'est que ces affaires ne changent jamais rien. On fait des procès, on condamne quelques petits poissons, et après ? Les gros poissons nagent toujours. Franchement, ça sert à quoi ?

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A

arthur53

il y a 1 semaine

@prologue48 Je suis d'accord avec toi, mais faut pas non plus tout généraliser. Y'a des gens qui essaient de faire bouger les lignes. Le problème, c'est que le système est verrouillé. T'as un exemple perso ?

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M

Megève

il y a 1 semaine

Ah, la corruption... comme d'hab. Ce qui m'étonne, c'est pas le scandale en soi, mais le fait que les gens s'en indignent encore. À force, on devrait s'y habituer, non ?

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A

Avocat du diable 2023

il y a 1 semaine

@megeve Non mais sérieux, tu veux qu'on s'habitue à ça ?! Et vous trouvez ça normal, vous, de payer des factures d'eau avec de l'eau empoisonnée ?

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F

Fragment

il y a 1 semaine

En France hexagonale, on a connu des affaires similaires, mais à Mayotte, l'isolement géographique et la complexité administrative amplifient les dérives. C'est un peu comme au Brésil avec les scandales de corruption, sauf qu'ici, c'est à plus petite échelle... mais tout aussi grave.

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T

Trégor

il y a 1 semaine

Ce scandale à Mayotte révèle une fois de plus les failles structurelles de la décentralisation. Comment expliquer que des marchés publics puissent être truqués aussi ouvertement ? Les contrôles existent, mais visiblement, ils sont inefficaces. Et si on parlait enfin de sanctions dissuasives ?

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