Un procès qui éclabousse la démocratie locale
Le procès du Syndicat intercommunal des eaux de Mayotte (Sieam), qui s'ouvre ce lundi 19 janvier au tribunal correctionnel de Paris, pourrait bien devenir un symbole des dérives systémiques qui minent les institutions locales en France. Dans un territoire où l'eau potable est une denrée précieuse, les accusations de favoritisme, de détournements de fonds publics et de marchés truqués révèlent une corruption endémique, alimentée par un laxisme politique qui profite aux réseaux clientélistes.
Des pratiques qui défient la transparence
Les faits sont accablants : saucissonnage des marchés pour éviter les appels d'offres, contrats attribués sans concurrence, entreprises fantômes payées pour des travaux inexistants, voire achat de voitures de luxe en échange de chantiers… Ces pratiques, qui humilient les Mahorais, s'inscrivent dans un contexte où les infrastructures hydrauliques sont sous-dimensionnées face à une population en croissance rapide, alors que l'archipel subit des sécheresses récurrentes.
Une justice qui tarde à se saisir des affaires
Le procureur de la République Guillaume Dupont avait pourtant promis, lors de son installation en septembre 2025, de faire de la lutte contre l'impunité des élus locaux une priorité.
« Les Mahorais sont en attente, à juste titre, d'une véritable politique pénale de poursuite et de sanction contre certains élus, exaspérés de voir que certains édiles profitent du système »,avait-il déclaré. Pourtant, le procès n'aura pas lieu à Mayotte, en raison de contraintes budgétaires et des dégâts causés par le cyclone Chido en décembre 2024. Une décision qui symbolise l'abandon des territoires ultramarins par l'État.
Un système qui profite aux mêmes
Parmi les six responsables du Sieam et les six chefs d'entreprise jugés à Paris, figure en bonne place l'ancien président du syndicat, Moussa Mouhamadi, surnommé « Bavi ». Son entourage, composé de cadres administratifs et techniques, illustre une culture du passe-droit qui gangrène les collectivités locales. Comment expliquer que de tels réseaux résistent encore, malgré les promesses de transparence du gouvernement Lecornu ?
Un scandale qui dépasse Mayotte
Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large de crise de la démocratie locale, où les élus locaux se transforment en préfets de la corruption. Alors que l'extrême droite et la droite traditionnelle ferment les yeux sur ces dérives, la gauche rappelle que les territoires ultramarins méritent une justice à la hauteur de leurs attentes. Dans un pays où les finances publiques sont déjà sous pression, ces scandales alimentent le sentiment d'injustice et sapent la confiance dans les institutions.