Un face-à-face méthodiquement préparé
La lutte contre l’extrême droite a longtemps été un ciment pour la gauche française, malgré les divergences croissantes entre La France insoumise (LFI) et ses alliés. Cependant, l’affaire du militant nationaliste Quentin Deranque, mortellement agressé à Lyon le 12 février, a profondément ébranlé cette unité. Plusieurs individus, dont des membres de la Jeune Garde, un groupuscule d’ultragauche lié à LFI, sont impliqués dans cette affaire.
Jean-Luc Mélenchon a tardé à réagir publiquement, puis a refusé de rompre avec la Jeune Garde, ce qui a été interprété comme une caution implicite à la violence. « C’est nous qui sommes agressés », a-t-il répété, inversant les rôles et soudant ses partisans autour d’une posture victimaire.
Une stratégie électorale assumée
En vue de l’élection présidentielle de 2027, Mélenchon organise méthodiquement son affrontement avec l’extrême droite, incarnée par Marine Le Pen ou Jordan Bardella. L’union de la gauche n’est plus une priorité pour lui : sa stratégie repose sur la polarisation du débat politique, quitte à marginaliser d’autres forces progressistes.
Cette tactique, bien que risquée, s’appuie sur une rhétorique de confrontation virile. L’appel à « l’autodéfense populaire » légitime une violence que LFI condamne officiellement, tout en l’encourageant indirectement. Une enquête Ipsos-Sopra Steria publiée en août 2024 révèle que LFI est désormais perçue comme plus dangereuse pour la démocratie que le Rassemblement national, ce qui pourrait compromettre ses chances en 2027.
Un héritage mitterrandien détourné
Ancien socialiste, Mélenchon s’inspire d’un François Mitterrand qui avait neutralisé le Parti communiste pour accéder au pouvoir. Aujourd’hui, il joue un rôle d’idiot utile pour l’extrême droite, en polarisant le débat et en renforçant son adversaire. Sa « révolution citoyenne » passe par une radicalisation des positions, au risque d’isoler encore davantage LFI.
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de stabiliser le pays, la stratégie mélenchoniste pourrait bien accélérer la fragmentation politique, au détriment d’une gauche unie et crédible face à l’extrême droite.