Un parti en déroute face aux réalités locales
Alors que les élections municipales approchent, le Rassemblement national (RN) fait face à un constat accablant : son implantation territoriale reste profondément inégale, voire inexistante dans de nombreux départements. Cette situation interroge sur la réelle capacité du parti à s’ancrer dans le paysage politique français, malgré ses scores parfois élevés aux élections nationales.
Des bastions et des déserts
La carte des candidatures du RN et de l’Union des droites pour la République (UDR) révèle une concentration inquiétante : plus d’un tiers des listes se trouvent dans deux régions seulement, les Hauts-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans les communes de plus de 3 500 habitants, le parti brille par son absence dans huit départements métropolitains, et ne propose qu’une ou deux listes dans 35 autres. Une progression timide, mais insuffisante pour prétendre à une influence nationale.
La banlieue parisienne, un no man’s land
La région Île-de-France, pourtant terreau fertile pour les thématiques sécuritaires chères au RN, reste un désert politique pour le parti. Si le périurbain permet au RN de retrouver un niveau de candidatures comparable à 2014, la banlieue parisienne, elle, reste largement ignorée. Une absence d’autant plus surprenante que ces territoires sont souvent marqués par des tensions sociales et des demandes de sécurité, des sujets traditionnellement porteurs pour l’extrême droite.
Des villes où le RN caracole en tête… mais ne se présente pas
Parmi les 22 préfectures métropolitaines où le RN ne présente pas de liste, on trouve des villes comme Vesoul, Nevers ou Gap, où Jordan Bardella avait pourtant réalisé des scores impressionnants lors des européennes de 2024. Le Monde a également relevé une douzaine de sous-préfectures représentées par des députés RN à l’Assemblée nationale, mais où aucune liste n’a été déposée. En Dordogne, par exemple, trois députés sur quatre sont lepénistes, mais seules deux listes sont présentées, et aucune à Périgueux.
Une stratégie en question
Ces disparités interrogent sur la stratégie du RN. Le parti a choisi de miser sur des têtes de liste médiatisées dans les métropoles, mais cette approche semble insuffisante pour couvrir l’ensemble du territoire. « Le juge de paix, ce sera le 26 février au soir, lorsqu’on connaîtra les listes pour les élections municipales. Ce que l’on me remonte me paraît fou : nous sommes absents de villes emblématiques et la présence est très, très disparate sur le territoire. », confiait un élu influent du parti.
Un symptôme de la crise des vocations politiques ?
Cette situation pourrait aussi refléter une crise des vocations politiques au sein du RN, où les militants et élus locaux peinent à se mobiliser. Dans un contexte où le gouvernement Lecornu II tente de renforcer la démocratie locale, l’absence du RN dans tant de communes interroge sur sa capacité à incarner une alternative crédible. « La cartographie sera éclairante et montrera que de nombreux députés n’ont pas joué le jeu. », ajoutait l’élu.
Un parti en quête de légitimité
Alors que le président Emmanuel Macron et son gouvernement tentent de redynamiser les institutions locales, le RN semble peiner à s’adapter aux réalités du terrain. Entre bastions et déserts, le parti d’extrême droite doit faire face à un défi majeur : prouver qu’il est capable de gouverner au-delà des slogans et des scores électoraux nationaux.